01/01/2007

Julie et Mélissa, 10 ans de mouvement citoyen...

 

 

" Des enlèvements d’enfants et jeunes filles en Belgique, du 24 juin

1995 au 09 août 1996 : des réactions citoyennes pendant 10 ans ".

 

 

Directeur : Jean De Munck Mémoire de fin d’études présenté en vue de

Accompagnateurs :Bernard Francq l’obtention du grade de licencié en politique

Vincent Decroly économique et sociale

Par FREDDY DEWILLE

 

À mes parents,

 

 

UN GAND MERCI A :

Carine Russo, pour sa patience, ses remarques.

A la commission d’accompagnement :

Directeur, Jean De Munck

Accompagnateur, Bernard Francq, pour la confiance dans ce long projet .

Accompagnateur, Vincent Decroly ayant une expérience pratique du sujet, ses très bons conseils et son aide malgré ses propres examens d’avocat.

Mes remerciements également à Alain Tondeur, le MOC de Charleroi et la CSC Transcom, qui m’ont permit de réaliser un rêve d’ouvrier.

Beaucoup de personnes m’ont également aidé, que j’ai sollicité pendant plusieurs mois, en particuliers dans le mouvement blanc. Beaucoup de militants, je vais certainement en oublier, mais j’espère qu’ils ne m’en voudront pas. Il me suffisait d’envoyer un mail pour obtenir le document , le renseignement , un coup de main etc. Il s’agit en particulier de : François De Angelis, Yvan Lenaerts, Gerard Fortemps, Jeannine Clara, Gilbert Declercq, Patrice Lambert, Geneviève Dercq…

A tous un grand merci

 

 

                                      INTRODUCTION

 

 

Par cette introduction, je souhaiterais donner au lecteur quelques précisions sur l’origine de cette recherche et la méthode de travail utilisée.

Pourquoi avoir choisi un travail de fin d’étude FOPES sur les pénibles événements de 1995 et leurs suites durant 10 ans ? Bien que militant depuis presque 20 ans sur différents champs de notre société, délégué syndical à Belgacom, conseiller communal à Anderlues, etc, c’est sur le  terrain, que l’on a appelé " la mouvance blanche ", où je me suis investi depuis 1996, qu’il m’a semblé intéressant de tenter de trouver réponses à trois questions essentielles à mon point de vue, mais avec un regard de simple citoyen.

 

Questions de départ 

  • Comment un drame qui concernait 6 victimes directes de Dutroux et consorts, dont quatre sont décédées et deux sont sorties vivantes, a pu avoir un tel effet sur l’ensemble de la société au point de presque faire vaciller plusieurs institutions ? Notre pays a pourtant connu des drames ou le nombre de victimes fut bien plus élevé : je pense aux 29 morts de la bande dite " des tueurs fous du Brabant Wallon " dans les années 80. Malgré l’effroi, que cela avait suscité, aucune manifestation ou réaction de masse ne sera observée.

  • Quel a été le sens, pour chaque partie civile d’être présente ou pas au procès d’assises à Arlon ?

  • Comment ont quelquefois répondu les nombreux citoyens, sur cette période de 10 ans, aux messages qui leurs avaient été envoyés par quelques parents de victimes aux moments les plus fort de cette crise? On se souviendra, entre autres, de Gino Russo qui lancera cette phrase au moment de la découverte des corps de Julie et Mélissa : " On fera appel à vous " , ou alors "… une nouvelle citoyenneté est née " de Marie-Noëlle Bouzet, lors de la Marche Blanche, ou encore le souhait de Carine Russo, en septembre 1996, que chaque victime puisse être aidée par un comité de soutien comme eux l’on été ; une déclaration qui a suscité la création des comités blancs, quelques mois plus tard.

 

Une méthode centrée sur les faits, tels que rapportés par les acteurs de l’affaire ou par la presse.

Certes, bien des livres, des articles, des émissions existent sur le sujet. Sans compter qu’ils ont été réalisés très souvent par des élites, des intellectuels, des journalistes, des experts, voire par les premières personnes concernées, comme le livre auto-biographique d’une des victimes directes de cette tragédie, Sabine Dardenne.

Mais ce qui est différent dans ce travail, me semble-t-il, c’est qu’il est écrit avec la vision, sans prétention, d’un militant de base, ouvrier de surcroît. J’aurais pu écrire de mémoire ce que je connais de toute cette catastrophe (et le mot n’est pas trop fort, à mon sens) : ce ne sont pas les souvenirs qui me manquent. Mais, comme me le faisait remarquer le conseiller à la formation FOPES au début de mon travail, ce n’est pas un pamphlet militant que je devais réaliser. J’ai donc repris un certain nombre de données sur des faits, des propos, des actes

re-liables à chacune des 6 familles directement concernées.

Il m’a semblé intéressant de commencer par rappeler brièvement le cadre de cette affaire, juste après cette introduction.

Ensuite, je présenterai le volet relatant le vécu de Sabine Dardenne. En effet, comme son livre a été édité en novembre 2004, j’ai pu entamer l’exercice de synthèse sur un seul livre.

Pour la famille d’An Marchal, c’est à partir des deux livres que son papa a publiés que j’ai pu regrouper la plus grande partie des informations.

J’ai ensuite affronté le volet consacré aux parents de Julie et Mélissa. S’il n’y a pas de livre écrit par l’un ou l’autre des deux couples, par contre, plusieurs livres, un nombre incalculable d’articles de journaux ou de revues, de publications, etc., font référence au combat qu’ils ont mené dès la première demi-heure qui a suivi l’enlèvement. Certes, ici, la difficulté est montée d’un cran, mais ce fut un excellent exercice à ce stade, même s’il s’agissait toujours du premier chapitre ouvrant la voie pour d’autres questions.

Pour les deux volets consacrés l'un à Laetitia et l’autre, aux parents d’Eefje, les renseignements dont je disposais étaient assez limités. Là non plus, aucune publication ; c’est donc principalement dans toutes les lectures précédentes que je vais puiser ce qui me sera utile pour achever cette première partie du travail.

J’ai pratiqué de la même manière pour le deuxième chapitre consacré aux citoyens, au sens large. Ce chapitre est consacré au mouvement citoyen qui prend naissance dès le 24 juin 95, puisque le jour de l’enlèvement, une mobilisation de parents proches, d’amis, de voisins, de collègues de travail, va s’organiser. Mais d’autres citoyens vont intervenir également durant ces dix ans : des journalistes, le mouvement blanc, des intellectuels, l’Observatoire Citoyen, etc. … Une bonne partie de l’ensemble des actions que ces groupes ont réalisées se trouve d’ailleurs en annexe.

Pour une plus grande cohésion et pour la facilité du lecteur, j’ai tenté de présenter toutes ces données de manière chronologique, malgré les sources de renseignements différentes. Il me restait donc à traduire des constantes, des évidences et à obtenir quelques éléments de réponses aux questions de départ. Mais au fil de l’élaboration des différents chapitres, de nouvelles questions sont évidemment apparues : c’est surtout dans mes conclusions que j’y répondrai rapidement, après un bref bilan de 10 ans d’histoire pour les différents acteurs de terrain et une réflexion sur les perspectives d’avenir de tout cet élan citoyen.

 

Précisions techniques.

Pour favoriser une lisibilité optimale et comme le prévoit le vade-mecum mémoire, j’ai choisi le système classique pour les notes et les références de ce mémoire. Celles-ci se retrouveront à la fin de chaque chapitre en fonction de la numérotation et en même temps insérée dans le texte et ce pour la version informatique. Je suis conscient que ce regroupement de notes complique la lecture, puisqu’il oblige à un va-et-vient entre le texte et la fin du chapitre. Ce système me permet néanmoins d’éviter de développer certaines remarques ou réflexions trop longues, mais qui me semblent utiles à la compréhension du texte.

 

 

Le Cadre

Avant d’aller plus avant dans ce document, je pense qu’il est utile de retracer très brièvement le cadre de ce que l’on a appelé, au départ " l’affaire Julie et Mélissa " et qui, par la suite, est devenue, hélas, l’affaire Dutroux.

Tout commence, en juin 1995, par une annonce aux différents journaux télévisés, de la disparition de deux fillettes de 8 ans, Julie Lejeune et Mélissa Russo, sont disparues du côté de Liège.

Une autre disparition de deux jeunes filles, An Marchal (17 ans) et Eefje Lambrecks (majeure depuis peu), aura lieu à la côte belge deux mois plus tard.

La série continue avec une nouvelle disparition, à la fin du printemps 96 : celle de Sabine Dardenne de Kain , près de Tournai.

Puis aura lieu celle de Laetitia Delhez, début août de la même année, à Bertrix.

Et puis, les choses se précipitent… Flash spécial quelques jours après cette dernière disparition. On n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles. On reste figé devant l’écran. On voit les deux dernières disparues, frêles, libérées par des hommes en civil d’une banale maison de Marcinelle. C’est enfin l’issue du cauchemar. Hélas non, bien au contraire, il ne fait que commencer. Une vue aérienne d’une habitation de Sars-la-Buissière, où se déroulent d’énormes fouilles avec engins de terrassements, fait place à l’image de deux petits cercueils blancs et d’une cérémonie comme jamais il n’y en eut pour des personnes de cette classe sociale. L’écho de ce drame dépassera largement nos frontières.

On retiendra aussi cette vision du principal inculpé descendant les marches du palais de justice menottes aux poings et courant vers une voiture pendant qu’une partie de la foule, qui se déchaîne derrière les barrières Nadar, crie vengeance.

Le mois suivant, on va revivre presque les mêmes événements, mais pour les deux Flamandes disparues au mois d’août 95.

Une fois de plus, on croit avoir touché le fond. Pas du tout. Après la joie des premières heures, la tristesse et le deuil d’août et septembre 96, c’est une population en colère qui se manifeste avec la déclaration de ce petit juge, le 14 octobre 1996, qui termine son message, par "il faut raison garder". Jean-Marc Connerotte, le juge d’instruction de ce dossier, venait d’être écarté de l’enquête à un moment où la confiance des citoyens dans la Justice n’avait plus pour repère que lui et un procureur, Michel Bourlet, celui-là même qui avait déclaré deux mois plus tôt " qu’il irait jusqu’au bout… si on le laissait faire ". La révolte va continuer à gronder pendant cette semaine "folle" d’octobre 96. Le pays sera, au dire de certain, dans une phase pré-révolutionnaire.

Mais l’image forte de cette crise restera à jamais cette vue aérienne d’une marée blanche qui défile dignement entre deux stations de chemin de fer, dans Bruxelles, l’après-midi du 20 octobre 1996. Le nord comme le sud du pays se retrouvent unis avec la communauté d’origine étrangère et sa porte-parole involontaire, Nabela Benaïssa. La disparition quelques années plus tôt de sa petite sœur Loubna sera d’ailleurs tristement élucidée au printemps 97, grâce au travail du même procureur du Roi, Bourlet, et d’un autre juge d’instruction de Neufchâteau.

Une commission d’enquête parlementaire sera votée à la hâte et à l’unanimité dès le 17 octobre : le monde politique prend conscience (tardivement) de ce qui se vit dans la société et du raz-de-marée qui s’amorce. Il veut à présent manifester sa bonne volonté, pour tenter de remettre les citoyens révoltés en phase avec leurs institutions. Le mardi 22 octobre, les témoignages commencent dans la précipitation, retransmis en direct à la télévision. Ces émissions se tiendront pendant les 14 mois que vont durer les travaux parlementaires, avec des rebondissements qui feront exploser l’audimat.

Le 2 février 97, c’est une autre marche, multicolore cette fois, qui rassemble "Ceux de Clabecq" et des familles des victimes, liés par la solidarité (annexe 3 : La DH du 03/02/97).

Avril 1998 : on append l’évasion de l’ennemi public n°1. Ce que l’on sait moins, c’est que ces quelques heures de liberté déclencheront le lendemain soir une manifestation qui se terminera de manière particulière ; une poignée de citoyens irréductibles, pourtant entourés de " robocops " (2 : Terme utilisé pour illustrer les gendarmes suréquipés), bloqueront la rue de la Loi, juste en face du Parlement, jusqu’à minuit. Fait qui ne s’était plus produit depuis la révolution de 1830. Deux ministres et le commandant de gendarmerie devront démissionner.

D’autres événements déclenchent l’indignation parmi la population. Je pense par exemple aux séances de la Chambre du Conseil de Neufchâteau, au cours de l’automne 2002, où l’on verra les parents des victimes effondrés, écœurés… ou révoltés suite au traitement qui leur est réservé à la fois par l’institution, par certains inculpés et par certains avocats de ces derniers.

Nouvel effroi de la population, lorsqu’elle apprend le renvoi en correctionnelle de Carine Russo, maman d’une des victimes. Viendra ensuite l’arrêt de cette Chambre du conseil, qui dispense l’un des inculpés, Michel Nihoul, des Assises. Arrêt qui sera revu et corrigé sur ce point par la Chambre des mises en accusation de Liège, deux mois plus tard.

Mais là, une fois de plus, c’est la stupéfaction. Pendant l’une des séances, un des parents de victimes, Paul Marchal, claque la porte en larmes, parce qu’on lui refuse un interprète. Quelques semaines plus tard, on apprend qu’il n’a plus les moyens financiers de conserver ses avocats, alors que dans le camp adverse, des avocats se bousculent, bizarrement téléguidés par un membre de l’extrême droite. Extrême droite qui n’a cessé, tout au long de ce drame, d’essayer de s’infiltrer dans les différents mouvements citoyens et de venir en aide à Dutroux lui-même.

Le 1er mars 2004, commence à Arlon le procès de Dutroux et consorts, dans un palais de justice flambant neuf. Pourtant, les parents de Mélissa refusent de s’y rendre : ils ne veulent ni être utilisés par l’institution judiciaire, ni légitimer ce procès.

Pourtant, tout est prévu par les autorités de notre pays pour faire croire, au moins à l’étranger, au sérieux de ce procès. La ville sera véritablement en état de siège pendant presque quatre mois. Trois cents policiers, des chevaux de frise, des hélicoptères, des centaines de mètres de barrières Nadar seront sur place pour le début de ces Assises. De nouvelles lois vont même être votées préalablement et rapidement pour le bon déroulement de ce procès. Mais sur le fond, Dame justice restera peu crédible aux yeux d’une grande partie de la population. Même si les inculpés ont été condamnés, les questions que chacun se posait depuis le début (surtout celles des parents de Julie et Mélissa) ne trouveront aucune réponse. Ne sortira, de ce procès, que la vérité judiciaire.

Tout semble donc terminé. Mais plusieurs associations de citoyens qui s’étaient créées au fil des ans continuent malgré tout un travail de sensibilisation, de réflexion, de vigilance. Elles gardent l’ambition de faire pression sur les institutions, afin d’obtenir des changements pour les victimes ayant subi des actes de violences, dont notamment les plus faibles de notre société, les enfants.

 

 

CHAPITRE 1

 

 

Sabine Dardenne

Pour ce volet d’une des victimes de Marc Dutroux et de ses acolytes, je me base principalement sur son livre autobiographique, " J’avais 12 ans, j’ai pris mon vélo et je suis partie à l’école… " (Editions OH) , sorti en octobre 2004, soit quelques mois après la fin du procès d’Assises d’Arlon .

Victime sortie vivante de ce drame, Sabine Dardenne va adopter une position assez différente de celle d’autres parties civiles, même si son profil est aussi celui d’une résistante. Et pour cause, c’est surtout pendant son incarcération et ses relations " obligées " avec son principal ravisseur qu’elle a dû lutter et c’est à travers son récit que l’on percevra davantage son calvaire et son combat.

Petite fille rebelle qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, Sabine dira d’elle-même qu’elle a un sale caractère, son meilleur copain, au point d’ignorer comment sans cela elle aurait survécu, probablement mal.

Dès l’enlèvement elle va se débattre, hurler, insulter son bourreau, le harceler de mille questions tout au long des 80 jours de capture, avec d’autres réactions tout aussi respectables. Bref, elle cherche à lui rendre la vie impossible, avec ses pauvres moyens. L’insulter tout haut la soulageait : " j’avais besoin de ces mots grossiers pour me défouler " (3 : "  J’avais 12 ans….. " Dardenne Sabine : P. 15). Le propriétaire des lieux lui dira d’ailleurs qu’elle est " chiante ". Au début, elle prendra le temps de la réflexion pour mesurer jusqu’où aller et s’imposer une limite bien pesée :  " la peur me gardait dans le scénario menaçant " (idem p.189).

Effectivement, son geôlier lui a fait croire qu’il était son sauveur ; il lui inventera, entre autres, qu’il n’est pas maître de la situation, que son chef lui avait demandé, comme il n’avait pas reçu de rançon par ses parents, de la liquider. Bon prince, Dutroux lui demandera de choisir, entre mourir ou rester en vie, mais en cachette chez lui et donc en même temps sous sa coupe. Comme n’importe qui l’aurait fait, c’est la vie qu’elle va choisir. Le conditionnement et le lavage de cerveau fonctionneront tellement bien qu’elle n’osera jamais utiliser le téléphone qui était pourtant dans la pièce de séjour. Cette manipulation va escamoter en elle tout raisonnement logique. Pour ne pas perdre ses repères et tomber dans la folie, elle raconte dans son livre, qu’elle se rattachera à la vie d’avant avec notamment un radio réveil qu’elle surveillera " comme une malade "(idem p.51). Dans les moments les plus pénibles, qu’il est inutile de décrire, elle optera pour une attitude de zapping. C’était une résistance dont elle était capable, même si le moindre changement la déboussolait.

Dans son isolement, par exemple, elle raconte cette histoire très simple, mais très révélatrice de son état psychologique, du trombone qu’elle utilisait pour garder les trous de ses boucles d’oreilles, et de la façon dont elle le range sur une petite planche. Ca devenait une sorte de rituel qui, bizarrement, l’aidait à tenir le coup.

Se rendant compte que les larmes qu’elle versait faisaient plaisir à Dutroux, elle décidera de ne plus craquer devant lui. Sabine va inverser les choses ; par exemple, en réclamant elle-même des suppléments de nourriture, plus de dessert, plus de bonbons…. Autre point noir, cette menace de mort qui plane sur elle, eh bien elle va feindre de l’oublier et en même temps, elle va se débattre comme elle le pourra en étant de plus en plus agressive.

Un de ses gros problèmes, c’est ce sentiment de culpabilité qu’elle essayera de gérer : " la culpabilité est une arme aussi efficace qu’un revolver menaçant " (idem p.43). Ecrire des lettres elle-même, pour sa famille et surtout pour sa maman, va l’aider à garder un espoir, sur le moment en tout cas. Pour les jurés, certains extraits seront d’ailleurs lus à l’audience du procès, par souci de vérité sur les délires sadiques d’un obsédé. Ce sera d’ailleurs un des tournants du procès à Arlon, je peux le confirmer.

Sabine a aussi connu de gros problèmes de santé physique, dont des hémorragies. Hémorragies après " les  épreuves " qu’elle subissait en hurlant de douleur, ne suscitant jamais qu’indifférence chez son violeur.

Pendant cette détention, elle réfléchira sur sa situation et prendra de " bonnes " résolutions au cas où elle serait de nouveau en famille. Mais de plus en plus, un sentiment d’abandon total va la rendre encore plus agressive et va la décourager davantage. Son état de santé physique et moral va tellement chuter qu’elle va avoir cette envie de tuer son " sauveur ". De ses 12 ans, dans une de ses lettres censées arriver à ses parents, elle ira jusqu’à leur proposer de perpétrer un casse pour payer la rançon et la sortir de là. Sabine Dardenne était dans un tel état d’humiliation physique au bout de deux mois, qu’elle avait de plus en plus de mal à se révolter : " il me faisait les pires horreurs à longueur de journée " (idem p.48).

