22/04/2006

Porto Alegre: une expérience dedémocratie participative à exporter!

 

Porto Alegre: une expérience de

démocratie participative à exporter!

Du 11 au 17 novembre 1999, deux conseillers communaux du POS, Nadine Peeters (Anvers) et Freddy Dewille (Anderlues) et un responsable de Socialisme Sans Frontières, Jipi De Ley, ont séjourné à Porto Alegre au sud du Brésil (Etat Rio Grande Del Sul).
Objectif (entre autre) du voyage: participer à un grand séminaire, organisé par la ville de Porto Alegre, sur l'Orçamento participative, la démocratie participative et le budget participatif.
L'Etat de Rio Grande Do Sul est gouvemé par le PT (Parti des travailleurs) dans lequel notre organisation-soeur, Democratia Socialista (DS), section brésilienne de la IVème Internationale, est constituée comme tendance reconnue. Le vice-gouverneur de l'Etat est un membre de DS.  Le maire de Porto Alegre (1,3 millions d'habitants, 500 km²), Raul Pont, est également membre de notre organisation-soeur. Dans une ville comme  Porto Alegre notre courant représente 30% au sein du PT.  
    Des révolutionnaires au pouvoir dans le  cadre d'un Etat capitaliste! Qu'est-ce que cela signifie? Comment est-ce possible? N'est-ce pas contradictoire? Combien de temps cela peut-il durer?
C'est dans la ville de Porto Alegre que le PT a lancé, en 1987, la politique de démocratie participative et de budget participatif: c'est la population, au travers d'assemblées générales de quartier et d'assemblées générales thématiques, qui décide comment le budget de la ville est géré, combien on dépense et pour quoi. Dans le processus de démocratie participative, ce sont les besoins sociaux qui ont toute la priorité.
De plus, ces besoins sociaux ne sont pas déterminés de façon bureaucratique par des fonctionnaires, ce sont les travailleurs(euses), les habitants des bidonvilles et des quartiers, les femmes, les jeunes, les personnes âgées qui disent ce qui est à faire et à quoi doivent être destinés les moyens budgétaires de la ville. Le Conseil du budget participatif, constitué d'une quarantaine de bénévoles à Porto Alegre, est en permanence en contact avec les populations dans les quartiers et fonctionne comme relais entre la population et le gouvernement de la ville. Depuis 1998, la politique de démocratie participative et de budget participatif s'est étendue à l'ensemble de l'Etat de Rio Grande Do Sul.
Nous avons voyagé de façon intense dans ce laboratoire de transformation de la société qu'est Porto Alegre. Une de nos préoccupations: si c'est possible dans une ville de la taille de Bruxelles et dans un pays du dit tiers-monde, pourquoi pas chez nous? Nos camarades à Porto Alegre expliquent, à juste titre, que la globalisation, l'universalisation du néo-libéralisme minent les démocraties classiques représentatives. Face à cela, une pratique  de démocratie directe et radicale, telle qu'elle est apliquée dans le cadre de la démocratie participative est une arme-clé pour pouvoir se battre pour un changement de cap radical.
La démocratie participative n'est évidemment pas le socialisme. Mais ce n'est pas non plus un simple 'aménagement démocratique' du capitalisme ou du néolibéralisme qui escamoterait la nécessité de rompre avec les bases mêmes du système capitaliste. La question de la démocratie directe sera pour le POS un des axes centraux dans la campagne électorale pour les communales. Nous avons eu sur place, à Porto Alegre l'entretien suivant avec Nadine Peeters et Freddy Dewille, conseillers communaux du POS.
Jipi De Ley

Rendre la politique aux citoyens

 

Le fait que les citoyens participent de façon importante aux décisions budgétaires est assez unique au monde. Comment les budgets communaux sont-ils gérés chez nous?

Freddy Dewille: Chez nous (Anderlues près de Charleroi, majorité absolue PS) la majorité décide du budget. L'opposition a le droit de demander des explications. Mais la population n'a rien à dire. C'est le collège, à la limite le bourgmestre seul, qui pond le budget pour l'année qui suit.

Nadine Peeters: La question du budget de la ville est une affaire surtout très technique: une masse de chiffres peu transparents, de la comptabilité froide. Personnellement je n'ai jamais approuvé le budget de la ville d'Anvers. Il s'agit très souvent de projets de prestige au détriment d'investissements socialement nécessaires. La dette de la ville est gérée comme le gouvernement l'exige, pas du tout en fonction des besoins sociaux de la population. En fait, la ville est gouvernée par des comptables qui sont aussi quelque part des politiciens, mais qui sont surtout des gestionnaires d'un budget et non des gens qui se préoccupent des besoins et de la vie quotidienne des gens. Ce type de gestion budgétaire rend évidemment impossible toute participation citoyenne. Tout est décidé au sommet, de façon bureaucratique et technocratique.

 

En tant que conseillers communaux, pensez vous que la démocratie participative, le budget participatif serait possible en Belgique, en Europe?

