20/04/2006

Un beau combat…

Un beau combat…

 

Ligne ouverte à Carine Russo (Le Matin du 7 juin 1999)

 

L’extrême droite est à nos portes ! Au secours ! A l’aide ! La vague noire arrive ! Il faut lutter !

Il faut crier

Il faut la contrer ,la battre, la dénoncer, lui faire barrage, la refuser, là saboter,,l’interdire, la condamner, la démonter, la déshabiller, l’abattre, la détruire, la miner, la démolir, la saper, la rejeter ,la contester, la contredire , la renverser , l’accuser , la désigner , la dévoiler , la démasquer , la contrecarrer ,  s’y opposer ,l’évacuer , la stigmatiser , la réprouver , la refouler , s’en débarrasser , l’endiguer , l’évincer , la bannir ,ne pas  laisser passer.

 

D’accord ! D’accord ! On est tous d’accord : il faut réagir !

Mais au fait pourquoi maintenant, pourquoi tout  à coup ? L’extrême droite ne serait donc vraiment dangereuse qu’en période électorale ?  Et si on se calmait  un peu, juste une minute pour réfléchir, prendre un peu de recul quoi………Respirer. Inspirer. Expirer. Souffler. Lentement……Calmement….

 

Bon ! Où en est ? Ah oui : l’extrême droite est à nos portes. Avec tous ses slogans clinquants annonciateurs  du pire. Voilà les faits. Tout est  à craindre pour les élections qui viennent.

Car  l’extrême droite fait feu de tout bois. Elle se nourrit  de toutes les frustrations , toutes les déceptions , tous les découragements ,toutes les colères interdites , toutes  les lâchetés , toutes les renonciations , tous les sentiments de vengeance ou  de haine , mais aussi toutes les misères , tous les désespoirs ,toutes les rages et toutes les impuissances. Bref   on ne vote extrême droite que si l’on n’est pas heureux .Ou extrêmement mal informé.

 

Serions nous si nombreux à être malheureux où sous-informés pour que le spectre d’une extrême droite montante ait pris des proportions si inquiétantes ? Sans doute. Mais est t’on malheureux sans raison, mal informé par ce qu’on le veut bien ? Parfois oui, mais le plus souvent non.

 

De toute façon, le fascisme n’est pas né d’hier ! Il ne nous quitte jamais vraiment. Il attend toujours son moment tapi dans l’ombre, pour revenir un jour ou l’autre. Alors la vigilance est de mise à tout instant, de tout temps et sous toute latitude me semble-t-il. Et ce qui est vraiment difficile pour le combattre, ce n’est de coller des affiches ou d’écrire tout le mal qu’on en pense. Ce qui est vraiment difficile , c’est de ne jamais lui laisser la moindre place dans notre vie, le moindre moment propice pour revenir nous narguer .Ce qui est vraiment difficile, c’est de lui résister  à tout moment, en lui gardant sa porte d’entrée bien fermée, c’est de le traquer partout où il pointe son nez , c’est aussi de pouvoir très vite le reconnaître là il est prévisible qu’il soit , parfois aussi de le démasquer là où l’on ne s’y attendait pas.

 

Dans ma vie, comme  dans tant d’autre vie, il n’y a pas eu que du bonheur. Loin de là. Le chômage, je connais. Les pertes de revenu, les fins de mois difficiles je connais. Le mépris, la violence et l’insécurité jusqu’à la pire des criminalités je connais. J’en reste même irrémédiablement  marquée. La peur de l’avenir, la colère intérieure, la vengeance, ce sont aussi des sentiments que je connais. Comme tant d’autre, j’ai éprouvé tout çà. Et peut être n’est ce pas terminé. Pourtant le fascisme et ses germes de mort n’ont aucune prise sur moi,  parce que je ne les ai jamais toléré nulle part. Ni chez les autres, ni chez moi. Je ne le supporte tout simplement pas. C’est quasi physique. Comme certains sont allergiques à certaines substances, je suis allergique à ses germes de mort. Je  connais trop bien le prix de la vie pour que me soit ôtée à jamais la moindre inclination à flirter avec la mort.

Or, prendre le fascisme  à la légère, c’est, à mon sens, jouer avec la vie et la mort.

Quand on tient vraiment à la vie, à celle des siens comme à celle des autres, on s’en protège scrupuleusement. Quand on tient à sa propre dignité humaine, on ne la diminue pas soi-même en niant celle des autres. Et quand on a le sentiment que plus rien ne va, surtout quand on en arrive à ce sentiment, alors on redouble d’attention. Car c’est à ce moment précis que l’on devient sa proie fragile et  qu’en une seconde –peut-être juste la seconde  qu’il faut pour noircir une case  dans un isoloir – on peut basculer. On croit contester et on se suicide. On croit donner une leçon et on  prépare stupidement  sa propre fin.

Il n’existe, selon moi, qu’une seule manière d’éviter l’extrême droite, c’est de ne  jamais en  être, de ne jamais la justifier, ne jamais la croire, ne jamais la tolérer, ne jamais lui laisser le moindre bénéfice du doute.

Car comment pourrait-on douter encore ? N’a-t-elle pas suffisamment étalé ses crimes dans l’histoire, n’a –t’elle pas  fait ses preuves de génocidaire invétérée, n’est elle pas la plus évidente récidiviste en matière de crimes ?

Je regrette profondément que ces graves questions ne puissent être posées si tard.

Pourquoi l’avoir  laissée se nourrir de misère et de désespoir humain si longtemps avant de la contrôler ouvertement ?

Le plus simple  moyen pour l’empêcher d’être, n’est ce pas de ne pas la nourrir ?

Aujourd’hui, c’est clair, il reste des rancœurs, des colères et des peurs, d’énormes peurs  qui ne sont pas apaisées.

Bon, ben…..On va en faire quoi maintenant ?  That’s the question. On peut en faire un beau combat collectif de dernière minute  contre l’extrême droite bien sûr. C’est déjà ça, c’est au moins ça. Mais c’est loin d’être suffisant.

A quand un beau  combat collectif pour plus de justice sociale (c'est-à-dire pour plus de justice tout court) mais aussi  pour plus de solidarité, plus de perspectives humaines d’avenir, plus d’espoir quoi ?

 

 

08:47 Écrit par Freddy Dewille | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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