Elle se mettra à réclamer à cor et à cri une copine, mais sans trop y croire. Sa dernière lettre, du 08 août, ne le montre pas ouvertement, mais pourtant elle sera pleine d’amertume. On comprend qu’elle arrive au bout du rouleau : "  Parfois, je chantais et puis je craquais et pleurais en même temps "(idem p.77).

C’est pourtant ces jours-là que tout va se bousculer, la ragaillardir. De sa libération, Sabine Dardenne gardera un sentiment de culpabilité qu’elle pense devoir supporter jusqu’à la fin de ses jours. Sa demande d’avoir une copine, sera exaucée par la même équipe qui l’avait enlevée deux mois plus tôt. Mais pour Sabine, loin d’elle l’idée que sa compagne d’infortune serait enlevée, séquestrée, violée comme elle-même l’avait été : " je n’avais déjà pas réalisé moi-même que j’avais été kidnappée et non sauvée " (idem p. 109). Elle se dira " bizarrement contente et gênée " (idem p.135). C’était l’espoir de renouer avec le monde extérieur, c’était apprendre aussi sans trop y croire au début que tout le pays et sa famille étaient à sa recherche.

Ce n’est que plus tard, lorsqu’elle verra des affiches dans les locaux de la police et d’autres indices que tout va se bousculer dans sa tête et contredire les informations manipulatrices de son bourreau : " Je n’avais même pas cru Laetitia " (idem p.120). Le jour de la délivrance, ça commencera par une grande panique dans cette cache de Marcinelle. Sabine chuchotera sous la couverture à sa nouvelle amie, n’avoir jamais entendu autant de bruit. Lorsqu’elle sortira de ce taudis, elle se mettra à parler, parler tout en tremblant de soulagement et de joie. Convaincues que c’est Dutroux qui leurs permettent de retrouver la liberté, elles lui diront merci et l’embrasseront sur la joue. Mais lorsqu’on lui apprend la vérité sur " son sauveur ", Sabine sera furieuse et décidée à foncer sur lui. Les agents de police ne la laisseront pas faire : " ça m’aurait soulagée " (idem).

On se souviendra de ces quelques mots que la jeune fille prononcera en rentrant dans son quartier, bien qu’elle n’aime pas la foule : " Vous m’avez manqué ". Mais comme elle l’expliquera plus tard, en fait pour elle, cela s’adressait à tous. Un feu d’artifice fut même organisé par le voisinage le lendemain.

Mais très vite, à la découverte des corps de Julie et Mélissa, son moral dégringolera de plusieurs échelons. Afin de ne pas retomber dans le trou, elle va décider de se couper de tout. Après un passage d’incertitude et pour ne pas devenir parano, c’est à une vie normale qu’elle va s’atteler. Lorsque le Bourgmestre lui rendra visite, Sabine réclamera de l’éclairage dans la rue où elle fut kidnappée et où beaucoup d’enfants circulent toujours ; quelques semaines plus tard, ce sera chose faite.

La petite fille refusera d’être suivie psychologiquement. Elle refusera également de se confier à sa sœur et à sa mère. Pour Sabine, il fallait une barricade, il fallait zapper, penser à autre chose. Et quant elle voudra regarder le journal, elle le ferra en cachette. Pendant le procès, il lui arrivera de sortir de la salle d’audience pour ne pas entendre certains débats. C’est lors des plaidoiries de son avocat, que l’on va prendre connaissance d’un fait qui la concerne directement et qui date du jour de la marche blanche. Ce jour-là, les parents de Sabine vont téléphoner à leur avocat, Maître Rivière pour demander ce qu’ils doivent faire avec leur fille, puisque celle-ci veut absolument y aller malgré leur refus. Sa volonté sera si forte que devant la décision de ses parents, elle leur demandera alors de l’enfermer à la cave. C’est avec de la famille et des connaissances quelle se rendra à Bruxelles. Elle y éprouvera pourtant un sentiment de malaise, de culpabilité ! n’est-elle pas, elle, survivante à une marche qui était d’abord organisée pour les victimes décédées ou disparues ?

Les relations familiales se dégraderont au fil du temps. Le fait que sa maman lui demande de balayer la maison, elle l’interprétait comme un ordre : " je ne supportais plus l’autorité tout court " (idem 146). Ce séjour  forcé  à Marcinelle sera en fait révélateur des tensions et des problèmes relationnels qu’il y avait, en fait, déjà auparavant avec sa maman. Celle-ci ne pourra d’ailleurs jamais prendre connaissance des lettres que sa fille lui avait écrites du temps de sa capture et qui bien sûr ne lui étaient jamais parvenues. Même au procès, elle ne pourra en prendre connaissance. Inconsciemment, c’était une sorte de vengeance : " tu n’as jamais voulu communiquer, maintenant c’est mon tour " (idem p.147). Mais pour Sabine, c’est aussi et surtout pour une autre raison : " ..j’avais écrit dans le désespoir de l’enfermement et la solitude, ne pensant plus la revoir, et j’estimais maintenant que cette lecture lui ferait trop mal "(idem p.180). Vers ses 16 ans , c’est la rencontre avec un garçon. Pendant 4 ans la vie sera normale " je vivais tout simplement ma vie d’adolescente " (idem p.182).

Après les études, et quelques petits boulots, Sabine Dardenne va quitter le foyer en claquant la porte surtout sur son enfance, même si tout compte fait, face à l’épreuve de ses 12 ans, c’est une opinion positive et constructive, de résistance et de courage qu’elle retiendra d’elle-même. Elle essayera, du reste, de conserver une ligne de conduite nécessaire à sa reconstruction personnelle " vivre ma vie, et ne pas m’occuper du reste, en tout cas le moins possible " (idem). Lorsqu’elle a 12 ans, Maître Rivière va la rencontrer 2 fois. Ensuite plus rien jusqu'à sa majorité, où là, elle lui confirmera sa confiance pour la suite des opérations à l’encontre de ces bourreaux. Mais avec le même fil conducteur : pas de presse, et la plus grande discrétion sur sa vie privée.

Pour la jeune fille de Kain, son humour noir, choquant pour beaucoup, lui permettra de rire de certaines horreurs et de son tortionnaire en particulier, spécialement lors du procès. C’est à partir de cette date que Sabine se sentira agressée par des " on ". Du style " On m’a dit que…., on croit que je suis dingue…, t’as rien compris, etc. " (idem p.186). Dès de la première conférence de presse, elle utilisera cet humour noir pour démontrer la véracité de son témoignage et régler quelques comptes pour son avocat : " Où sont mes sandwichs au Rohypnol ? N’y touchez pas, ce sont les miens ! " (idem p.199).

Fin février 2003, Sabine va déclarer, qu’il suffit que Marc Dutroux, Michèle Martin et Michel Lelièvre soient jugés (4 : " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre ", Marchal Paul, P. 122 ). Son souhait était d’affronter les yeux dans les yeux son bourreau " il ne me faisait plus peur " (5 : "  J’avais 12 ans….. " Dardenne Sabinne, P. 209). Juste avant d’entrer dans la salle d’audience, elle aura un malaise. Malaise qui disparaîtra dès qu’elle passera la porte pour faire place à la motivation en voyant le box des accusés juste en face d’elle. Face à Dutroux, elle ne ressentira :  "  bizarrement rien " (idem p.212). Son anxiété venait de la salle qui était bien plus impressionnante que son tourmenteur. En se retournant vers son avocat, elle lui chuchotera : " Ne vous inquiétez pas , je ne vais pas tomber dans les pommes " (idem p.21). C’est d’un pas décidé qu’elle ira sur la chaise réservée aux témoins. Elle ira même jusqu'à poser une question à son violeur et remballera sa réponse d’un revers de main : " avec ces personnes-là, il ne faut pas s’attendre à d’autres réponses "(idem p.214). Elle n’acceptera pas davantage le pardon de la femme et complice de Dutroux. C’est donc soulagée, avec même le sentiment d’avoir eu le dessus, qu’elle poursuivra son témoignage. Le truand n’osera pas la regarder en face. Mais petit à petit, reviendra ce sentiment de culpabilité pour avoir demandé une copine pour lui tenir compagnie. Dutroux ne se privera pas de le rappeler à la cour. Pour Sabine, c’était encore plus dur à supporter : " … j’aurais voulu rentrer sous terre " (idem p. 220). Sur ce point, lors de la marche blanche, elle s’était déjà expliquée auprès de Laetitia. Mais en sortant de cette audience huit ans plus tard, et s’adressant de nouveau là-dessus à Laetitia, non sans humour, elle lui fera une proposition : " Ecoute, il y a encore une place dans le box, si tu veux, j’y vais aussi ! " (idem p.221).

Après le témoignage de Laetitia et la tentative maladroite et peu crédible d’excuses du couple le plus haï de Belgique, Sabine ne pourra s’empêcher de dire devant les journalistes : " ses excuses, il peut crever avec ! " (idem).

Durant le procès, une journée sera prévue pour que toute la Cour puisse visiter l’endroit où toutes les victimes ont été séquestrées, et où deux d’entre elles, Julie et Mélissa y seraient décédées. Ce jour-là, à Marcinelle, Sabine se mettra exprès sur le passage de Dutroux et lui lancera " Crapule ". Mot qui sera repris dans les journaux dès le lendemain et qui aura, comme elle va le préciser, un effet de soulagement. La rage qu’elle avait après sa libération du mois d’août 96, était toujours bien là, huit ans plus tard. Et pour cause, par l’intermédiaire de son avocat, elle fera savoir à l’une des audience, qu’à 16 ans , elle était amoureuse, mais qu’il y avait toujours un blocage : "  il y avait entre eux, Dutroux, votre haleine fétide, votre respiration de bœuf et vos sales pattes . Et pourtant ils font l’amour ! Ils font l’amour, Dutroux ! Une expérience que vous n’avez jamais vécue. Et ça, c’est la revanche de Sabine " (idem p.227).

Faisant allusion à l’avarice de son malfaiteur, lors du verdict de perpétuité, suivi de dix ans de mise à disposition du gouvernement, Sabine écrira :  "  Il lui faudra boire sa peine jusqu'à la lie, comme son café "(idem p. 227). Le verdict va la satisfaire. D’autant que ça conforte l’axe de défense de son avocat sur la même hypothèse que le juge d’instruction Langlois et des enquêteurs dont " son Zorro " (idem p.197), qui lui étaient proches. Elle décidera donc de rassembler une fois pour toute cette affaire comme : "  Juste un livre, sur une étagère. Et pouvoir l’oublier très vite " (idem p.228). Quelques semaines après la sortie de ce livre, en novembre 2004, sa maman décédera des suites d’une longue maladie.

 

 

 

 

 

 

La famille Marchal

Ce chapitre est consacré principalement à Paul Marchal, le papa de An. Il sera basé sur les deux livres que ce dernier a écrit avant le procès d’Assises : " A la recherche d’An et Eefje " aux Editions Luc Pire, et le second : "  Ma fille a rencontré Dutroux et Lelièvre ", aux Editions Labor. Néanmoins, il va de soi que dans le récit qu’il écrit des évènements et des initiatives qu’il a prises, comme dans les idées qu’il exprime, Paul Marchal parle aussi au nom de son épouse Betty, la mère de An. Les parents de Julie et Melissa ont déployé une énergie colossale pour retrouver, ensemble, leurs fillettes. De la même façon, dès le 23 août 1995 les recherches menées par les parents de An viseront autant à sauver An qu’à sauver son amie Eefje.

Pendant plus d’un an, ils vont accomplir l’impossible pour les retrouver avec la conviction qu’elles sont vivantes. Le 03 septembre 1996, tous les espoirs sont anéantis. Mais leur image de parents combatifs leur vaudra entre autre, de nombreux encouragements à poursuivre la lutte pour d’autres enfants victimes de sévices. Le 1er octobre 1996, sera donc créée l’ASBL An et Eefje qui deviendra deux mois plus tard, et par la force des chose, la " Maison de An ".

Tout commence, après mûre réflexion du papa de An, par l’accord qu’il donne à sa fille pour qu’elle participe, avec un groupe de jeunes, à un séjour d’une semaine à la côte belge. Au milieu de la semaine, il apprend qu’il y a un problème. Paul garde son calme, et toute sa lucidité. Après avoir déclaré la disparition de sa fille dans sa commune, c’est accompagné des deux mamans des jeunes filles qu’il se rendra à trois heures du matin à Middelkerke.  A ce moment là, ils ne pensaient pas encore à un enlèvement :  "  Pourquoi enlèverait-on notre fille ? …, …oui, mes premières pensées allaient au viol avec meurtre " (6 : " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre " Paul Marchal, P. 10).

Première gifle qu’il reçoit et qui sera le début de beaucoup d’autres, la façon dont aux yeux de la police du littoral, on voit les choses en termes de  : fugue, disparition volontaire, etc. Dès cette période, les relations avec le commissaire de police seront très négatives. Suivront de nombreuses nuits avec insomnies, angoisses, sentiment d’impuissance total, impression de se heurter à un mur.

Thierry De Clercq, préposé de la police locale à l’aide aux victimes, sera d’un grand soutien et très apprécié. Le soir, celui-ci invitera les parents à visionner des images de leurs filles prises entre autres, à la sortie du casino de Blankenberge, où elles avaient passé la soirée toutes les deux : " une expérience horrible " (7 : " A la recherche d’An et Eefje " Paul Marchal, P. 17). Dés ce moment, la vision de Paul au sujet de cette disparition sera différente. Paul se remet à croire que les filles sont toujours en vie. L’avenir lui apprendra que les premières semaines étaient capitales pour les retrouver vivantes contrairement, d’après lui, à ce que rabâchait la police de Bruges: " heureusement je n’ai, à cette époque, pas perdu une seconde. Je ne me le serais jamais pardonné " (8 :" Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre " Marchal P. 11)

Une série d’indices a été démontrée à pas moins de cinq corps de police différente en moins de trois jours. Et lorsque Paul Marchal demande à cette même police ce qu’elle compte faire :  " Oh, on vous appellera quand elles seront de retour " (9 : " A la recherche d’An et Eefje " P. 12). Au commissaire, le papa d’An répondra qu’il va tout faire pour chercher sa fille, bien que ce fonctionnaire le lui déconseille fortement. Pour Paul Marchal, c’est en rentrant chez lui, à Hasselt, qu’il découvre par le vide l’ampleur et la gravité de la situation. Très vite, comme la maman d’Eefje ne voulait pas se montrer à la presse et que son ex-mari reprendra le travail, une semaine après la disparition de sa fille, le centre de crise s’installera, vu leurs plus grandes disponibilités, spontanément chez les Marchal.

En réponse à la proposition d’aide d’une association d’accompagnement du processus du deuil, Ars Moriendi, le papa d’An dira : " je veux surtout agir et non subir les événements de manière passive " (idem p.24).

Pendant des mois, leur vie sera bouleversée. Bien que s’occupant de sa famille, Paul perdra malgré tout l’envie de manger. L’aide viendra pourtant de partout, autant de personnes inconnues que de la famille ou des amis. Dès qu’il append quelque chose, il en informe de jour comme de nuit les autorités judiciaires. Lors de la perquisition dans la chambre de son aînée, il sera furieux, car pour lui, une fois de plus, c’est par un journaliste qu’il apprendra le pourquoi ! Chaque témoignage sera pris en compte et répercuté vers la police. Après quelques petits problèmes avec celle-ci, une meilleure coordination sera proposée entre eux. Devant le comportement attentiste des autorités compétentes, plusieurs grandes battues seront organisées sur le littoral en faisant appel à des volontaires via les journaux. La mise sur pied d’un comité d’action avec des proches et sympathisants leur permettra d’avoir plus de moyens pour agir. La famille Marchal va ressentir le besoin de contact avec des compagnons d’infortune. Pas pour se lamenter de concert, mais pour trouver un soutien mutuel et chercher ensemble des solutions. Plus tard, ils apprendront d’ailleurs que Julie, Mélissa, An et Eefje ont très certainement vécu plusieurs semaines dans le même immeuble. Si un tel combat les épuise, les éreinte, paradoxalement, ils n’abandonnent pas tout espoir. Très vite, ils apprennent que puisque rien n’indique que les disparitions ont une origine criminelle, aucun juge d’instruction ne s’occupe de ce dossier. Par conséquent les frais pour un appareil de surveillance téléphonique qui doit être installé chez les Marchal sont à charge des parents d’An. Par principe, Paul Marchal refusera; c’est incompréhensible pour lui. Début septembre, il ne pourra et ne voudra pas reprendre le travail. Il préfère consacrer tout son temps à rechercher les jeunes filles. Viendront ensuite et régulièrement, à son encontre, des critiques des enquêteurs professionnels. C’est ainsi qu’il sera traité de  pisse-vinaigre, d’égocentrique torturé et il sera même rendu responsable de la rupture avec la famille Lambrecks.

Néanmoins Paul Marchal lance des initiatives. Il veut s’adresser directement aux deux jeunes filles, ou à d’éventuels ravisseurs à travers les médias. Mais le 10 septembre, le temps semble s’être arrêté. Autour d’eux la vie reprend son cours. Quatre jours plus tard, un juge d’instruction sera enfin désigné, et cinq jours plus tard, une grande opération de recherche avec hélicoptère sera entreprise par la PJ de Bruges.

Le 4 novembre, d’autres rumeurs prétendent qu’An est chez eux : " quelque chose me reste en travers de la gorge "(idem p.53). C’est pourquoi Paul prend l’engagement d’informer lui-même, la population, via les médias, dès qu’il y aura des nouvelles. Mais, dans la même période, quelques plaisanteries à propos d’An et Eefje seront présentes dans un spectacle du fantaisiste Geert Hoste. A la Noël 1995, les parents de Julie et Mélissa seront invités chez eux et la rencontre sera des plus chaleureuses : " Nous avons beaucoup de choses en commun. Je sens que cela va marcher entre nous. Cette proximité m’aidera également à dépasser la barrière des langues "(idem p.57). Apprenant que Maxime Lejeune collectionne les flipots pour sa sœur Julie, Gert, un des frères de An, qui avait la collection complète l’offrira spontanément pour Julie. Mais le jour de Noël 1995, ce sera un nouveau coup dur pour Paul Marchal. Alors qu’il recommençait à nouer avec un de ses hobby, la cuisine, il apprendra que son papa vient de décéder : " …, en ce moment, je me laisse aller. J’ai perdu toute énergie " (idem p. 60).

Vers la fin janvier 1996, c’est la rencontre avec plusieurs responsables de l’IRS (International Foundation for Search and Rescue Services). C’est une grosse organisation humanitaire internationale apolitique et sans but lucratif. Elle s’occupe de la recherche, de la protection des enfants disparus, de l’aide psychologique et financière des familles concernées, et ce grâce aux dons. Ne sachant plus que faire, et l’espoir de retrouver vivantes les filles étant très mince, cette association arrivera à un moment où il estime qu’il est nécessaire de passer le flambeau. Du moins, une partie, car le mois suivant, Paul invite le papa d’Eefje afin de lui soumettre le projet de création d’une fondation. Mais par la même occasion, il veut tenter de mettre un terme aux tensions entre eux et qui sont pour lui surtout liées aux articles de presse. Dans la discussion, le père d’Eefje souhaite que les avoirs soient partagés parce qu’il veut engager un détective privé pour éclaircir " l’affaire de Nieuport ". (10 : Le papa d’Eefje ira en expédition avec d’autres personnes pour vérifier à Niewport, une information selon lequel Eefje aurait été harcelée par un Tenancier de cette commune.)

Les parents d’An vont expliquer qu’ils souhaitaient collaborer avec l’IRS.