FD :Si c'est possible ici à Porto Alegre, pourquoi pas ailleurs? Seulement, il faudrait  du temps, et une conscientisation. Tout le monde est habitué à la «démocratie» représentative. En plus, on peut être sûrs qu'il y aura des freins non négligeables. Les gens qui sont élus dans le cadre de la démocratie représentative ne sont pas forcément prêts à laisser « leur pouvoir» aux citoyens eux mêmes. Cela vaut notamment dans une commune comme la mienne où un seul parti occupe la quasi totalité des sièges. 'Pourquoi demander l'avis de la population? Ca fait 50 ans qu'ils votent pour nous, c'est qu'ils nous font confiance'...

N.P.: Tout dépend évidemment des rapports de force. Si on avait un PT fort à Anvers, on aurait la démocratie participative. Je ne vois pas la coalition actuelle prendre même en considération l'idée. Ca ne veut pas dire que c'est impossible. Il y a des élections communales en octobre 2000. Dans plusieurs villes, des coalitions sans la droite sont théoriquement possible, et là on pourrait mener le débat et la bataille sur la question de la démocratie au niveau des villes.

 

Quelles possibilités concrètes voyez vous pour mener ce débat et cette bataille?

 

F.D.: Un peu partout il y a des comités de quartier, des associations qui s'occupent, à la place des pouvoirs communaux, des vrais problèmes des citoyens, des besoins sociaux, des problèmes environnementaux etc. : comités de quartiers contre des décharges en zones habitées, comité contre les nuisances causées par l'aéroport de Gosselies, etc. Dans la région du Centre un réseau de citoyens organisés ont mené bataille contre une décharge polluante (Cronfestu). Cette bataille a été longue et dure mais pour finir ils ont gagné. Dans un système de budget participatif, des assemblées générales de quartier décideraient: pas de décharge polluante, consacrer les moyens budgétaires à des solutions plus écologiques. Ces comités et associations de quartier montrent en pratique qu'un système de démocratie participative est non seulement nécessaire mais aussi possible. Seulement, ici on se heurte systématiquement à un mur, et il faut en permanence se mobiliser.

 

N.P.: Il n'y a peut-être pas une demande explicite dans la population pour un système élaboré de démocratie participative. Ce n'est tout simplement pas connu, et les gens sont 'habitués' à la démocratie représentative. Mais il y a 5 ans, la coalition avait promis d'être plus à l'écoute des aspirations et des demandes des gens dans les quartiers, des associations. On avait promis plus de démocratie. On est venu écouter, et puis c'est tout. Il n'y a pas eu de suites. Il y a dans la pratique une grande demande. Dans certains quartiers les gens commencent à s 'organiser, àdire 'si on ne veut pas nous écouter. on s'organise nous mêmes, on fait des actions'.

Pour les prochaines élections communales tout ça est extrêmement important: aller discuter dans ces quartiers où des gens commencent à s'organiser, expliquer un exemple comme Porto Alegre. En tant que BSV (Mouvement pour le renouveau social) nous avions déjà insisté fortement pour qu'il y ait plus de contact direct entre le pouvoir communal et les quartiers, les associations, les mouvements sociaux. Nous avons plaidé pour un 'sénat de l'Anvers social' où seraient représentés les mouvements sociaux, les syndicats, les comités de quartier.

 

 

Faut-il se limiter à expliquer ou propager l'idée de démocratie participative, l'exemple de Porto Alegre ou peut-on en faire un enjeu réel des prochaines élections communales, en termes de propositions concrètes et de campagne électorale?

F.D.: Il serait important de le faire parce que c'est effectivement un enjeu central de la politique au niveau des villes et des communes. La démocratie directe. la priorité aux besoins sociaux de la population à l'échelle de la ville, et donc la possibilité pour les citoyens de déterminer eux-mêmes la politique communale, la façon dont on gère le budget, comment on gère la dette, ce sont toutes des     questions-clé, c'est la toute première chose: rendre la politique aux citoyens. C'était le signal fort qui a été donné lors de la Marche Blanche, lors de Marche multicolore. Aller aux gens et dire: nous sommes pour un système dans lequel vous mêmes avez du pouvoir sur votre vie, sur ce qu'on fait de votre quartier etc. Ca peut enthousiasmer les gens.

N.P.: A Anvers le Vlaams Blok dit 'nous disons ce que vous pensez'. Nous voulons, sous une forme ou  une autre, aller vers les citoyens avec le message 'disons nous-mêmes ce que nous pensons, et agissons ensemble en conséquence'. Il y a d'ailleurs des villes en Europe où on va vers des formes de démocratie participative, comme à Saint Denis, près de Paris. où un rénovateur du Parti Communiste est bourgmestre

 

Notre camarade Freddy DEWILLE, conseiller communal à Anderlues, a été à l'initiative d'une motion de protestation destinée au ministre de l'Intérieur et au gouvernement dans l'affaire de la déportation des Tziganes. La motion dénonce le fait que le gouvernement "a ciblé une population sur la base de critères etniques" et "déporté des civils innocents vers un pays où ils vivent dans des ghettos et sont régulièrement victimes de discriminations, voire de pogroms". La motion évoque également le cas de Mattheuws Sellu, preuve que la Barbarie règne toujours en maître lors des expulsions forcées." Cette motion a été signée par 15 conseillers des 18 conseillers communaux.

 

09:38 Écrit par Freddy Dewille | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.