Paul, encouragé par ses collègues, reprendra le travail à mi-temps et ce, en dépit de l’avis contraire de son employeur, qui lui, voulait absolument qu’il revienne travailler à temps plein.

A cette période, rien n’était plus comme avant. Ses pensées étaient sans arrêt pour sa fille disparue. Il va aller vers une phase plus sombre encore : "  l’idée m’est soudain venue de foncer dans l’eau " (11 : " A la recherche d’An et Eefje " Page 66 ").

Et ce n’est pas ses contacts avec la police de Bruges qui lui remonteront le moral ni ne réveilleront sa confiance envers elle. Une fois, elle refusera une fouille de 2 m² sur 50 cm de profondeur parce que l’IRS avait détecté quelque chose dans les dunes. Une autre fois, elle utilise bulldozer et médias, parce qu’un chien avait, au dire de sa maîtresse à cette même police, un comportement bizarre. En mai 1996, Paul veut donner une nouvelle impulsion à l’enquête en lançant un appel à témoins et obtenir les renseignements que la police avait déjà. Comme celle-ci ne communique rien à la famille, le père de An espère pouvoir exploiter lui-même les renseignements qu’il va obtenir via ce stratagème.

Au bout de plusieurs mois, Paul essaiera de joindre le détective privé et apprend qu’en fait rien n’avait été entrepris par le papa d’Eefje. Il décide de lancer une action " autocollant " à cet effet ; mais suite à l’opposition du papa de l’autre jeune fille, il devra tout arrêter, néanmoins avec un gros déficit. Jean Lambrecks fera une conférence de presse pour lancer une série d’accusations à l’encontre de Paul Marchal pour détournement de fonds. Celui-ci sera fortement affaibli : "  je n’y comprends plus rien "(idem p.79). L’argent récolté jusque là avait été divisé en trois, puisque les parents d’Eefje sont séparés, de plus pour la famille d’An, la somme qu’ils ont eux, sert bien pour la recherche des deux filles. Mais lors de cette conférence de presse, Jean Lambrecks annonce que cet argent servira à une bonne œuvre. Pour Paul Marchal, l’association HOVK (12 : Association similaire de l’ASBL " Marc et Corinne ", en Flandre), qui était présente à cette conférence de presse avait fait croire qu’elle avait versé 7500€ à la famille Marchal pour imprimer les affiches. Scandalisé par ce mensonge le papa d’An affirmera que c’est lui et la commune d’Hasselt qui ont tout réglé. Il fera remarquer que cette association ne s’est d’ailleurs pas privée d’utiliser les photos des deux jeunes filles au-dessus de leur n° de compte en banque dans les annonces publiées dans les journaux et magazines. Het Laatste Nieuws va même titrer le 08juin : " Marchal essaie de faire de l’argent avec ce drame ". Autre critique que Paul reçoit, c’est le fait d’être toujours sous les projecteurs. Nouveaux coups durs. Mais, visiblement agacé, Paul Marchal va répondre que :  " …en ce qui me concerne, je ne pourrais pas boire une bière tranquillement sur la grande place de Hasselt tant que ma fille n’aura pas été retrouvée "( 13 : " A la recherche d’An et Eefje " Paul Marchal : P. 80)

Mi-août 96, c’est la délivrance de Sabine et Laetitia à Marcinelle, un faubourg de Charleroi. En son temps des affiches de An et Eefje avaient été placées. L’espoir renaît : " En apprenant cette nouvelle, je me suis mis à pleurer. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis senti heureux. Pas pour moi, mais pour Sabine, Laetitia et leurs familles "(idem p.84).

Le samedi 17 août, Paul apprend qu’il y a peut-être un lien avec d’autres disparitions. Effectivement, on va découvrir le jour même, les dépouilles de Julie et Mélissa dans une des propriétés du même ravisseur.

Comme un an plus tôt, tout va se bousculer. On va constater que des informations capitales pouvaient faire le lien avec An et Eefje. En effet, Paul apprendra par la suite que la police connaissait l’existence d’une CX grise, appartenant à Michèle Martin et qui a servi à l’enlèvement à Ostende au moment des faits. Le 19 août, ils apprennent que leur dossier va être transféré à l’équipe d’enquêteurs de Neufchâteau. Ils ressentent pour la première fois, la volonté de rechercher les disparues. Les parents d’An vont alors arrêter toutes les recherches : "  Ils connaissent leurs métier "(idem p.88). La pression sera à cette période tellement forte que Paul fera un malaise sans gravité, mais néanmoins, du coté du cœur. Le procureur du Roi, Michel Bourlet, en charge du dossier, lui proposera de l’appeler si nécessaire : " jamais la PJ de Bruges ne m’a fait une telle proposition "(idem p.89). Le père d’An recevra d’ailleurs plus de coups de téléphone du procureur Bourlet en deux jours que de celui de Bruges en un an. Recevant le ministre de la justice, les parents d’An profiteront de cette occasion pour renouveler leurs critiques. Celles-ci seront, d’après Paul Marchal, appréciées par le ministre. Ce dernier ne manquera pas de reconnaître que c’est grâce aux critiques des familles Russo et Lejeune que l’on a pu retrouver toutes les victimes.

A l’enterrement des deux petites Liégeoises, Paul et Betty sentent qu’ils sont applaudis par respect, par sympathie : c’est comme un encouragement. L’émotion sera à son comble lorsqu’un jeune garçon chantera " Pour les enfants du monde entier " d’Yves Duteil : " c’est un réquisitoire poignant contre la perversité de notre monde …,… en écoutant ces paroles, j’éclate en sanglots "(idem p.93). Leur présence étant très appréciée par les parents francophones, ils seront invités à accompagner les fillettes jusqu’à leur dernière demeure. Leurs liens ne feront que se resserrer entre ces parents. Paul annulera une conférence de presse, prévue de longue date. Celle-ci paraît superflue. Il est rassuré pour la suite de l’enquête sur la disparition d’An et Eefje  puisqu’il apprend que le dossier est définitivement transféré à Neufchâteau. Le lundi 26 août, profitant d’une visite au procureur Michel Bourlet, Paul et Betty rendront visite à Laetitia. Le lendemain, Paul va perdre son calme face à de nouvelles rumeurs et méthodes peu professionnelles de certains journalistes, notamment du journal " Le Soir ", qui faisaient état de n’importe quoi. Le père d’An leur lancera à tous : " Est-ce que vous vous rendez compte de ce que nous sommes en train de vivre…,… si quelqu’un doit bien rester calme, c’est bien vous (idem 97). A partir de cet instant, il décide de ne plus se fier qu’à Bourlet.

Le matin du 29 août 1996, Betty éclate de rire en voyant bondir du lit son mari. Paul se met au garde à vous, en replaçant le drap autour de lui tout en répondant au téléphone, par " Sire " ou " Madame la Reine ". La maman de An était convaincue que son mari lui faisait une farce. Or, à l’autre bout du fil, c’était effectivement le Palais royal…

Prémices de ce qui allait se passer à grande échelle le 20 octobre suivant, la ville d’Hasselt se transformera à partir du 2 septembre en blanc. Ce jour-là, les parents d’An se rendront à Paris pour une émission " Perdu de vue " de la chaîne française TF1 avec l’accord et même l’encouragement du Procureur Bourlet. Le lendemain, les choses se précipitent. Contactés pour rentrer au plus vite au pays, ils décident de reprendre le train, qui, exceptionnellement, fera un arrêt à Halle pour eux. Ils seront pris en charge par la gendarmerie qui va leur annoncer que l’on a retrouvé, dans le cadre de la même enquête sur Julie et Mélissa, deux corps dont celui d’Eefje : " le sol se dérobe sous nos pieds " (idem p.101). Une fois à leur domicile, c’est le commissaire Luc Van Tieghem, lequel l’avait temps décrié jusque là, qui lui apprendra la mauvaise nouvelle : " Cela ne fait que la rendre plus douloureuse encore "(idem p.102). Anéanti, il annoncera comme promis à la presse lui-même la mauvaise nouvelle tout en précisant qu’ils poursuivront leur combat. Lorsque le Premier ministre téléphonera à la famille Marchal pour exprimer sa sympathie, Paul lui dira qu’il l’avait déjà entendu dire avant à la télévision…

Après de nombreuses communications téléphoniques, spécialement du Roi et de la Reine, l’amie de Jean Lambrecks vient chez eux leur demander si An et Eefje peuvent être enterrées ensemble. Bien que les Marchal soient positifs, le père de Eefje, refusera une des conditions de cet accord, le retrait de sa plainte contre le papa de An pour calomnie. Au cours de la journée, le ministre de la justice remerciera, en présence des journalistes, les parents d’An du fait que grâce à eux, la disparition des deux jeunes filles n’avait jamais quitté la une de l’actualité : " cela me fait du bien "(idem p.102). Après avoir été reçus et semble-t-il écouté par le Roi et la Reine, les parents d’An se rendront chez le ministre de la justice qui par la suite essayera une fois encore de faire revenir le papa d’Eefje sur sa position, mais sans résultat. Plus tard, la plainte à l’origine de ce différend, sera jugée sans fondement et classée sans suite. Deux cérémonies seront célébrées pour Eefje. A chacune d’elle Paul et Betty s’y rendront discrètement pour lui rendre un dernier hommage. Pour An, suite à de nombreuses demandes, la cérémonie se tiendra le même samedi mais l’après-midi. Beaucoup d’énergie de toute la famille Marchal sera consacrée à l’organisation de cette cérémonie. Au funérarium, Paul interdira de prendre des photos. Il devra même se rendre la veille à 22h, pour solutionner un problème de chorale, tout spécialement avec le chanteur Helmut Lotti, et le doyen de l’église. C’est donc à partir de minuit et dans une bonne partie de cette nuit précédent les obsèques, qu’il va écrire un discours qui sera particulièrement chargé de messages bien ciblés. Comme le souhaitent les parents d’An, tant les corbillards que les voitures seront blanches. Les places proches d’eux, à l’église, seront réservées aux familles des autres enfants disparus. Suivront des moments d’émotion intense, comme lors du chant d’Helmut Lotti. Dans les messages d’adieu, Paul mettra en avant toute la solidarité reçue mais aussi les ratages de l’enquête. Il posera la question du sens de ces morts :  " Ces morts ont-elles pour mission de réveiller notre société, le monde tout entier ? …. Nous ne devons pas seulement rêver à un monde meilleur, nous devons bâtir, en hommage à Julie et Mélissa, à An et Eefje et tous les enfants victimes d’injustices "(idem p.107). Terminant par l’évidence que cela ne peut se faire qu’avec le soutien des citoyens, il formulera le vœu d’un monde meilleur pour les jeunes. Comme lors des obsèques de Julie et Mélissa, la population exprimera sa sympathie envers les parents des deux petites victimes liégeoise, lorsque celles-ci scelleront leurs amitiés avec la famille Marchal. Plus de 10 000 cartes avec la photo de An seront distribuées le jour même et bien davantage par la suite. Deux jours plus tard, le commissaire Van Tiegem de Bruges calomnie de nouveau Paul Marchal devant la presse. Il est mis en cause par le policier pour dissimulation d’information et parce que la photo de la jeune fille n’était pas de bonne qualité !!?.. Il n’aurait pas été mis au courant que An avait un petit ami. Pour Paul, c’est curieux puisque cette même presse était au courant depuis le début et que deux P.V qui en attestent se trouvaient dans le dossier.

Le message issu de conversation avec les différentes familles de victime et que le Roi transmettra au ministre de la justice sera mal ressentie par différents partis politiques. Le 13 septembre aura lieu une conférence de presse de tous les parents d’enfants disparus. Le récit de chacun d’entre eux démontrera qu’ils sont tous confrontés aux mêmes problèmes. Betty utilisera cet instant pour expliquer que tous partagent la même douleur. Paul reviendra sur l’espoir que les parents vont peut-être avoir droit au chapitre et rappellera la nécessité de rester unis pour être plus fort. Avec l’afflux de lettres de sympathie et d’encouragement, Paul et Betty vont créer l’ASBL An et Eefje , fort de l’accord verbal du papa d’Eefje. Celui-ci, n’émet qu’une seule condition, ne rien lui demander de plus. Deux mois plus tard, ce dernier demandera et obtiendra de la Justice, que l’on supprime le prénom de sa fille de cette ASBL : " c’était un coup dur, j’ai failli tout arrêter "(idem p.115). Tout le matériel avec le logo, était à jeter. Finalement, l’ASBL " La maison d’An " a vu le jour et interviendra dans pas mal de cas: " ce n’est pas dans ma nature d’abandonner à son sort quelqu’un dans le besoin. Si les professionnels faisaient bien leur travail, nous serions inutiles. C’est d’ailleurs là : " … notre objectif principal…, …devenir inutile et le rester ! " (14 : " Ma fille a rencontré Dutroux et Lelièvre " :p. 84.)

Cette association n’a jamais présenté de note de frais, mais a fonctionné en cherchant des ressources. L’objectif de cette association était la volonté de lutter au nom de An Marchal pour d’autres victimes :" de transformer l’absurde en quelque chose ayant du sens, ce que je veux toujours "(idem p.87). Une première présence de beaucoup de parents de victimes au Palais de Justice de Bruxelles le 02 octobre avaient pour but de faire pression sur la cour de cassation. Celle-ci devait se prononcer sur la prolongation du mandat d’arrêt de Nihoul. Tous se retrouveront ensuite pour le repas de midi, au domicile des parents de la petite Loubna Benaïssa, une de ses victimes, dont on retrouvera le corps quelques mois plus tard non loin de là.

L’appel commun des parents à la Marche blanche ne sera signé, du côté flamand, que par les parents d’An.

Mercredi 9 octobre 96, nouvelle présence de tous ces parents à Bruxelles, mais cette fois là, c’est contre la requête en suspicion légitime envers le juge d’instruction Jean-Marc Connerotte. Lundi 14 octobre, l’arrêt rendu, Paul appellera, comme Nabella Benaïssa, la foule au calme et à la dignité. Ces mêmes parents prendront la direction du Ministère de la Justice, mais sans résultat. A tel point qu’il était question de renoncer à la table ronde avec le Roi qui devait se tenir quelques jours plus tard. Finalement, pour Paul Marchal, le Roi exprimera lors de cette rencontre, les paroles que chacun espérait entendre de lui. Paul craint de plus en plus d’incident pour le 20 octobre, mais ce jour là, après plusieurs contacts et émissions avec des médias, en compagnie d’autres parents de victimes, ils vont tous se rendre dans le centre de Bruxelles : " pour moi, le 20 octobre demeurera une journée historique"(idem p.83). La réponse à l’appel citoyen dépasse l’imagination : " Pour la première fois, je me sens de nouveau heureux, je peux enfin rire "(idem p.52). Paul va raconter un incident qui se serait déroulé lors de la rencontre avec le Premier ministre. Sabine et Laetitia ne sont pas autorisées à s’y rendre :" Sabine et Laetitia pleurent " (15 : "  A la recherche d’An et Eefje " P. 136 ").

Avec d’autres parents, nous refusons l’entretien. Finalement, elles seront admises :  " …mais seulement après que j’ai menacé d’aller informer la presse "(idem p.137). Le soir même, une de ses crises de désespoir le reprend : " Je ne peux plus contenir mes larmes. J’ai alors besoin de gens qui m’aiment et qui sont prêts à m’aider "(idem). Vers la fin d’octobre 96, Paul écrira dans ses conclusions toute une série de remarques et expliquera que  tout ce qu’il a fait, c’était pour retrouver An et Eefje. Il ajoutera qu’il avait le sentiment que ceux qui devaient le faire, ne cherchaient pas vraiment. Il reconnaît qu’avec l’équité de Neufchâteau, tout a été différent. Cependant, il faut constater que la gendarmerie a fait d’énormes bourdes, que la justice pouvait être cruelle et inhumaine, que certaines lois protégent davantage les criminels que les victimes. Qu’il n’y a pratiquement pas d’aide structurée pour les victimes ! Que la plupart des responsables ouvrent leur parapluie afin d’éviter des sanctions ! Et enfin que la Marche Blanche, moment important dans sa vie n’est pas une fin, mais un début. Pour lui, ce moment, même si ce n’est pas suffisant, a fait naître l’espoir d’une nouvelle culture politique, pleine de promesses qu’il faudra traduire en acte : " Tant que cette volonté politique n’existera pas, je continuerai à me battre "(idem). Lorsque le dossier a été transféré à Neufchâteau, les choses se sont très nettement améliorées pour eux. Particulièrement sur un droit de regard du contenu et de constater que celui venant de Bruges était très mince. Par la suite et armé d’un dictionnaire, puisque rédigé uniquement en français, Paul s’attaquera à consulter une partie des 400 à 500 000 pages. Le remplacement du juge d’instruction Jean-Marc Connerotte sera aussi pour eux très mal ressenti. D’autant que son remplaçant Jacques Langlois, qui avait une toute autre opinion, lui a déclaré un jour qu’il était techniquement impossible de violer de petits enfants. Ce même magistrat refusera de rectifier un petit quelque chose, mais qui aux yeux des parents de An était choquant, l’orthographe du prénom de la victime " Ann ".

Plus tard Child Focus, selon le papa de An, qui avait refusé sa participation pour le côté Flamand, n’avait rien entrepris pour une disparition inquiétante, celle d’Ellen Van de Wal. Cette association était convaincue qu’il s’agissait d’une fugue. C’est donc l’ASBL des Marchal, qui mettra tout en œuvre à la demande des parents de la disparue. Ces derniers se retrouvaient dans le même scénario que la plupart des parents de victimes de Dutroux. Quelques semaines plus tard, la police commencera les recherches et retrouvera le corps de la jeune fille dans des égouts.

La volonté des parents de An est, de par leur expérience, d’influencer le législatif pour adapter ou supprimer certaines lois, comme par exemple l’abolition sur la prescription des faits, ou pour l’obligation de déménager pour un auteur de faits de mœurs.

Bien que sollicité par plusieurs partis politiques, c’est sous l’influence et encouragé par son avocat, ex-VLD, que Paul Marchal va lancer un nouveau Parti, le PNPB et dont le programme sera teinté de son combat. Au départ il ne devait s’occuper de rien, son avocat qui était Président de ce groupe politique réglerait tout. Manque d’argent, de structure solide, et de démocratie, ce qui était en contradiction avec les principes de base, le conflit éclate au grand jour. Par respect pour tous les sympathisants qui s’étaient tellement dévoués, Paul Marchal, vice-Président, refuse de jeter le gant. Mais cela lui occasionne par-là même, un surcroît de travail. Sans compter une ardoise de près de 25 000 euros. Il devra payer de sa poche une commande, de tracts et d’affiches, de Franck Wauters, alors que les caisses étaient vides. Selon le papa d’An, ce dernier rejoindra le Spa Spirite  après avoir transféré une somme importante sur son propre compte.

Prévenu par téléphone que Dutroux, non menotté, s’était échappé, Paul croira d’abord à une blague. D’après ses confidences au journal " Het Laatste Niews ", Nihoul, ayant été mis en contact par la police avec l’ennemi public n°1, révèlera qu’il était bien au courant de ce projet d’évasion. Marc Dutroux prétextera sa tentative d’évasion à cause de ses conditions de détention. Repris très rapidement, il écopera d’une condamnation de cinq ans : " Nous sommes donc tranquilles jusqu’en 2005, du moins si Wathelet ne s’en mêle pas " (16 : " Ma fille a rencontré Dutroux et Lelièvre " :P. 84.)

Le père de An va relever plusieurs petites anecdotes ou anicroches par la suite. Par exemple et malgré le grand respect qu’il a pour les victimes retrouvées vivantes, il va devoir réagir parce qu’il n’accepte pas que l’avocat de Sabine, se présente comme le porte-parole de toutes les victimes : " Ce n’est pas son rôle "(idem p.123). Lors d’une séance des chambres du conseil à Neufchâteau, le juge Langlois semblait tellement apprécier Nihoul, qu’un des enfants Marchal demandera innocemment : " …si Langlois était le défenseur des suspects ? " (idem).

Le 30 janvier 2003, les parents d’An introduiront une requête de contrôle à la cour de liège, une seconde pour le remplacement du juge Langlois pour plusieurs raisons : suspicion de partialité et suspicion d’incrédulité par rapport au réseau et pour non-travail d’enquête. Autre chose qui reste incompris pour Paul Marchal, un des as du barreau qui défend gratuitement Dutroux, alors que lui a lancé un appel dans la presse et n’a pas reçu réponse. A la mi-mai 2003, des divergences d’opinions sur le montant des frais pour le procès, auront comme conséquence de mettre fin à la collaboration avec leurs défenseurs. La première confrontation avec le meurtrier présumé des jeunes filles, aura lieu le 06 septembre 2002. Paul Marchal sera contraint vu l’étroitesse des lieux de se tenir à 50 cm de la complice de Dutroux, Michèle Martin. Se mélange alors pour eux, les parents de victimes, chagrin, colère et haine. Et si les prévenus sont confortablement assis, il en est complètement différent pour les parties civiles :  " nous avons vécu des moments horribles "(idem p.132). Paul va demander deux choses, sans succès, premièrement, l’ajout d’un nom à la liste des suspects, afin d’obliger un devoir d’enquête complémentaire, et ensuite le renvoi aux Assises de 8 suspects sur les 9 que Bourlet proposait de renvoyer au dossier bis. Pendant une des audiences, Dutroux se plaindra de ne pas pouvoir dormir depuis plusieurs jours. Paul écrira dans son livre : " J’aurais voulu lui casser la figure, mais j’ai pu me retenir à temps " (idem p.134). Betty, perdant son sang froid lui criera  que pour eux, cela faisait des années qu’ils ne dormaient plus.  Le 15 novembre 2002, le papa d’An prendra la parole pendant près d’une heure pour essayer de convaincre le président de séance de son point de vue. Il estimera avoir, sur le fond et la forme, tenté d’exprimé ses sentiments au mieux en tant que victimes, mais aussi sur l’enquête. A tel point que même certains avocats prendront, d’après lui, pendant un instant des distances par rapport à leurs clients décriés : " J’accepte leurs gestes, car il aide, il aide à conserver le courage retrouvé "(idem p.137). Mais il terminera quant même en refusant les excuses de Dutroux.

Les Chambres des mises en accusation de Liège qui débuteront le 03 mars 2003 vont exclure que les débats soient publics. Lors d’une de ses séances, le père d’An bousculera Lelièvre. Ce dernier, pendant la suspension d’audience, téléphone avec le GSM de son défenseur en ricanant du papa d’An. Devant cette incompréhension, ce dernier, submergé par l’émotion, et impuissant, file ensuite vers l’extérieur et fond en larmes. Mais cette colère, il va très vite la transformer pour obtenir un changement de Loi, qui porte d’ailleurs son nom : "  La Loi Marchal ". Celle-ci permet d’obtenir, désormais, un interprète pour les victimes qui parle une langue d’une autre région : " Je suis quant à moi ravi de cette loi et même fier "(idem p.147).

Malgré les nombreuses insistances de la famille Marchal, il n’y aura pas de reconstitution de l’enlèvement de An et Eefje. Le prétexte invoqué, par exemple, était de ne pas tout bloquer à Ostende d’autant que de toute façon, c’est quelque chose qui pourra être demandé à la cour d’Assises via le Jury. Par rapport aux parents de Julie et Mélissa, Paul émettra des doutes sur leur absence au procès. Au début de ce drame, il ne croyait pas non plus aux réseaux : " Petit à petit, j’ai dû accepter que ce que Dutroux a fait de pire existe encore. Que cela continue "(idem p.193). Se posant pas mal de questions avant le procès, Paul Marchal pense que le dossier bis va sans doute être abandonné. Par la suite, il versera des torrents de larmes, recevra des menaces, des intimidations par la police sur son fils, mais aussi par l’avocat de l’hypnotiseur qui est également celui de la famille d’Eefje. Mais d’après Paul, les reproches et les encouragements qu’il reçoit le renforcent davantage. Pendant toutes ces années, il apprendra beaucoup, bien que pour lui, il ait préféré rester inconnu, hélas comme il l’a écrit à la fin de son deuxième livre : " … An a rencontré Dutroux ! " (idem p.214).

Le 2 janvier 2004, un entretien avec la Ministre de l’enseignement proposera à Paul une mission spéciale, être présent en tant qu’expert au procès : " Je vais mener à bien cette mission, avec An à mon côté "(idem p.227).

 

Les Parents de Julie et Mélissa

Pour le volet des parents de Julie et Mélissa, la quantité d’information est également énorme. Mais c’est principalement dans différents livres, telle " Parole d’Ouvrier " de Alain Tondeur, "  La crise Blanche " http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=237 du même auteur, " Si c’était à refaire " de Vincent Decroly http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=208 : "La Marche Blanche, des Parents face à l’Etat belge " de Laurie Boussaguet, http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=275 " Ce n’est pas terminé " de Michel Bouffioux, http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=204 que j’ai puisé beaucoup d’informations. Mais c’est aussi sur le site de l’ASBL Julie et Mélissa, dans différents journaux, des revues, mais aussi dans des émissions de TV que je retiens d’autres éléments très intéressants.

A l’inverse des parents d’An et Eefje, la plus grande partie du chemin de lutte aura été réalisé par les parents de Julie et Mélissa ensemble. Les grands parents des deux familles, le frère de Carine, Michel Collet et sa femme, Cécile, marraine de Mélissa, seront des personnes qui vont aussi énormément s’impliquer, et se distinguer dans ce combat.

Dans le livre " Parole d’Ouvrier " d’Alain Tondeur, on apprend que Gino Russo, le papa de Mélissa est né en Belgique et qu’il choisira de garder sa nationalité d’origine sicilienne. Durant la seconde guerre mondiale, son père trompera la vigilance des Allemands pour éviter d’être enrôlé dans la guerre d’Ethiopie. Ensuite il endossera le parcours du travailleur émigré. La maman de Gino, qui fut secrétaire du parti communiste dans son village de Sicile, viendra rejoindre son mari avec ses quatre enfants dans la région de Liège.

Gino fera des études professionnelles comme ajusteur-tourneur avant de rejoindre l’usine. Un des grands moments forts dans la crise de la sidérurgie aura lieu en 1982. Les travailleurs de Cockerill perdront 5 indexes et non pas trois comme partout ailleurs, et ce malgré les 7 à 8 semaines de grève et de nombreuses manifestations. Il participera à toutes les manifestations, à toutes les grèves. Un jour Gino ira discuter pendant ¾ heure avec l’ingénieur contre le non-renouvellement d’un stagiaire ONEM (Office National de l’emploi), alors que lui-même en était un.  Le syndicat va le repérer, et bien qu’il suivra plusieurs formations, sans but de promotion : " j’ai un gros défaut je n’ai aucune ambition par rapport au travail "(17 : Gino Russo " Parole d’ouvrier " Alain Tondeur P.117), c’est à une autre formation qu’il va s’atteler pendant 3 ans, celle de la Fondation André Renard .

Carine Collet, la femme de Gino Russo sera sans doute influencée par les valeurs de luttes menées par ses parents, notamment, pendant la seconde guerre mondiale. Lors d’un des débats organisés quelques années auparavant par un comité blanc, le papa et la maman de Carine Russo s’adresseront d’ailleurs en ses termes à Vincent Decroly : " Nous avons fait des choses tout à fait folles, posé des actes irréfléchis. Nous nous étions engagés dans la résistance…. Il fallait résister. Nous l’avons fait pour la démocratie et pour nos enfants. Maintenant, c’est à vous " (18 : "  Si c’était à refaire " Decroly Vincent P.123). Début des années soixante, les parents de Carine perdront un jeune enfant accidentellement. Avec d’autres parents ayant la même peine, ils vont constituer une association pour la protection des enfants sur la route, l’APPER (annexe 4 : N’oubliez-pas " oct 99, n°5). Jean Denis Lejeune, papa de Julie, est aussi un ouvrier. Il est carrossier. Son épouse Louisa, et maman de leur petite fille, Julie, est infirmière.

Avant l’enlèvement de leur fille, rien de spécial ne venait bousculer la quiétude de la cellule familiale des Russo : " Nous avions notre propre vie à gérer, nos enfants à élever, nos petits soucis à assumer "(20 : Carine Russo :" Ce n’est pas terminé " M. Bouffioux P.10).

Le 24 juin 95 en l’espace d’une petite demi-heure leur monde va basculer. Ce jour là, Mélissa invite sa copine Julie Lejeune pour jouer ensemble. Vers 17h après avoir obtenu avec insistance l’accord de sa maman, Mélissa partira avec son amie se promener à quelques centaines de mètre de là vers le pont de l’autoroute. Carine va à leur rencontre vers 17h30, étant entendu qu’elles devaient rentrer à ce moment là. Avec son vélo, elle va refaire trois fois l’aller-retour : " A partir de là, j’ai vraiment commencé à m’inquiéter " (idem p.19). Vers 18h, Louisa Lejeune, vient comme prévu rechercher sa fille, Julie. Très vite, elle participe aux recherches, notamment en faisant le tour du quartier en voiture s’arrêtant, fouillant et appelant en certains endroit. Les deux mamans iront du coté de l’aéroport, près de l’école de leurs filles, dans la famille, chez des amis, rien. Les deux petites filles venaient de disparaître :  "… de manière totalement incompréhensible " (idem p.10). Vers 19h45, la BSR de Seraing est contactée et très rapidement après avoir pris le témoignage et les photos, des recherches vont commencer. En soirée, un homme viendra d’Esneux avec un chien pisteur. Le papa de Julie, Jean-Denis Lejeune, aura le sentiment que malgré qu’ils avaient à faire à des gendarmes et policiers de bonnes volontés, ces personnes n’étaient pas à la hauteur : "  …,ils semblaient autant perdus que nous " (idem p.19).

Pour Gino : " Déjà, à ce moment, on a eu l’impression que les enquêteurs pédalaient un peu dans la choucroute "(idem). Mi-juillet, Carine contact Michel Bouffioux par téléphone. Le soir même, les parents lui feront part de leurs doutes sur les improvisations de l’enquête judiciaire. Mais ce qu’ils voulaient surtout, c’était lui poser la question essentielle : " Est-il possible que nos petites filles soient encore en vie quelque part, détenues par un réseau pédophile ? "(idem p.17). Le journaliste constatera que les parents Lejeune Russo croient toujours fermement que leurs filles sont toujours en vie. Il se rendra d’ailleurs plusieurs fois chez les Russo. Celles-ci auront lieu, à chaque fois jusqu’aux petites heures du matin. Leur façon de vivre était d’ailleurs complètement bousculée. La maison de Gino et Carine deviendra, de fait, le quartier Général. Après leurs proches, c’est d’autres personnes, comme Marie-Noëlle Bouzet (21 : maman de la petite Elisabeth Brichet, cette petite fille qui fut enlevée en 1989 et dont on retrouvera le corps en 2004, après le procès Dutroux et consorts…) qui vont les rejoindre rapidement. Les battues, les avis de recherche, les affiches, la mobilisation de centaines d’anonyme ne donneront rien, si ce n’est maintenir la mobilisation. Pour maintenir la disparition de leurs enfants dans l’actualité, ils vont créer l’événement : "  C’est l’évènement qui intéresse la presse " : (22 : Gino Russo : " La Marche Blanche " Boussaguet Laurie :P.48). Le 04 juillet, une conférence de presse sera lancée pour faire appel aux ravisseurs(23 : annexe 5 : Extrait de la conférence de presse retro RTBF de 1995). Ils vont rendre aussi publique la visite privée du ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, chez eux le 26 juillet 1995. Le lendemain de cette visite, les parents de Julie et Mélissa vont lancer un appel à témoins pour retrouver, d’après un portrait robot, un personnage aperçu sur place au moment de la disparition des deux fillettes.

Une conférence de presse revendicative se tiendra le 31 juillet 95 pour interpeller tant les forces de l’ordre, la justice et même le monde politique.

Août 1995, les deux papas et mamans vont multiplier les actions pour continuer de maintenir l’évènement à l’avant plan de l’actualité, en interpellant les personnes qui font la une, dans leur région. C’est ainsi que le 02 août, Roberto Baggio à l’occasion de la venue de l’AC Milan à Liège, va prêter son concours aux parents pour relancer l’événement. Après avoir écrit au Roi et à la Reine, tous les députés et sénateurs belges recevront un courrier le 17 août 1995, un an, jour pour jour avant la découverte des corps de Julie et Mélissa. Cette lettre reprendra déjà tout ce qui ne va pas pour eux, ainsi qu’un certain nombre de question. Le 7 septembre 1995, les parents de Julie et Mélissa participent à un interview pour Télé Moustique intitulé : " Les parents accusent " (24 : " Ce n’est pas terminé " Bouffioux Michel : P.I8). Chacun d’eux dénonce des errements, des incohérences, leurs sentiments de parents. Pour Jean-Denis, il a l’impression que rien ne se fait :  " Ils nous opposent le secret de l’instruction à tout bout de champ "(idem p.20). A d’autres moments, c’est l’incompréhension pour les parents des petites liégeoises. Par exemple, la Police Judiciaire (PJ) sera prévenue qu’un jeune de Liège avait encadré chez lui la photo des petites, et qui en même temps déchirait les affiches collées en ville. Au bout de quatre jours Jean-Denis s’énerve et ira lui-même chez ce jeune. Ce que les enquêteurs lui reprocheront : " Mais au fond, c’est leur lenteur qui m’a poussé à agir de la sorte " (idem p.22).

Pour Gino, il n’y a même pas possibilité de rentrer en contact avec la juge d’instruction : " Pour moi, cette femme fonctionne sous Windows ! Je n’ai pas encore trouvé le langage pour communiquer avec elle… " (idem p.21).

Louisa Lejeune dira qu’elle trouve la juge d’instruction incroyablement insensible. Pour Carine, elle espère que celle-ci lira cette interview afin de pouvoir dialoguer avec eux. Déjà à ce moment là, tant du coté de la juge d’instruction que du coté de la gendarmerie, on leur conseillait de limiter les contacts avec la presse. Pour démontrer la lenteur des enquêteurs, Gino explique que la gendarmerie cherchera trois semaines la trace d’une personne qui habite à quelques centaines de mètres de leur domicile ; finalement, il ira lui même les conduire à la bonne adresse.

L’espoir de revoir leurs filles vivantes ne les quitte pas et c’est pour eux ce qui leur permet de tenir psychologiquement. A cette époque, ils recevront plus de 250 lettres de voyants et autres radiesthésistes qui tous avançaient la constante que les petites étaient toujours en vie. Mais cela les laissent sereins : " on n’est pas prêt de céder à la panique. Pas plus qu’aux nombreux mirages qui s’offrent à nous "(idem p.22). Les parents profiteront de cette interview pour remercier tous ces gens qui les soutiennent et qui collent un peu partout les affiches de disparition de leurs enfants. Gino dira que c’est grâce à eux qu’ils ne sombrent pas.

Le 13 septembre, l’émission " Faits Divers " (25 : c’est une émission produite par la RTBF

" chaîne publique Belge Francophone "José Dessart va suivre pendant un mois, avec

son équipe, les parents au quotidien) amplifiera la prise de conscience du drame de ces

deux familles et de l’absurdité des blocages de l’enquête. On assistera en direct à

l’affrontement entre les parents et le procureur Général de Liège, Léon Giet. Ce qui marquera

aussi, c’est l’intervention prémonitoire de la maman de Mélissa. Carine va bousculer le débat

en lançant un appel urgent. Elle demandera de se bouger, plutôt que de parler pendant que les

petites souffrent peut-être quelque part et qu’elles attendent d’être délivrées.

Le 05 novembre une pétition pour l’accès au dossier judiciaire est rédigée et diffusée. Cent mille signatures seront récoltées sur 15 jours de temps ; bien qu’elles seront envoyées au ministre de la justice, rien n’y fera.

Toujours en novembre 1995, ils attaquent l’Etat belge en référé pour obtenir l’accès au dossier.

Cinq mois après la disparition des enfants, Carine et Gino répondent, lors d’une nouvelle interview de Michel Bouffioux, qu’ils gardent espoir. : "  C’est évident ! Comment pourrait-on encore vivre autrement ? " (26 : Carine Russo : " Ce n’est pas terminé " P.24 ). Pourtant, tout comme Paul Marchal, une mesure administrative viendra les blesser, la suppression au droit de l’allocation familiale. Mais c’est surtout les sincères condoléances d’une magistrate du palais de justice de liège, madame Bourguignon, qui va les écœurer. Celle-ci persistera en lançant " Que voulez-vous dire d’autre en cas de disparition "(idem). En novembre 95, les circonstances de l’enlèvement n’ont plus vraiment d’importance à leurs yeux. La vraie question, c’est de savoir où elles se trouvent. Malgré les nombreuses rumeurs, aucun témoignage n’est mis de coté " De toutes façons, pour nous, la question n’est pas de tenir ou pas. On se doit, pour nos enfants de ne pas s’incliner, de croire, d’espérer et de se battre " (idem p.26). Fin janvier 1996 afin de contrer l’essoufflement médiatique, et sous l’impulsion du journaliste José Dessart, va se créer un comité de soutien d’une trentaine de personne actives autour des parents. Le cercle sera élargi à 150 autres personnes, dont des députés, des journalistes, des personnalités universitaires tel que Gabriel Ringlet, vice-recteur de l’UCL. Une charte qui stipule l’urgence et rappelle que les enfants sont peut-être toujours en vie sera signée.

Le dimanche 11 février 96, les Russo et l’ASBL Marc et Corinne, reçoivent une information sur la présence de Mélissa au Luxembourg. Gino va s’informer du suivi à la gendarmerie puisque celle ci était au courant depuis quelques jours. Remballé de manière inexpliquée, il se rendra néanmoins sur place avec, entre autre, Jean-Denis Lejeune. C’était une fausse piste ; mais ce sera une fois de plus l’incompréhension sur les réactions de la police belge à leur égard. Hasard du calendrier, quelques jours avant le décès présumé de Mélissa, le 22 mars 96, Carine dira pour un nouvel article : "  Julie et Mélissa appellent toujours au secours et c’est mon cœur de maman qui les entend crier "(idem p.29). Elle va crier aussi sa colère surtout en posant déjà toute une série de questions du pourquoi de l’écartement des parents de victimes dans le processus de recherche, alors que dans d’autres pays, il y a longtemps que les familles participent à l’enquête et que cela se révèle très positif.

 

 

Eté 96

Le 20 juin 96, dans un nouvel entretien, ils vont une fois de plus dénoncer le leurre pour l’accès au dossier et le manque d’humanité de certains membres de la magistrature : "  le procureur général mentait avec un tel aplomb, c’était odieux " (Gino Russo :idem p.32). Bien qu’ayant toujours l’espoir qu’elles sont encore en vie, certaines hypothèses minimisées par les enquêteurs, semblent pourtant plausibles : " …, je constate que l’on n’a mis à jour un réseau de pédophilie international à Bruxelles en janvier dernier… ,… si c’est le cas pour les fillettes, il reste la vie pour essayer de réparer " (idem).

Le 24 juin 96, les parents donnent une conférence de presse sous forme de 58 questions qu’ils posent à la justice ( 27  : Annexe 2  : " Question de justice " également sur leur site : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=72 , Certains journaux venant au secours des institutions, vont répondre par la défensive, du style :  " il n’est pas possible que la justice ne fasse pas tout pour retrouver des enfants disparus. Ces parents sont aveuglés par la douleur " (28 : "Ce n’est pas terminé " Bouffioux M : P.30).

En juillet, n’ayant toujours aucunes nouvelles des responsables de l’enquête, les deux papas accompliront de nouvelles recherches, par une série de déplacement Outre Atlantique, et par des connexions avec d’autres organisations étrangères susceptibles de les aider.

Ils annonçaient 14 mois plus tôt le drame avec une lucidité prémonitoire (29 : P.128 "Si c’était à refaire "Decroly V.)

Le 15 août 96, tout le monde apprend la libération de Sabine et Laetitia. Carine Russo en novembre 2004 dira d’ailleurs pour une interview dans le Ciné Télé revue : "  A jamais, elle et Laetitia seront notre plus belle consolation par rapport au combat que nous avons mené " (30 : Annexe 6 : Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004 : P.19 .) . http://michelbouffioux.skynetblogs.be/?date=20050131#847205. Le 17 août 1996, la joie se transforme en chagrin par la découverte des corps des enfants à Sars-la-Buissière.

Gino va, ce jour-là, accrocher à sa porte une pancarte pour s’en prendre à Melchior Wathelet, ministre de la justice qui avait signé en 1992, et en dépit des réticences de certains magistrats, la libération de Dutroux. Le lendemain, sur une question concernant l’assassin de sa fille Gino dira que c’est un fêlé : "  la police et la justice le savaient. Que voulez-vous que je vous dise de Dutroux, j’en veux plus aux magistrats et aux policiers qu’à Dutroux " (31 : Gino Russo " Si c’était à refaire" Vincent Decroly : P.128 ). En fait, ce jour là, dépassant le caractère privé de leur drame, les parents des deux fillettes accompagnés de leur avocat Maître Victor Hissel annonceront leurs objectifs : " Mettre à jour toute la vérité et obtenir de l’institution judiciaire qu’elle change de méthodes, de moyens et de mentalité " (idem).

Les parents de Julie et Mélissa vont eux-mêmes organiser les funérailles inoubliables qui se dérouleront le 22 août. Du début jusque dans le caveau, les deux petits cercueils blancs resteront côte à côte.

Quelques messages seront lancés vers les responsables par plusieurs membres du comité de soutien, Marie-Noëlle Bouzet, le prêtre ouvrier qui co-célébrait la messe, Gaston Schoonbroodt. Quelques précautions seront prises par les parents pour éviter, par exemple, toute récupération politicienne. La présence d’un représentant du Roi sera refusée, puisque à la lettre que les familles de Julie et Mélissa avait envoyée au Palais Royal, un an plus tôt, ils n’avaient reçu qu’un simple accusé de réception. Dès le lendemain, Gino lancera à l’attention du public " On fera appel à vous ".

Quelques jours plus tard, un panneau mentionnant  " Mort à Dutroux ", fera réagir Carine.

Elle demandera à l’auteur de s’en aller :" Nous n’avons jamais pensé que le meurtre de notre

fille devait conduire à plus de haine…, il devait servir à améliorer la vie d’autres

personnes " (32 : annexe 7 : Le "Time" 28 04 03 "la croisade des enfants")

http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=1...

Ses propos seront d’ailleurs évoqué lors de la conférence de presse de ce mardi 14 juin 2005

par Florence Aubenas à Paris (33 : annexe 8 " La Meuse " 15 juin 2005 p.15.).

Avec d’autres parents d’enfants disparus, se tiendra, le 13 septembre 1996, une conférence de

presse, pour une fois de plus rappeler, la grande responsabilité de l’appareil judiciaire de cette

situation et réclamer de nouveau l’accès au dossier. Carine dira entre autre qu’il est trop tard

pour rendre confiance en la justice belge. Suivra une émission  de la RTBF quelques jours

plus tard: Mise au Point :  " Je pense que c'était le dimanche 22/9/1996, soit un mois jour

pour jour après les funérailles de Julie et Mélissa, dont bien des responsables politiques

estimaient qu'elles mettraient un point final à l'affaire, du point de vue de ses retombées

politiques, sociales et médiatiques " (34 : précisions reçues de Vincent Decroly en avril

2005).

Quatre députés présents sur le plateau seront pris à parti par Jean-Denis Lejeune et Gino

Russo. Etait également assise au premier rang à leurs coté, Marie-Noëlle Bouzet.

Ces derniers vont rappeler le courrier individuel envoyé à chaque parlementaire 14 mois

plus tôt et le peu de réaction de ceux-ci. L’un d’eux, qui était présent à cette émission.

Le député Jacques Simonet évoquera deux fois, dans ses interventions, le nom de son parti

de " droite ", le PRL. Gino va lui couper la parole pour lui rappeler que l’émission n’a pas

pour but une propagande électorale . A cette époque-là, la maman d’Elizabeth Brichet et la

maman de Mélissa, qui voyagent en train vers Paris, vont échanger leurs idées. Va germer

alors, l’idée d’une marche pour les enfants et pour la vérité. Quelques jours plus tard, Marie-

Noëlle Bouzet en fait allusion au journal de la Libre Belgique, qui en fera son titre principal le

27 septembre 96. L’organisation de la Marche Blanche sera alors, jusqu’au 20 octobre, mis en

place par plusieurs personnes, dont principalement les parents Russo Lejeune, Michel et

Cécile Collet, Marie Noëlle Bouzet, et quelques personnes du Comité de soutien des parents

de Julie et Mélissa : " Logistique et investissements émanaient de l’ASBL " (35 : P.5

" N'oubliez pas " n°1).

Le cadre idéologique sera inscrit par l’un des messages de Carine Russo lors de la conférence

de presse du début du mois de septembre. Elle avait rappelé que si toute la population a pleuré

et s’était levée suite au drame des six jeunes filles, c’est parce que ces enfants sont le symbole

de la souffrance : "  de tout ce qui a été trop longtemps oublié dans cette société que l’on

n’ose encore appeler démocratique. Elles représentent un espoir d’envol vers un autre

monde, un monde meilleur "(36 : Carine Russo : "La Crise blanche " P.73)

Plusieurs problèmes vont surgir, notamment du coté politique. Menaçant de divulguer dans la presse la réticence des autorités à cette manifestation, Gino de part son expérience syndicale, réussira à transformer ce refus politique, en accord. Autre point important à régler, la responsabilité de cette Marche Blanche. Alors qu’elle est attribuée au seuls parents, Carine va renverser cette responsabilité sur celle, dont c’est le devoir et les attributions, du bourgmestre. Toutefois, le parcours initialement prévu par les têtes pensantes pour cette marche blanche sera refusée par les autorités. En fait, le cortège devait passer devant le Palais Royal, la rue de la Loi, le Parlement, dépôt de fleurs chez le Premier Ministre.

L’organisation de la journée du dimanche se poursuivra par la répartition des tâches dans un petit comité né de ce projet. Carine, Marie-Noëlle et Nabela prendront contact avec les autorités. Gino et Jean-Denis négocieront les tarifs avec la SNCB (Société de chemins de fer Belge). José Dessart et le comité de soutien s’occuperont de la logistique. Pour Gabriel Ringlet membre du comité de soutien, : " c’est vraiment une marche organisée par les parents " (37 : " La marche blanche "P.148). Le 18 octobre, les familles seront reçues par le Roi. Ils apprennent que Dehaene veut les rencontrer dans l’après-midi du 20 octobre. Carine, Gino et Tinny Mast, s’y sont opposés " ce n’était pas le jour,..le rapport de force était en notre faveur "(38 : Annexe 9 : Carine Russo : " La raison d’Etat " http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=8.... Ils vont se rallier à la majorité, mais avec une série de revendications et questions concoctées à la hâte. Jean-Denis va accorder beaucoup d’interviews pour demander que les gens viennent, comme à une promenade, en famille, dans le calme, sans débordement, sans panneau ni slogan. Un communiqué de presse officiel sur le sens de ce rassemblement sera envoyé pour éviter tout amalgame (39 : Annexe 10 : Communiqué de presse officiel sur le sens des rassemblements) http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=1... .

Les consignes seront bien respectées : " … On avait demandé le silence, le blanc, l’hommage, c’était impressionnant " (40 :Gino Russo " La gauche " N° 06, mars 1998) http://www.sap-pos.org/lagauche/index.htm .

Le nombre de personnes présentes va dépasser toutes leurs espérances. Après la minute de silence que va demander Gino, chacun à leur tour, les parents et victimes vont prendre la parole et remercier la foule. Marie-Noël va même demander à une personne d’enlever son panneau qu’elle tenait, puisque c’était une des consignes qui avait été formulées préalablement. S’adressant à la foule, la maman de la petite Elisabeth Brichet dira entre autre qu’ :" une nouvelle citoyenneté est née ". Carine va critiquer, à ce moment très opportun, les dysfonctionnement du système politique et judiciaire, en écorchant au passage la magistrature suite à l’arrêt dit " Spaghetti ". Elle fera valoir de nouveau le caractère sacré des enfants et de leurs droits. En 2004, Carine racontera qu’en fait, le jour de la Marche blanche, le moment le plus important, c’est quand elle va rencontrer pour la première fois Sabine et Laetitia : " nous étions très émus tellement heureux de les voir, les petites filles à coté de nous " (annexe 6 : P.19 Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004 ).

Vers 15h45, une délégation de 31 personnes se rendra pendant deux heures chez le Premier

ministre. A la sortie, Jean-Denis et Nabella vont résumer les " promesses " du gouvernement.

En 1999, Michel Collet dira en fait qu’il s’agissait de " …tartes à la crème ". Pour Marie-

Noëlle, " des promesses qui n’en étaient pas ", et pour Gino, lors d’un entretien avec Laurie

Boussaguet, il fait référence à " ses quatre conneries "(41 : Gino Russo : La Marche

Blanche : P.165). En fin de parcours, un grand panneau sera installé avec l’inscription des

enfants disparus et assassinés. L’absence du nom de Loubna Benaïssa (42 :petite fille de

neuf ans d'origine marocaine enlevée à Ixelles en 1992. On retrouvera son corps le 5 mai

97 à quelques centaines de mètres de son domicile), va être l’objet d’une polémique

déclenchée par certains médias, notamment de la RTBF, qui, au départ avait refusé de couvrir

médiatiquement cette journée historique :  " pas pour 5000 poujadistes " (43 :Carine

Russo : " La Marche Blanche " : P.100). La marraine de Melissa, Cécile Collet fera même

une intervention télévisée pour démentir le caractère volontaire de cette absence. Ils ne

comprendront jamais ce qu’il s’était réellement passé. Les organisateurs de la Marche

Blanche feront leur propre enquête. Celle-ci confirmera bien que le nom de Loubna était bien

parmi ceux qui avaient été demandé pour figurer sur le panneau. En tout cas, c’est surtout ça

que la RTBF mettra en avant.

 

 

La commission d’enquête parlementaire

Le 25 octobre 1996 débuteront les travaux de la commission d’enquête parlementaire. Au sein de celle-ci, va se dégager rapidement un accord pour auditionner en premier lieu les parents de victimes :" si quelque chose pouvait commencer à être réparé , il fallait au moins commencer par là, par l’écoute " (44 : "Si on me laisse faire " V. Decroly : P.134 ).

Retransmis en direct à la RTBF, on verra parfois des parents de victimes, comme Jean-denis ou Gino effondrés par des témoignages, notamment des policiers du terrain, qui confirmaient ce que les parents Russo Lejeune et Marchal dénonçaient et redoutaient depuis le 24 juin 95 ; L’audimat atteindra d’ailleurs des sommets phénoménaux.

Autre fait marquant, lorsque Gino va en direct croiser et interpeller l’ancien procureur général de Liège, Léon Gillet, appelé également à témoigner.

Les parents de Julie et Mélissa vont dépenser beaucoup d’énergie pour que cette commission continue ses travaux. Le député Decroly, précise que pendant les 16 mois que vont se tenir les séances, il faudra véritablement arracher chacune des prolongations de cette commission à la conférence des présidents. Vu les doutes qu’il y avait déjà pour continuer au-delà du 15 mars 97, le parlementaire annoncera qu’il remettra sa démission, si tel était le cas. Pour les parents il y eut à cette commission, un virage à 180 degrés en octobre 97. Gino dénonce dans le livre de Erik Rydberg, en 98 que lorsqu’il était dans les couloirs de cette commission, il a vu des parlementaires assez désemparés " Il faut arrêter " disaient-ils, la commission, disait-on de toutes parts, " devait atterrir " (45 : Annexe 9 : Gino Russo : "Nom de code Neufchâteau" Erick Rydberg EPO/1999).

 

 

Cette commission avait principalement deux sens pour eux : fournir un travail de fond devant inspirer des changements législatifs et protéger l’enquête judiciaire de Neufchâteau contre toutes " les saloperies " qui se passaient à l’intérieur de celle-ci (idem).

Le 4 décembre, Les Russo, Lejeune, Marchal et la famille Benaïssa vont se pourvoir en Cassation contre le désaisissement du Juge d’instruction pénalisé par l’Arrêt " Spaghetti ".

Le 12 décembre 96, Plusieurs parents de victimes, annoncent officiellement lors d’une conférence de presse la création de comité blanc : " on a semé et on espère que cela va germer… " (46 : Gino Russo : P.235 " Ce n’est pas terminé " Bouffioux M).

Depuis septembre 96, on peut dire que l’ASBL fonctionnait déjà à plein rendement. C’est en fait là que Carine Russo va s’y investir, ainsi que Gino. Les objectifs seront d’entretenir et défendre la mémoire des petites filles Julie et Mélissa, apporter dans toute la mesure de leurs possibilités une aide appropriée à toute situation d’enfant en danger pour laquelle l’ASBL serait sollicitée, en particulier sur le plan des agressions sexuelles et enfin mener avec l’appui de leur comité de soutien ou par eux-mêmes toute action ou manifestation plus large sur les thèmes de la justice et de l’enfance en danger. Les activités jusqu’en juin 98 seront détaillées dans le n° 12 de la revue que va éditer cette ASBL " N’oubliez pas ".Un site Internet existe également : www.juliemelissa.be depuis septembre 2002 .

En décembre 2001, seront supprimées les activités du volet d’aide aux victimes. L’association "Julie et Mélissa" va recentrer toute son activité autour de son premier objectif : entretenir et défendre la mémoire des deux petites filles décédées. C’est également à cette époque que va cesser la publication du trimestriel "  N’oubliez pas ! " Le numéro 13 sera le dernier.

Le 06 janvier 1997, le quotidien "  La dernière Heure " ( La DH) relate les propos que Jean-

Denis Lejeune avait tenu la veille dans une émission de la RTBF. Il se demandait comment

la juge Doutrewe était toujours en liberté. Celle-ci réagira dans le même article en faisant état

entre autre que  les parents ont perdu la tête parce :" qu’ils sont aveuglés par la douleur "(47 : 

Gino Russo : P 235 " Ce n’est pas terminé " M. Bouffioux). Plus de 70.000 personnes

vont répondre à l’appel pour la marche multicolore de Clabecq du 02 février 97(annexe 3 :

La DH 03/02/97). Seront présents sur le podium plusieurs familles de victimes, dont Betty et

Paul Marchal, Louisa et Jean-Denis, Carine et Gino. Ce dernier s’adressera à la foule en ses

termes : "  C’est l’argent qui a tué Julie et Mélissa, c’est l’argent qui tue l’emploi "(48 :P53

"Clés pour le procès"). Le 19 mars, Jean-Denis va réagir contre la possible adhésion de

l’ASBL " Marc et Corinne "  et de son pendant néerlandophone H.V.K.O. au projet du centre

européen : " ….il n’aura plus qu’à choisir : eux ou nous ! " (49 : annexe 12 :La Meuse du

20/03/97 ). Fin avril, ils décident tous les quatre de se retirer de la scène médiatique. Excédé

de la façon dont ils ont été traités par certains médias : " on est écrasé par le symbole que l’on

représente " (50 :Gino Russo : P.226 "Ce n’est pas terminé " Bouffioux M). C’est aussi

par le fait de devoir justifier leurs dépenses, et que leurs enfants passent en second en étant

privé d’eux qu’ils vont prendre cette décision :  " on ne supporterait pas un échec par rapport

à eux (idem p.226). Bien que leur volonté en proposant la création de CB était pour plus de

démocratie et de participation des citoyens, un journal va énoncer qu’ils ont une " attitude

fascisante " et "  … c’est ce qui fait le plus mal " (Carine Russo, idem p.228).

Pour Jean-Denis, la plus grande responsabilité de leur retrait vient de Jean-Pierre

Malmendier et des médias bien intentionnés pour avoir relayé ses propos (idem p229). Fin

mai, des divergences d’analyse apparaissent entre les deux couples sur la création du centre

Européen des enfants disparus, " Child Focus ". Pour Benoît Rihoux, le papa de Julie ne veut

pas changer le monde, mais via son engagement dans cette association, créer quelque chose

qui marche pour retrouver les enfants. Pour Gino et Carine, le problème se situe à un autre

niveau. Celui du financement, du management, et donc de la main mise du pouvoir sur cette

nouvelle ASBL. Le 24 juin 1997, ils vont expliquer leur point de vue dans une lettre ouverte,

lettre bilan, lettre jugement qui sera envoyée principalement à l’attention des Comités Blancs

(annexe 13 : " Ce n’est pas terminé ! " M Bouffioux : P 253 à 256).

 

Le 29 août, les parents de Julie et Mélissa adressent un courrier à Dehaene pour lui rappeler

les promesses  non tenues par l’Etat. L’accès au dossier reste pour eux la seule façon pour se

protéger des menaces physiques récurrentes dont ils font l’objet de la part "  … d’un certain

milieu " (51 : La DH et le Soir du 11 sep 95 ).

C’est à cette période qu’ils décident de rompre le silence, tant la pression est énorme, notamment dans la commission parlementaire d’enquête.

En octobre de la même année, ils vont rencontrer à Foreux, des enfants et leur professeur de morale Jacques Duez. Celui-ci avait soulevé la curiosité de ses élèves et des parents Russo et Lejeune, sur les réactions des uns et des autres. Cela fera l’objet d’une émission de la RTBF " Les enfants de l’année Blanche " (52 : annexe 14). Louisa, Carine et Gino vont ainsi expliquer pourquoi ils sont contre la peine de mort. Jean-Denis pourquoi il se démarque de leurs positions. En réponse à l’appel du pied de Paul Marchal pour la constitution d’une liste politique qu’il veut mettre sur pied, Jean-Denis répondra qu’il est trop absorbé par son investissement dans le futur centre européen pour les enfants disparus. Pour Gino, ce n’est pas exclu. Pour le moment, ce n’est pas à l’ordre du jour de prendre une étiquette. Les parents de Mélissa soulignent qu’en fait depuis deux ans, ils en font de la politique : " sur des points qui nous tiennent à cœur ". C’est peu avant cette interview que Gino va lancer un appel non plus à une " marche " comme celle du 20 octobre 96, mais à une manifestation pour le dimanche 15 février. Manifestation face au Palais de Justice de Bruxelles " contre la loi du silence, pour la vérité et la justice, pour nos droits et liberté " (53 : " La Wallonie " 09 février 98). Il s’agissait aussi de soutenir toutes les personnes qui font preuve d’audace, comme le Juge Connerotte dont la prolongation de Mandat semblait compromise ou pour l’avocat des deux familles interdit plusieurs fois par le bâtonnier de prendre la parole dans les médias, Michel Bouffioux plusieurs fois inculpés, ect ect. Plus de 60 000 personnes vont répondre présentes à cet appel pourtant improvisé 15 jours plus tôt. Le 23 avril c’est l’évasion de l’ennemi public n°1. Jean-Denis félicitera le garde forestier Stéphane Michaux, en direct sur le plateau de RTL trois jours plus tard. Gino, dans une interview remarque que c’est quand même un curieux hasard que ce soit un Michaux qui rate l’évasion des petites et un autre qui rattrape Dutroux : " je préfère de loin le deuxième " (annexe 20 : " Le journal du mardi, n° 97, 21/01/03, P 22 à 24). Les Russo, invités par l’ONG MSF, Médecin sans frontière, vont se rendre vers la fin du deuxième semestre, au Soudan. Le 07 septembre ils iront interpeller le ministre belge des affaires étrangères pour qu’il fasse pression sur la communauté internationale contre la reprise du conflit afin de permettre de lutter contre la famine qui sévi dans ce pays :  "  Nous voulons empêcher la banalisation d’enfants qui meurent de faim tous les jours " (54 : La Dernière Heure du 08/09/98).

En octobre, l’ASBL Julie et Mélissa va publier le premier numéro de son périodique " N’oubliez pas ". Tout au long des 13 numéros, y seront insérés, entre autre, leurs analyses et actions qu’ils ont menées. Bien que ce premier numéro consacre plusieurs pages au film " Pure Fiction ", ils vont garder une distance critique et expliquer pourquoi il déteste ce film. Entre autre, l’absence totale de sens, l’absence du moindre espoir. Un autre point pose questions: " Quelle est la part d’expression du créateur cinématographique et la part d’expression des individualités réelles impliquées dans de tels drames ? ". Ils préviennent que de toute façon, ils ne soutiendront jamais un projet de leur vécu s’il y a une part aussi minime soit-elle de fiction.

Le 17 avril, la presse informe que le juge d’instruction veut procéder à une nouvelle étude du rapport d’expertise. Le jour même, leurs parents vont envoyer un courrier à Jacques Langlois pour connaître la motivation importante qui l’anime pour demander une nouvelle étude du rapport d’autopsie. Le ministre de la justice sera également interpellé sur ce point, mais également sur la façon dont est traité ce dossier par le juge d’instruction, depuis que ce n’est plus le Juge Connerotte.

Le 30 mars, en page 2 de " La Dernière Heure " titre suite aux états généraux du parti vert : " Ovation Ecolo pour Gino et Carine Russo ". Mais pour Gino et Carine, " c’est un soutien extérieur et uniquement un soutien extérieur ". Sur la page suivante on annonce l’inauguration officielle de Child Focus, en présence du couple royal.

Trop à l’étroit, l’ASBL Julie et Mélissa déménagera, entre autres pour avoir un bureau destiné à l’accueil des victimes.

Fin mai Carine accepte la présidence d’Honneur pour un colloque de l’ONG " SSF " (Socialisme Sans Frontière) contre la guerre en ex-Yougoslavie : " Ni l’Otan, ni Milosevitch ". Mettant en cause le programme Ecolo en matière de Justice, ils refuseront dans la même période d’y participer.

Début juin, peu avant les élections législatives et Européennes, le quotidien " Le Matin "

publie la lettre ouverte de Carine pour le rejet de l’extrême droite (55 :Annexe 15 : Lettre de

Carine Russo "Un beau combat" ". Parmi les actions que vont mener les parents des deux

petites liégeoises, notons aussi celle du 15 juin. Parmi 250 ONG, présentes à Rome, pour une

conférence sur la création d’une cour criminelle internationale, CCI, Carine Russo

représentera l’ASBL Julie et Mélissa (56 : " La Meuse " du 16/06/1999 ).

Après avoir rencontré plusieurs hauts dirigeants de plusieurs pays européens, déjà à partir de décembre 96, Gino et Carine seront actifs en faveur de ce qui s’appellera " l’Appel de Lausanne " (annexe 16 : " N’oubliez-pas ", octobre 98, P 25 à 29)

Le 10 décembre 1999, jour du 51éme anniversaire des Droits de l’Homme, un manifeste " Pour en finir avec l’intolérable " (annexe 17 : " N’oubliez-pas ", juin 2001, P 50 ) qui avait récolté plus de 53 000 exemplaires sera remis au président de la Chambre des députés. Gino et le comité de soutien saisiront cette occasion de rappeler toutes les questions qui restent posées dans l’enquête.

Le 27 juin 2000, le juge d’instruction Langlois sera contraint par la Chambre des mises en accusation de procéder à une reconstitution de l’enlèvement de Julie et Mélissa. Leurs parents avaient obtenu gain de cause pour une démarche qu’ils avaient intentée quelques mois plus tôt. Mais quelques mois après cette reconstitution, une plainte avec constitution de partie civile sera déposée à l’encontre de Carine Russo. C’est le même juge d’instruction, Jacques Langlois, qui s’occupera de cette plainte. Celle-ci ferait suite aux précisions écrites que Carine avait répondu dans une lettre que ce même juge d’instruction lui avait adressée.

En décembre 2001, pour cause de décès de la vérité…, l’ASBL arrêtera la publication trimestrielle. Décès de leur idéal de justice que l’institution judiciaire confirme puisque : " par son arrêt du 22 octobre dernier, a décidé d’euthanasier, tout …en douceur " (57 : " N’oubliez-pas ", n° 13, P3)

C’est ce que l’on appellera le dossier 186 bis, qui selon l’avis du Procureur général Anne Tilly, devait " donner satisfaction à tout le monde "(idem p.22). Le 4 juin 2002, pour le journal " Humo ", les parents de Mélissa confirment de nouveaux qu’ils n’ont toujours pas l’intention de participer aux petits jeux malsains de la justice. Gino insistera pour dire qu’ils ne sont pas épuisés et qu’en fait, c’est justement résister qu’ils font. Seul coté positif pour Carine : " ils vont enfin cesser de faire semblant de chercher "(58 : annexe 50 http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=100&var_recherche=humo).

En septembre 2002 commencent les séances de la chambre du conseil de Neufchâteau. Plusieurs incidents vont avoir lieu, spécialement entre Jean-Denis Lejeune et l’avocat de Lelièvre. Carine Russo, quant à elle quittera une des séances principalement pour ce jeu de dupes judiciaires (annexe 18 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=96)

Quelques semaines plus tôt, un article de " La Libre match ", Carine et Gino se demandaient jusqu'à quel point la justice mentira à l’opinion publique (annexe19 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=80).

La maman de Mélissa demandera aussi en vertu de quoi ils doivent :  "  supporter sans broncher les sourires en coin de Nihoul ainsi que les clins œil qu’il adresse à Lelièvre ? "(idem). Le 16 janvier 2003, Carine sera renvoyée en correctionnelle suite à la plainte déposée envers elle. Le lendemain, en sortant du Palais de justice de Neufchâteau, Gino fait remarquer qu’il y a plus de charge dans l’ordonnance contre son épouse que dans celle de Nihoul (annexe 20 : " le Journal du Mardi " n°97)

Le soir magazine du 25 janvier annonce que la maman de Melissa n’engagera pas d’avocat, et qu’elle ne se présentera pas aux audiences.

Une des réactions de Carine trouvera écho le 27 janvier dans la page " Débats " de la Libre Belgique, avec son article intitulé " Selon que vous soyez puissant… "(annexe 21 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=159)

Autre lieu, celui de " Mise au point " 2 jours après l’avis de la chambre du conseil, qui annonce que Nihoul n’est pas renvoyé au Assises. Seront invités sur le plateau, les parents de Julie et Mélissa mais aussi par téléphone Jean Michel Nihoul. Ce qui donnera lieu à une réaction à un moment donné de Carine pour demander que :  " … cette insanité se termine ", et d’expliquer que si ce dossier est de 400.000 pages, c’est dû aux inventions, aux mensonges et aux contradictions que ce dernier avaient faits toutes ces années (annexe 22 : retranscription " Mise au Point, RTBF, du 19/01/2003). Gino refusera de s’exprimer tant qu’il n’a pas la certitude que celui-ci n’est plus en ligne. A l’unisson, les parents Russo Lejeune vont répéter qu’ils ne croient pas lors des Chambres de Mise en Accusation de liège, au renvoi de Nihoul. Mais Carine va cependant dire qu’il lui reste un tout petit peu d’espoir par le travail du Parquet, le ministère public (idem p.16).

Quant à l’enquêteur Demoulin, celui qui avait déposé plainte contre Carine, Gino dira en fin d’émission, qu’il était " choqué d’entendre qu’il avait sa vie brisée ce brave gendarme " (idem p.20).Quant à Jean-Denis, il sera d’accord cette fois avec l’avocat de Lelièvre pour dire que c’était : " un procès qui est foutu d’avance " (idem p.15).

Quelques mois plus tard, un grand quotidien anglais, " Le Times " annonce que la maman de Mélissa fait partie des 36 personnes dans le monde que le journal a élue pour " le courage, la conduite et la générosité inspirent et changent le monde " (annexe 7 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=182). Fin mai Jean–Denis revient dans le CTR, sur son calvaire depuis le 24 juin 96, en reprenant comme exemple, que pendant les 15 premiers jours, il ne se souvient pas d’avoir mangé ou dormi. Malgré le temps écoulé, il n’arrive toujours pas à regarder du coté de la chambre de sa fille. Au grenier, il a une petite pièce où il s’isole et peint ses émotions (annexe 23 : " Ciné revue " 22/05/03 P2 ).

On apprend également de lui que la maman de Julie a vraiment fermé la porte sur le monde ; qu’elle ne veut plus de contact, ni sentir le regard des gens sur son malheur : " nous sommes des parents et non des star !(idem).

En octobre 2003, plus de 500 personnes assistent à une soirée débat à la Maison du peuple de Grâce-Hollogne. La position des deux familles reste à ce moment toujours la même. Ils n’iront pas au procès qui s’annonce, mais en n’excluent pas que si la pression est trop forte, il n’est pas impossible d’aller jeter un petit coup d’œil. En début de séance, Jean-Denis déplore le dédain des instances judiciaires pour  Child Focus . Suite à une nouvelle disparition, l’association ne sera que tardivement informée. Ce qui le met en rage, c’est que la hiérarchie ne comprend toujours pas le coté positif de cette organisation : " …certains nous considèrent encore comme des colleurs d’affiches. Ca, c’est vraiment un réflexe de con ! " (idem).

 

Ce procès, c’est une aumône, nous ne sommes pas des mendiants… " (annexe 24

Deng, mars 2004 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=272)

Quelques jours avant le début du procès, le mensuel flamand " Deng ", reprend les explications de la non participation des Russo à ce qui se passera à Arlon. Ceux-ci confirment qu’il s’agit bien d’un acte de résistance pour eux, et qu’il est beaucoup plus difficile de prendre des distances que d’aller à Arlon et donner quelques commentaires devant les cameras de télévision. La raison qui a vraiment été un coup fatal à leur décision, c’est l’utilisation pour la justice liégeoise de l’article 136 bis. Pour Carine, les institutions belges sont infiltrées par des groupes mafieux et criminels. Langlois ne l’a pas démontré contrairement à Connerotte . De plus, le risque est grand de se retrouver de fait, dans le même camp que les avocats de Dutroux, ce qui serait pour eux, les parents de Mélissa, une position intenable. Via un communiqué de leur avocat, ils feront savoir qu’ils ne souhaitent pas que leurs photos, ou celle de leur fille soient utilisées pour " …illustrer la plus grosse farce…. "(idem). Parmi les 6 familles constituées " Partie Civile ", les parents de Mélissa seront effectivement les seuls à être absents tout au long de ces presque 4 mois de procès à Arlon.

Au début, ils semblent même injoignables : " nous ne serons peut-être pas en belgique. Je ne dis pas où nous allons aller parce que certains journalistes sont même capables de venir nous chercher " (idem).

Au cours de la troisième semaine du procès, Jean-Denis s’explique dans l’hebdomadaire "  Télé moustique " le pourquoi de sa présence à Arlon. Il souhaitait ne pas rester les bras croisés et faire comprendre aux jurés, une autre version des faits que ceux évoqués par le juge d’instruction et par la même susciter un débat contradictoire. Quelques jours plus tard, lors d’une émission " Mise au Point " de la RTBF, Jean-Denis revient sur la peine de mort, par le fait que si, celle-ci était toujours appliquée, sa fille serait toujours là (59 : La Meuse du 05/04/2004).

A la fin d’une des audiences, le papa de Julie s’adressera au président pour lui demander de confronter de manière plus forte les inculpés, pour savoir ce qui est arrivé à sa fille. Il lui sera répondu entre autre que le procès n’est encore qu’à la moitié : " Encore un peu de patience " (annexe 25 : " Au fil des audiences " : Laetitia : Mardi 20 avril 2004, sur le site de l’O.C. http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=265)

Fin mai, Carine et Gino, dans l’émission Controverse, vont déclarer qu’ils ne regrettent absolument pas de ne pas avoir assisté au procès d’Arlon. Dans cette même émission, Gino va critiquer l’avocat de Sabine Dardenne du fait que celui-ci insiste pour dire que sa cliente est le témoin principal. Le dossier, pour le papa de Mélissa, c’est 14 mois et pas uniquement les 80 jours de détention de Sabine Dardenne. Vers la fin du procès, lors d’émissions spéciales de la RTBF, l’avocat principal de Dutroux, Maître Magnée, tente de les associer à son point de vue. Leurs réponses iront dans l’autre sens, le ténor du barreau renvoyé seul dans son coin.

Fin novembre 2004, suite à la publication du livre de Sabine Dardenne et de la conférence de presse qui la précédera, Carine Russo acceptera, tout en refusant de polémiquer sur la jeune fille, de réagir dans un entretien très émouvant pour le CTR à Michel Bouffioux (annexe 6 :

P.19 Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les parents d’Eefje Lambrecks

Cette partie est consacrée aux parents d’Eefje et principalement à son papa Jean Lambrecks. Je dispose de très peu d’éléments, mais c’est dans les deux livres de Paul Marchal, et dans une des émissions " Faits Divers "(60 : " Faits Divers " novembre 2003) que je reprendrai le principal des renseignements sur ce parcours de plusieurs mois de calvaire, avant la découverte des corps. Par la suite, ils se feront assez discrets, même pendant le procès en mars 2004 à Arlon où le père d’Eefje sera pourtant présent très souvent. Celui-ci dirige avec son frère, une petite entreprise de transport à Hasselt.

Au moment de l’émission, en 2003, on apprend qu’à l’origine, le couple avait déjà perdu un enfant de 2 ans, près de 15 ans plus tôt.

Le jour de l’enlèvement, le mercredi 23 août 1995, la maman d’Eefje, Rachel, accompagnera en soirée les parents d’An Marchal pour aller à la police d’Hasselt faire une déposition de disparition de sa fille. Ensuite, elle contactera son ex-époux, qui les rejoindra avec son amie, ainsi que le compagnon de la maman d’Eefje. : " je savais qu’Eefje ne fuyait pas d’elle-même. Nous n’avions pas de problème, c’est pourquoi j’ai su qu’il se passait quelque chose de grave. Eefje n’aurait jamais fait ça…. "(idem). Les parents d’An et la maman d’Eefje se rendront dans la nuit à Westende Le compagnon de Rachel, restera sur place pour aider les recherches. Pour Paul Marchal, le papa d’Eefje deviendra progressivement quelqu’un de " discret, mais fidèle ". Il rendra visite tous les jours aux parents d’An et approuvera les initiatives. Il reprendra très vite le travail dans  l’entreprise familiale, parce que ce qui lui était le plus difficile à supporter c’est l’attente :  " c’est tellement décourageant… "(61 : Jean Lambreckt : "A la recherche d'An et Eefje" Marchal P : P.31).

Les parents des jeunes filles décident de lancer un appel à travers les médias et s’adresser ainsi, si possible, directement à leur fille. Les deux papas vont participer à une émission télévisée à Londres au talk-show de Zakis sur la chaîne Ka2. Jean Lambrecks et Betty Marchal, la maman d’An, commenceront déjà le samedi soir 30 septembre sur les antennes de VTM.

Pour Paul Marchal, le début des premiers malentendus viendront du fait que le papa d’Eefje est moins souvent sollicité par les médias (idem p.47), mais en plus, pour Paul Marchal, Jean Lambrecks était sous l’influence de sa famille et d’amis, il se " montrait très agressif " (62 : " Ma fille à rencontré Dutroux et Lelièvre" Paul Marchal : P.23).

Rachel, la maman d’Eefje sera en désaccord avec le papa d’An, parce que celui-ci refuse d’accepter que les filles étaient mortes. Mais en même temps, le 18 octobre 95, elle va déclarer dans de " Morgen " qu’elle regrette que la police n’exploite pas les quatre-vingts informations fournies par les voyants et radiesthésistes : " elle en a plus qu’assez "(63 : "A la recherche d'An et Eefje" Marchal P. P.52).

Fin octobre 95, Jean Lambrecks, son amie et un journaliste partent pour l’Espagne sans en informer la famille d’An : " nous n’avons pas davantage été informé de son retour "(Paul Marchal : idem p.52). Suite à un article paru dans le magazine " Privé ", l’avocat du père de Eefje envoie un courrier au papa d’An, vers la mi-décembre stipulant que s’il recommence a tenir des déclarations injurieuses à l’égard de son client et des propos diffamatoires à l’encontre d’Eefje, plainte sera déposée pour exiger des dommages et intérêts. Stupéfait, Paul téléphone à Jean Lambrecks : "  je n’avais jamais adressé la parole à un représentant de ce journal "(idem p.55).

Le 19 février 1996 , le papa d’Eefje accompagné de sa sœur Mia et des parents d’An partiront en Espagne pour lancer un appel dans l’émission de la télévision nationale " Quien sabe donde, " ; Jean Lambrecks va lancer un dernier appel à sa fille pour qu’elle revienne. Le père et la tante d’Eefje reviendront au pays, en prenant un avion plus tôt, sans prévenir les Marchal.

Juin 96, le papa d’Eefje dépose plainte, au parquet de Hasselt contre Paul Marchal pour usage abusif de la photo de sa fille. L’une des initiatives du papa d’An, pour payer les frais d’un détective privé, consistait à faire imprimer des autocollants avec la photo des deux disparues. Jean Lambrecks  donnera pour la 1er fois une conférence de presse pour expliquer son point de vue : " jusqu’ici, nous n’avions jamais donné de conférence de presse à propos d’An et Eefje. Je n’ai d’ailleurs rien contre " (idem p.79). Mais celle-ci sera, en fait, une conférence contre Paul Marchal. Jean Lambrecks accuse celui-ci de faire de l’argent en exploitant le drame et d’en avoir détourné une partie. A la demande de Jean Lambrecks, la somme récoltée a été partagée en trois, puisque les parents d’Eefje sont séparés. Ce que le papa d’Eefje va recevoir, ira à une bonne œuvre et non à l’inverse des Marchal pour des frais servant à la recherche des deux jeunes filles. Le 20 juin, les deux familles seront contactées pour participer à une émission sur TF1 " Perdu de vue ", mais les parents d’Eefje ne seront pas intéressés. Suivront alors les événements du mois d’août 96.

Lors des obsèques de Julie et Mélissa, Jean Lambrecks sera parmi le " million trois cent mille personnes " (idem p.93) à regarder la cérémonie à la télévision. Le mardi 3 septembre on découvre les corps d’An et Eefje à Jumet, près de Charleroi. Les deux jeunes filles ne peuvent être enterrées ensemble. Le papa d’Eefje n’acceptera pas une condition de Paul Marchal : retirer sa plainte contre ce dernier. Comme déjà évoqué dans le volet consacré aux parents d’An, Jean Lambrecks assignera en justice Paul Marchal et l’ASBL pour faire enlever le nom de sa fille " Eefje et la lettre E " du Logo. Motif invoqué : " …le requérant ne peut être d’accord sur aucun point avec le fonctionnement … " (idem p.128).

Le 23 décembre 1996, Karine Bosmans (HOVK, Fonds d’aide aux enfants enlevés et disparus) publiera une lettre ouverte à Eefje dans le journal Blik où l’on peut y lire notamment : " Chère Eefje, aujourd’hui, tu peux être fière de ton papa. Il a enfin trouvé le courage d’entreprendre des poursuites judiciaires contre le papa de ton amie An qui a trouvé la mort avec toi " (idem p. 129).

Rachel Vandehove, la mère d’Eefje, demandera fin septembre 97, de condamner l’Etat belge à verser l’équivalent de ses pertes de revenus et comme Jean Lambrecks plusieurs fois au franc symbolique pour frais médicaux, dommages moraux, etc.

Ce n’est qu’à la mi-novembre 97, que le papa d’Eefje pourra consulter le dossier d’instruction  de plus de 3 volumes et d’une épaisseur de 20 cm chacun. Le papa d’Eefje donnera son point de vue sur les enquêteurs : "  D’un certain point de vue, je peux m’associer aux critiques, mais il y a eu pas mal de critiques injustifiées, je trouve que nous devons être un peu plus humains par rapport au fait que ces gens n’ont pas pu résoudre tout. C’est quelque chose que je peux accepter. Mais au début, ils ont fait trop peu d’efforts. Je trouve qu’ils auraient dû chercher plus loin après la disparition des enfants. Je ne sais pas, je ferai surtout des reproches à la police de la Wallonie. La police et la gendarmerie qui connaissaient très bien Dutroux. Ils ont travaillé sur leurs dossiers, l’un à coté de l’autre, alors qu’ils auraient mieux fait de collaborer. Nos enfants auraient toujours été vivantes, d’autres aussi, je trouve qu’ils ont été un peu fautifs, en tout cas laxistes " (64 : Jean Lambreckt : Extrait de "Faits Divers" Novembre 2003).

Hans Knoop, journaliste, homme politique et porte-parole du centre érotique d’Anvers, va écrire un livre , selon ses propres dires, avec la collaboration de Jean Lambrecks  (65 : " Ma fille à rencontré Dutroux et Lelièvre" Marchal P. : P.23). Suite à une décision de justice que les parents de Julie et Mélissa avaient intentée, ce bouquin sera retiré de la vente.

Début avril 98, on apprend que Jean Lambrecks rejoint le parti de droite flamand, le VLD :  " qui a savamment orchestré le rapprochement au cours d’une journée d’étude du parti dans le Limbourg " (66 : La Libre Belgique avril 1998 : P. 4 et 5).

Pour le procès, il va déclarer qu’il espère :  "  que cela puisse enfin se terminer, c’est à cela que j’aspire le plus. J’irai seulement quant il sera question d’Eefje et An " (67 : Jean Lambreckt : Extrait de " Faits Divers " novembre 2003).

En fait, Le papa d’Eefje sera présent pendant les 4 mois que va se tenir le procès à Arlon ; il ne prendra jamais la parole.

 

 

 

Laetitia Delhez

C’est dans le livre de Sabine Dardenne, sur le site Internet de l’OC, différents journaux et revues, que je puiserai l’ensemble des données pour cette partie consacrée à Laetitia Delhez.

L’arrestation de Dutroux et consorts est le résultat de l’enquête menée à Neufchâteau, par l’équipe Connerotte–Bourlet, suite à l’enlèvement de cette jeune fille, le 09 août 1996, à Bertrix. Ce jour là, revenant seule à pied de la piscine, elle répondra gentiment à un homme qui lui demande un renseignement. Très vite le scénario se répète. Un autre homme vient derrière elle, l’a prend par le cou, l’a lève et l’a pousse dans la camionnette. Un de ses ravisseurs, va lui donner des médicaments, mais elle va les recracher. La deuxième fois, c’est dans la bouteille qu’on lui forçait à boire, qu’elle va les rejeter. Dutroux, en buvant après elle, va se rendre compte que l’adolescente n’a toujours rien pris, il va alors la forcer à prendre une plus grande dose, qui lui fera de l’effet plus de 3 jours de suite.

Elle se réveillera une première fois dans une chambre avec une chaîne à la cheville. Après avoir mangé une tartine, elle va se rendormir. Très vite, elle va perdre ses repères sur le jour ou la nuit. Elle reviendra à elle à un moment donné avec une chaîne à son cou. Dutroux la violera " cela m’a fait mal, mais il ne s’en souciait pas. C’est comme si ça le faisait rire "

(68 :annexe 25 : P.4 of 5 http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=265)

Après avoir été remise au lit, il lui remettra le collier au cou mais va le serrer trop fort. Elle retrouvera la clé dans le lit. Après avoir desserré sa propre chaîne, elle remettra la clé dans le lit. Le 10 août elle va voir sabine et échanger quelques mots avant de se rendormir de nouveau. Le lendemain, elle sera toujours dans le même état de somnolence. Elle refusera de manger les plats préparés, ainsi que le jour suivant, le 12 août 96. C’est à cette date, qu’elle descendra pour la première fois dans " la cache ", et qu’elle parlera un peu plus avec Sabine. Elle apprendra à celle-ci qu’il y a des affiches avec sa photo partout en Belgique et que ses parents : " la cherchent comme des fous " ! "(69 : Laetitia Delhez : "J'avais 12 ans.... " Dardenne S. : P.127). Ce n’est que le quatrième voire le cinquième jour que Laetitia se réveillera réellement.

Le 15 août, les deux filles entendent beaucoup de bruit, plus que de coutume, au point qu’elles se mettent sous la couverture et parlent tout bas : " je pense qu’il n’y avait pas un millimètre entre nos deux corps, qui tremblaient en même temps on se serrait l’une contre l’autre, face à face, pour pouvoir murmurer " (idem p.137).

Lorsque la porte s’ouvre, Sabine ne voudra pas sortir convaincue que l’on venait pour les tuer. Mais Laetitia lui dira qu’elle reconnaît quelqu’un : " …Je le connais, c’est un flic ! N’aie pas peur ! Sors ! " (idem). C’est dans les bras de celui-ci, André Colin, que Laetitia tombera en pleurs.

Et c’est donc grâce à l’enlèvement de Laetitia et à l’enquête rapide qui a suivi, que j’en suis sortie vivante " (Sabine Dardenne :idem p.141)

La maman de la jeune fille de Bertrix apprend par la gendarmerie qu’ils ont retrouvé son enfant. Aussitôt, elle se rendra à Charleroi et sans pouvoir prononcer un mot, elles vont se jeter dans les bras l’une de l’autre sans pouvoir prononcer un mot. Ce n’est que le lendemain que la jeune fille va lui raconter son calvaire. Sa maman dira qu’après, sa fille n’a plus jamais voulu en parler et s’est refermée sur elle-même. Chaque fois qu’elle voyait Dutroux à la TV, elle quittait aussitôt la pièce. Pendant des années Laetitia vivra dans la peur. : " Elle fermait toujours la porte, vérifiant tous les soirs qu’elle soit bien fermée à double tour  " (70 : Maman de Laetitia : " France Dimanche " 15 Janvier 2004 : P. 13 ).

Au début de son retour à son domicile, elle demandera sans arrêt à sa maman de la laver : " frotte mon dos maman, je suis sale "(idem). Laetitia écrira un petit message à la Noël 1996 : " Il ne faut pas perdre espoir et continuer à croire en la bonne volonté des gens. Moi-même, j’ai retrouvé le sourire et j’espère qu’en 97, le soleil brillera à nouveau dans toutes les familles de Belgique ". Pourtant pendant des années, et malgré les cadeaux de sa famille, Laetitia fera des cauchemars.

A dix-huit ans, elle fait connaissance de son petit ami, Sébastien. Celui-ci l’aidera beaucoup à retrouver son équilibre. A 20 ans, elle va prendre son indépendance et se mettre en ménage. Mais malgré ce changement de vie, plus le procès se rapproche, plus ses angoisses reviennent.

Fin août 2000, elle veut aller travailler, vendeuse et même devenir chanteuse. A cette période, tous les jours à 5h du matin, elle nettoie un camping du coin.

Mais elle doit aussi affronter certains regards envieux… " Bien qu’avec le temps, j’ai appris à ne plus trop y prêter attention… " (71 : La Meuse du 24/08/2000).

Presque 5 ans après son enlèvement, la jeune fille sera engagée pour le nettoyage de bureaux à la gare de Libramont.

Le 30 juillet 2001, VTM interviewe Laetitia et Gert Marchal, le frère cadet d’An. Elle raconte qu’elle se sent abandonnée, même au niveau de l’enquête, car elle n’a pas de nouvelle. C’est par la TV qu’elle se tient au courant. Deux mois plus tôt, elle avait dû fournir des cheveux pour la suite de l’enquête.

En 2003, l’un de ses avocats expliquera, lors d’une émission de Faits Divers (72 : " Faits Divers " Novembre 2003), que lorsque sa cliente a été consulter son dossier, elle a presque immédiatement eu une réaction cutanée sur ses deux avant-bras.

A la mi-décembre 2004, la maman de la jeune fille va recevoir un coup de téléphone de celle-ci, " complètement affolée, pour me dire qu’un homme passait souvent devant sa maison " (73 :P.13 France Dimanche).

Sa participation au procès débutera par son audition comme témoin et lorsque le président de séance lui demande si elle souhaite prêter serment, elle refusera. Il lui demandera si c’est parce qu’elle pense ne pas pouvoir témoigner en toute indépendance. La jeune fille répondra : " je désire dire toute la vérité, rien que la vérité. Mais il m’est impossible de dire que je vais parler sans haine et sans crainte "

(74 : annexe :25 :P.4-5 http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=265)

Lors de son témoignage, elle posera elle-même des questions à son ravisseur. Lorsque l’un des jurés s’adressera à elle pour lui demander comment il était possible de vivre à deux dans la cache, le Président va répliquer qu’elles (Sabine et Laetitia) étaient jeunes et minces à l’époque. Avec beaucoup d’humour, Laetitia répondra : " vous voulez dire que je suis grosse ? " (idem).

Alors qu’elle termine son audition, Michèle Martin, la femme de Dutroux, veut s’adresser à elle pour exprimer ses regrets. Laetitia va lui répondre sur un ton sec : " Ah non, je ne veux pas écouter vos regrets. Le mal est fait, il est trop tard. OK ? Je n’ai rien d’autre à dire. OK ?(idem). Pour répondre à Sabine qui s’en voulait toujours, Laetitia lui dira qu’elle n’a pas à s’en vouloir d’avoir demandé à dutroux une copine : "  c’est tombé sur moi, mais les pires moments, c’est lui qui me les a fait vivre, pas toi " (75 : Laetitia Delhez : "J'avais 12 ans.... " Dardenne S P. 221).

On apprendra que Laetitia, ne pouvant se rendre au procès pour des raisons administratives, n’arrivait pas à se faire consoler par ses collègues de travail. Ceux-ci proposant même de lui donner leurs jours de congé.

Par la suite, un arrangement sera trouvé avec son employeur pour assister à la suite du procès.

Le jour de la visite par la Cour d’assises de la maison de Marcinelle, là où les jeunes filles ont été séquestrées, on retiendra d’elle une image poignante. En ressortant de cet endroit, la main sur la bouche, elle dira la gorge nouée " et merde " avant de s’effondrer en pleurs dans les bras de Sabine Dardenne. Un peu plus tard, elle redescendra chercher cette dernière qui était en difficulté: " il fallait que je sorte, mais je n’y arrivai pas " (idem p.225).

On pourra constater que les relations avec Sabine, les Lejeune et les Marchal seront très chaleureuses. On apprendra dans l’hebdomadaire " Le Ciné Télé Revue " du 04 novembre 2004 qu’en fait, sans précision de la date ou de l’époque, Laetitia téléphonera un jour à Carine " On s’est vu et cela a été formidable…, …c’était tout simple, spontané. Je me sentais le droit d’être un peu une maman pour elle. Elle se mettait dans le rôle de ma petite fille de substitution aussi "(annexe 6 : P.19 Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004).

La jeune fille, elle-même, parlera d’ailleurs de ses rencontres avec Carine Russo, au journaliste Michel Bouffioux en évoquant quelque chose de très maternel.

A la fin d’une des journées du procès, Laetitia, Paul Marchal et moi-même, nous nous dirigeront vers le parking. La jeune fille va demander au papa de An, qu’il vienne voir la voiture d’occasion qu’elle venait d’acheter. Paul lui demandera, en voyant le véhicule jaune : " Tiens, c’est pas une camionnette blanche ? " ; ils vont en rire et continuer de s’échanger des propos d’humour noir.

Le 21 août, on apprendra que Laetitia attend un enfant ; c’est le 08 mars 2005, journée internationale de la femme, qu’elle mettra au monde le petit Hugo.

 

Notes de références :

Chapitre 1

Annexe 1 http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=3...

http: //www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=303

http://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article...

http ://www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=501

http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=3...

http ://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=304

1 annexe 3 Le réveil de la citoyenneté " La DH 03/02/97

2 Terme utilisé pour illustrer les gendarmes suréquipés

Sabinne Dardenne 

3 "  J’avais 12 ans….. " Dardenne Sabinne;. Page : 15

4 " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre ", Marchal Paul, Page 122

5 "  J’avais 12 ans….. " Dardenne Sabinne, Page. 209

Famille Marchal

6 " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre " Paul Marchal, Page 10

7 " A la recherche d’An et Eefje " Paul Marchal, Page 17

8 " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre " Marchal Page 11

9 " A la recherche d’An et Eefje " Page 12

10 Le papa d’Eefje ira en expédition avec d’autres personnes pour vérifier à

Niewport, une information selon lequel Eefje aurait été harcelée par un

Tenancier de cette commune.

11 " A la recherche d’An et Eefje " Paul Marchal: Page 66

12 Association similaire de l’ASBL " Marc  et Corinne ", en Flandre.

13 " A la recherche d’An et Eefje " Paul Marchal : Page 80

14 " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre " Paul Marchal :Page 84
15 " A la recherche d’An et Eefje " Paul Marchal: P.136

16 " Ma fille a rencontre Dutroux et Lelièvre " Paul Marchal P.121

Les Parents de Julie et Mélissa

17 Gino Russo " Parole d’ouvrier " Alain Tondeur P.117
18 "  Si c’était à refaire " Decroly Vincent P.123
19 annexe 4 " N’oubliez-pas " octobre1999 n° 5

20 Carine Russo : " Ce n’est pas terminé " M. Bouffioux P.10
21 Marie-Noëlle Bouzet est la maman de la petite Elisabeth Brichet (cette petite fille fut enlevée en 1989 et on retrouvera le corps en 2004, après le procès Dutroux et consorts…)
22 Gino Russo : " La Marche Blanche " Boussaguet Laurie P.48
23 annexe 5 Extrait de la conférence de presse (retro RTBF de 1995)
24 " Ce n’est pas terminé " Bouffioux Michel . P.I8
25 " Faits Divers "est une émission produite par la RTBF " chaîne publique Belge

Francophone "José Dessart va suivre pendant un mois, avec son équipe, les parents au quotidien.
26 Carine Russo : " Ce n’est pas terminé " P.24
27 Annexe 2 : questions de Justice .
28 P30 "Ce n’est pas terminé " Bouffioux M.
29 P.128 "Si c’était à refaire "Decroly V.
30 P.19 Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004 Annexe 6 .
31 Gino Russo P.128 " Si c’était à refaire" Vincent Decroly
32 Le "Time" 28 04 03 "la croisade des enfants"annexe 7

33 annexe 8 " La Meuse " 15 juin 2005 p.15.

34 précisions reçues de Vincent Decroly en avril 2005

35 P.5 " N'oubliez pas " n°1

36 Carine Russo : P.73 "La Crise blanche "

37 " La marche blanche "P.148

38 Annexe 9 Carine Russo : " La raison d’Etat ".

39 Annexe 10 Communiqué de presse officiel sur le sens des rassemblements

40 Gino Russo " La gauche " N° 06, mars 1998

41 Gino Russo : P.165 La Marche Blanche

42 Loubna Benaïssa est une petite fille de neuf ans d'origine marocaine enlevée

à Ixelles en 1992. On retrouvera son corps le 5 mai 97 à quelques centaines de

mètres de son domicile.

43 Carine Russo : P.100 " La Marche Blanche "

44 V. Decroly : P.134 "Si on me laisse faire"

45 Gino Russo :Annexe 9 "Nom de code Neufchâteau" ou " La raison d’Etat ".

(Erick Rydberg EPO/1999)

46 Gino Russo : P.235 " Ce n’est pas terminé " Bouffioux M
47 Annexes 11 : réaction de M. Doutrewe aux propos de Jean-denis Lejeune

48 P53 "Clés pour le procès"

49 La Meuse du 20/03/97 annexe 12

50 Gino Russo : P.226 "Ce n’est pas terminé " Bouffioux M

51 La DH et le Soir du 11 sep 95

52 annexe 14 : Les enfants de l'année blanche

53 La Wallonie du 09 février 98

54 La Dernière Heure du 08/09/98

55 Annexe 15 : Lettre de Carine Russo "Un beau combat"

56 La Meuse du 16/06/1999

57 P.3 N'oubliez pas N°13

58 annexe 49 : Les petits soldats du journalisme site ASBL Julie et Mélissa

59 La Meuse du 05/04/2004

Les parents d’Eefje

60 " Faits Divers " novembre 2003

61 Jean Lambreckt : P.31 "A la recherche d'An et Eefje" Marchal P.

62 Paul Marchal : P.23 " Ma fille à rencontré Dutroux et Lelièvre".

63 P.52 "A la recherche d'An et Eefje" Marchal P.

64 Jean Lambreckt : Extrait de "Faits Divers" Novembre 2003

65 P.23" Ma fille à rencontré Dutroux et Lelièvre" Marchal P.

66 P. 4 et 5 La Libre Belgique avril 1998

67 Jean Lambreckt : Extrait de " Faits Divers " novembre 2003

Laetitia Delhez

68 annexe 25 : P.4 of 5 " Observatoire Citoyen "

69 Laetitia Delhez : P127 "J'avais 12 ans.... " Dardenne S.

70 Maman de Laetitia : P. 13 (France Dimanche 15 Janvier 2004)

71 La Meuse du 24/08/2000

72 " Faits Divers " Novembre 2003

73 P13 France Dimanche

74 annexe 25 : P.4 of 5 " Observatoire Citoyen "

75 Laetitia Delhez : P 221 "J'avais 12 ans.... " Dardenne S.

 

CHAPITRE 2

 

Cette partie de mon travail va s’éloigner de la description des principaux acteurs de l’affaire Dutroux, pour décrire celles et ceux qu’ils ont mis en mouvement. Je m’attacherai surtout aux interactions entre différents pôles, à savoir ces familles de victimes, les associations créées au lendemain de la Marche blanche, la presse et le monde politique.

Je voudrais toutefois d’abord situer mon propre point de vue sur l’objet de ce mémoire. Il se veut rigoureux. J’essaye d’appréhender la globalité des phénomènes, de partir des faits et non de mes intuitions… Mais soyons intellectuellement honnête, je ne peux évidemment pas prétendre être " neutre " : je suis un citoyen, engagé dans un mouvement auquel j’adhère, un mouvement que je commence seulement à pouvoir analyser avec le recul nécessaire. Il me paraît donc correct de commencer par expliquer au lecteur " d’où je parle " du mouvement blanc.

 

Le citoyen.

 

Début mai 95, via un toute-boîte local, "  le Furet "(annexe 51), je fais savoir à la population d’Anderlues, et notamment à celles et ceux qui m’ont élu au conseil communal, que ce 1er mai 1995, j’ai renvoyé ma carte d’affiliation au parti politique, le PSC (devenu CDH). A cette période, j’arrive au terme de 8 années de formation à l’ISCO et à la FOPES. Mon travail de fin d’études ayant comme ambition une approche des différentes interprétations de la pensée marxiste, je poursuivrai par la suite plusieurs petites formations idéologiques ou débats organisées par des partis de la gauche radicale en Belgique (notamment le PC, Parti Communiste de La Louvière, Le PTB, Parti des Travailleurs de Belgique, de Charleroi, et le POS, Parti Ouvrier Socialiste de la section Charleroi et le Centre).

Comme tout le monde, je vais être informé de la disparition des deux petites Liégeoises à la fin de ce mois de juin 95 et ensuite, en août, des deux jeunes filles limbourgeoises. Une chose restera gravée dans ma mémoire par la suite : le débat de l’émission de la RTBF " Fait divers " en septembre 95 et plus particulièrement l’intervention d’une des deux mamans, dont l’on pouvait deviner la (calme) colère face à l’immobilisme des institutions. Fin mai, nouvelle disparition du coté de Tournai.

Le 08 août 96, une grande cérémonie d’hommage se tiendra à Marcinelle, pour les 40 ans de la catastrophe minière du " Bois du casier " (Ancien Charbonnage). Cela faisait plus de 23 ans que je travaillais comme ouvrier à moins d’un kilomètre de là, et c’est donc naturellement que je suis attaché à cette région et à cet événement. Rapidement, on apprend de nouveau qu’une jeune fille de Bertrix a disparu.

Quelques jours plus tard, vers 23h, je reçois un coup de fil. C’était un membre de ma famille de Sars-la-Buissière. Je savais qu’il était assez militariste et proche de certaines instances de la gendarmerie. Il m’avertissait que l’on allait découvrir des choses  très graves dans la région. Je tenterai de le questionner, mais il ne pouvait m’en dire plus. Il insistera sur le fait que cela allait éclater au grand jour, et que je ne pouvais m’imaginer la gravité des événements. Je resterai pour le moins dubitatif. Le connaissant, je savais qu’il avait tendance à exagérer. J’apprendrai, le 15 août, comme tout le monde, le dénouement à Marcinelle de l’énigme des disparitions de Sabine et Laetitia, et ce, de nouveau à moins d’un kilomètre de mon lieu de travail. En vacances à l’étranger, j’apprends que l’on a découvert les corps de Julie et Mélissa et que cela a des répercussions dans tout le pays. Deux semaines plus tard, cela recommence avec la découverte des corps d’An et Eefje. Quelques jours après leurs enterrements, je serai convié avec d’autres personnes qui habitent à Marcinelle à une réunion à la Taverne " La Ruche ". C’est le médecin de la maison médicale du PTB qui souhaite la mise sur pied d’une forme d’un comité d’action. Plus de 30 personnes seront présentes, comme aux réunions suivantes, chaque semaine. Je serai chargé de contacter la maman de Sylvie Carlin, une jeune fille disparue également du coté de Tournai. Je me rendrai à son domicile pour lui soumettre le projet du comité de soutien et d’aide de Marcinelle. Effectivement, les choses vont se concrétiser, mais lors d’une de ces réunions, ses propos assez maladroits à l’encontre des Russo vont considérablement refroidir les ardeurs du groupe.

Au cours de ce mois de septembre 96, et comme prévu par " l’intuition… " (1 a) de la Ministre Présidente du Gouvernement de la Communauté Française, on apprendra l’arrestation des auteurs présumé de l’assassinat du ministre d’Etat André Cools. Il s’agissait des mêmes personnes que ceux qui avaient déjà été arrêtées, quelques années plus tôt par un des juges d’instruction, Jean-Marc Connerotte, celui là même qui avait en charge le dossier des enlèvements d’enfants et de jeunes filles. Dans le dossier Cools, Jean-Marc Connerotte avait été dessaisi au profit d’un juge d’instruction liégeois qui avait relâché tous les suspects arrêtés par son collègue de Neufchâteau.

Le 22 septembre 1996, assis parmi le public sur le plateau de l’émission " Mise au point ", j’aurai l’immense plaisir de voir le député libéral, qui intervenait véritablement comme en campagne électorale, se faire rappeler l’objectif de ce débat par Gino Russo (réf : p 39). Lors du premier Conseil Communal d’Anderlues qui suivra les tragiques découvertes, je demanderai une minute de silence et un petit débat sur cette tragédie avant d’entamer l’ordre du jour officiel. Chauffeur de véhicule lourd et d’engins de terrassements, je serai rappelé d’urgence pour me rendre à la maison de Dutroux pour (officiellement) re niveler le terrain. Etant sur chantier à Philippeville, c’est un autre chauffeur du même service, mon frère jumeau, qui sera le premier sur place et effectuera le travail. En fait, un chef de section de Belgacom avait été préalablement appelé par la PJ pour venir, avec du matériel sophistiqué qu’il possédait, faire une vérification dans l’une des propriétés du couple Dutroux-Martin. Il restait des cavités que Michel Bourlet souhaitait faire vérifier avant de clôturer les fouilles de Sars-La-Buissière.

A la Marche Blanche, comme beaucoup d’autres personnes, je serai témoin d’un incident. Quelques militants du PTB qui essayaient de distribuer leurs folders vont être pris à partie par des personnes qui étaient dans le cortège. Leurs tracts leur seront arrachés et éparpillés sur la voie publique. En décembre 96, lorsque dans le comité de citoyens de Marcinelle, on prend connaissance du projet de création de Comités Blancs, nous serons presque tous favorables pour convertir notre groupe. Mais cela ne rentrait pas dans les objectifs de l’initiateur. La réunion sera houleuse et nous serons nombreux à sortir du groupe. Quinze jours plus tard, ce comité sera dissout.

Début janvier 1997, plus de 600 personnes seront présentes pour un débat à Leval-Traegnnie, près de Binche. Les invités seront les journalistes Jean-Pierre de Staercke, Michel Bouffioux et Alain Tondeur, Gino Russo et, pour la FGTB Claude Dufrasne, de VW Bruxelles, ainsi que moi-même pour la CSC Belgacom , Marcinelle. (30 :annexe 41 : Conférence-Débat Leval " La nouvelle Gazette " Janvier 1997 ).

Mon intervention dans ce débat portera sur un constat et une proposition. Je constate que le discours ambiant et les interventions du public sont anti-politiques et je propose à tous participer, justement, par cette parole et par l’action collective aux changements que l’on souhaite dans la société.

Comme dans beaucoup d’autres communes, un comité blanc sera créé à Anderlues : "  Les Milles Colombes ". Il y aura beaucoup de monde, à la première réunion. Mais comme partout ailleurs, le nombre de participants va considérablement diminuer au fil du temps. J’accepterai de m’y investir, mais comme simple membre et relais vers les autres instances et comités blancs de la région.

Pour la Marche Blanche programmée le dimanche 18 août 1997 par le Comité blanc de Merbes-le-Château, les organisateurs vont me charger d’entreprendre les démarches pour obtenir la présence d’une équipe de la Croix-Rouge. La veille de cette manifestation, je réglerai les détails avec la belle-sœur du président local. Le soir, je serai prévenu que le mari de cette dame, venait de se suicider. Il s’agissait en fait du grutier qui avait remonté les corps de Julie et Mélissa un an plus tôt, jour pour jour.

Fin 1997, plusieurs membres de comités Blancs veulent créer un parti " Blanc " (2 : annexe 26 :  " Le matin " article : Liste blanche). Avec, entre autre, Carine t’Kint (3 : Présidente de l’ASBL des comités blancs) et José Dessart, nous tenterons de dissuader les initiateurs d’utiliser ce mot symbolique dans l’appellation de leur liste et, par la même, de respecter la charte des comités blancs (4 : annexes 27 : Charte des Comités blancs).

Le 14 février 1998, veille de la manifestation contre la loi du silence de Bruxelles, Paul Marchal et le président du parti politique qu’ils venaient de créer viendront à Bruxelles présenter leur programme à tous les comités blancs. La réponse que le président du PNPB (Parti pour une nouvelle politique en Belgique) donnera à une des questions: " quid pour l’emploi dans leur programme? " me fera bondir et interrompre l’orateur. En effet, le président, ancien député libéral flamand, avait répondu que le fort taux de chômage est en fait dû au trop nombreuses concessions du gouvernement aux organisations syndicales !. L’année suivante, lorsque Paul Marchal viendra présenter son premier livre " A la recherche d’An et Eefje " et la liste de leurs candidats pour les élections, je reposerai la même question, et obtiendrai le même type de réponse. Le ton va alors monter et je serai prié de sortir.

Le lendemain de l’évasion de Dutroux, un rassemblement se tiendra sur les marches du palais de justice de Bruxelles. Par la suite la foule va se diriger vers le parlement. Le Prince Laurent qui passera par-là, par hasard…, s’arrêtera et discutera avec les manifestants. Bien que le calme reviendra peu à peu, nous resterons, une poignée de citoyen, présent à la rue de la Loi, face au parlement, jusque minuit alors que cet endroit est une zone interdite à ce genre

d’événement.

A plusieurs reprises des heurts vont se produire avec des membres de l’extrême droite, qui tentaient d’infiltrer et manipuler le mouvement blanc.

Le 21 mai 2000, j’apprends que plusieurs problèmes à l’ASBL Julie et Mélissa viennent d’un comité blanc " la Luciole ", et d’un de ses membres, Frederick Lavacherie. De plus, George Frisque, le principal élément d’extrême droite, s’immisçait dans les dossiers d’enquête de Neufchâteau. Bien que j’envisageai d’interpeller le comité d’éthique des comités blancs, je devrai y renoncer, étant donné qu’il s’agissait d’un conflit officiellement " privé ". Mais deux mois plus tard, c’est sur un  "  plateau " que je recevrai l’occasion d’intervenir pour faire respecter les règles mises en place par les statuts des comités blancs, www.wittescomiteblanc.be .D’autres plaintes sur les même personnes viendront s’y ajouter. Finalement, elles seront exclues par l’assemblée générale, quelques mois plus tard, mais non sans mal. Le 24 janvier 2004, je prendrai d’ailleurs carrément par le haut du pardessus l’un d’entre eux pour l’expulser de notre journée de rencontre citoyenne.

En janvier 2002, une émission  de la RTBF à fort taux d’écoute : " Lieu Public ", me

permettra de rappeler quelques évidences sur les difficultés de fonctionnement des comités

blancs. A savoir les tentatives de déstabilisations continuelles par des éléments d’extrême

droite (5 : Le Soir Magazine n°3736 28/1/04).L’expérience acquise lors du conflit de ceux

de Clabecq, face à la justice, va m’inciter à proposer à différentes personnes d’organiser

quelques choses pour le procès qui devrait avoir lieu à Arlon. Ce sera un groupe informel qui

deviendra par la suite " L’Observatoire citoyen " (6 : annexe 28 " Faire le point avec les

Blancs ").

 

 

Début septembre 2002, débuteront les chambres du Conseil de Neufchâteau (7 : annexe 29 " le grand Bleu " + annexe 19 " La Libre Match "). Lors d’une des séances, Jean-Denis va s’emporter contre l’avocat de Lelièvre, maître Sluzny. Je resterai sur le perron, entre les deux personnes afin de m’interposer, le cas échéant, tant la tension était explosive.

Sur le chemin du retour, je joindrai Michel Bouffioux, retenu à Bruxelles pour lui expliquer ce qui venait de se passer. Il prendra tout de suite rendez-vous avec Jean-Denis Lejeune pour changer et réactualiser un interview pour le n° de l’hebdomadaire " Le Journal du Mardi " qui devait sortir quelques jours plus tard ; celui-ci fera réagir Carine Russo, ( voir annexe 18

(annexe 18 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=96)

J’y reviendrai dans le volet suivant, celui consacré au mouvement citoyen plus large.

En janvier 2003, le renvoi de Carine Russo, en correctionnelle, provoque une multitude de réactions d’indignation qui partent dans tout les sens. Le papa d’Elizabeth Brichet appelle à une marche noire. Une personne isolée tient un siting sur les marches du palais de Justice de Bruxelles et attend " une action forte des comités blancs ". D’autres envisagent une marche symbolique reliant plusieurs grandes villes jusque Liège. Avec plusieurs personnes des Comités Blancs, l’avocat de la famille Brichet, Jean Maurice Arnould, Guy Poncelet, ancien procureur du Roi de Tournai, des syndicalistes, etc, une réunion de l’ensemble de tout ses acteurs va permettre d’établir une stratégie et des actions communes. Ce groupe s’appellera le collectif citoyen.

Le 17 août 2003 se tiendra, comme chaque année à la même période, une cérémonie du

souvenir à Sars-la-Buissière. Cet année-là, un débat sera organisé l’après-midi par le collectif

citoyen (8 : annexe 30 Article Agence Belga 19/08/03 + affiche officiel).

C’est à la fin du débat que je ferai la connaissance des parents de Carine Russo et que j’apprendrai leur combat comme résistants pendant la seconde guerre mondiale.

Par la suite, la cadence des réunions de l’Observatoire citoyen et le travail à fournir vont considérablement s’accentuer. Plusieurs projets vont voir le jour. La réalisation d’un livre, " Clés pour le procès ", sous l’impulsion de Guy Poncelet. Cet ouvrage avait pour but de vulgariser le fonctionnement de la cour d’Assises et les enjeux dans ce cas précis.

Ce bouquin, qui devait aussi nous aider à financer en partie la présence de l’OC à Arlon, devait être présenté pour la journée " Rencontre citoyenne du 24 janvier 2004 ". Cette manifestation proposée par Vincent Decroly, avait pour but de faire connaître à la population, et aux médias qui venaient beaucoup de l’étranger, les objectifs du groupe pour le procès " Dutroux et consorts ".

Avec Guy Poncelet, je serai sur place à Arlon et, à l’exception de la première semaine, j’assisterai à toutes les d’audiences, dans une salle d’écoute spécialement aménagée par les autorités. Cette présence respectera jusqu’au bout l’engagement annoncé initialement. Dès le premier jour, face au palais de justice d’Arlon, et alors que je distribuais un folder aux médias et citoyens présents, l’OC sera accueilli à bras… fermés par le Bourgmestre d’Arlon (10 : annexe 23 " l’OC accueillit à bras fermé ").

En fait, notre point de chute se situait à moins de 200 mètres du palais de Justice. Ce local nous avait été prêté gracieusement par monsieur et madame Geubels. Nous y avions établi notre " quartier général ", avec toutes les commodités, mais aussi un lieu pour recevoir les journalistes, les sympathisants. Avec les lignes téléphoniques et Internet, nous avons parfois pu mettre à disposition quatre connexions PC " amis ", et ce gracieusement. L’ambiance et la dynamique qui régnaient quelques fois à cette permanence étaient très encourageantes pour nous. De plus, le site Internet de l’OC www.observatoirecitoyen.be sera régulièrement alimenté par les comptes rendus, réflexions et commentaires non seulement sur les audiences, mais également sur les à -cotés de ce procès. Chaque lundi, aura lieu une soirée de rencontre citoyenne (11 : annexe 31 :Rencontre citoyenne " Paul Marchal "). L’indice de fréquentation de notre site atteindra une moyenne journalière en cette période Arlonnaise, de 500 visites avec des pics à 1000 ou 1200 visites à certains moments cruciaux des Assises.

Une seule fois, le dernier jour du procès, je suivrai pendant une heure la séance, à l’intérieur même de la salle d’audience. Vers la moitié du déroulement du procès, je serai invité en direct sur la chaîne de télévision AB3 pour établir un premier bilan de l’OC, à Arlon. Bien que je participai à ce genre d’exercice pour la première fois, je profiterai de cet instant pour lancer quelques flèches tout azimut et faire allusion au " Nez aussi long que le Danube pour Nihoul "  (12 : annexe 32 : Extrait journal AB3). Le 31 mars, on animera sur place le premier souper Spaghetti organisé par notre association. Le menu tel que présenté sur l’affiche d’invitation (13 : annexe 33 : Menu Soirée spaghetti citoyen : Arlon 31 Mars 2004) était une forme de provocation à l’encontre de l’institution judiciaire et policière qui avait raté l’enquête sur l’enlèvement de Julie et Mélissa. Pour le déroulement de la soirée, c’est Alain Tondeur qui nous avait préparé le schéma chronométré des différentes interventions (14 : annexe 34 " La Libre Belgique " 2 avril 2004). Deux autres soupers-débats spaghetti seront organisé par la suite, l’un à Ransart, et le deuxième par le Comité Blancs de Merbes-le-Château. Ces deux soirées auront toujours autant de succès. Vers la fin du procès, c’est en direct sur le plateau de Bel- RTL, et même après sur la pelouse du Palais de justice d’Arlon, que je réglerais un différent avec un journaliste du quotidien " Le Soir ", Marc Metdepenningen (15 : annexe 35 :Retranscription Journal Bel –RTL d’Arlon).

En janvier 2005, aura lieu à Nivelles, " une suite " du procès Dutroux d’Arlon, consacrée exclusivement aux activités de Marc Dutroux et de certains de ses complices dans le domaine du vol et du trafic de véhicules ( un volet de l’affaire dans lequel avaient notamment été inculpés deux membres de la PJ de Charleroi pour avoir couvert certains de ces trafics. Comme le pouvoir judiciaire(le parquet Général de liège) avait estimé devoir disjoindre ces aspects de l’affaire de tout ce qui concernai la pédocriminalité et la traite d’être humains (pays de l’Est), l’expression " saucissonnage " avait fini par s’imposer pour désigner cette technique contestée et l’Observatoire citoyen proposera non plus un souper spaghetti, mais un " Souper saucisson " (16 : annexe 36 : Affiche souper saucisson).

 

 

 

 

 

 

Le mouvement citoyen et quelques actions et réactions…

 

Quelques dérives…

" Les premières réactions spontanées aux crimes de Dutroux ne furent pas toutes sympathiques, loin de là, certaines furent même franchement effrayantes " (17 : P.95 " La crise blanche " Alain Tondeur.)

Dès la découverte des corps de Julie et Mélissa, des dérives vont avoir lieu.

Face à la maison de Dutroux, des jeunes au crâne rasé arrêtent les passants pour  " faire signer des pétition en faveur de la peine de mort "(idem p. 96). A Verviers, plusieurs milliers de personnes manifestent et dérapent dans la haine vengeresse et l’invective poujadiste " (idem).

L’ASBL Marc et Corinne récoltera plus de 2 millions de signatures en faveur des peines incompressibles : "  en usant et abusant des noms des victimes " (idem), et en ignorant la démarche citoyenne et démocratique des parents de Julie et Mélissa, tout en passant sous silence le contexte économique et social de ce drame.. Par la suite, un parti fasciste va reprendre la photo de Julie et Mélissa et des extraits de huis clos de la commission Parlementaire d’enquête dans ses pamphlets. Coté Comité blancs, des difficultés vont apparaître aussi. Lors d’un débat télévisé, " l’Ecran Témoin " de la RTBF, une personne non mandatée par les comités blancs tiendra des propos favorables à la peine de mort, ce qui va évidemment avoir un effet catastrophique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du mouvement blanc. Chacun des 150 comités blancs de cette époque va recevoir un livre dont les auteurs sont de la mouvance d’extrême droite (18 : annexe 37, copie de la Lettre envoyée à tous les comités blancs).

La vigilance de la coordination des Comités Blancs permettra au mouvement citoyen d’éviter

de tomber dans cette mouvance brune, mais celle-ci fera régulièrement l’objet de tentatives

d’infiltrations et de manipulations (19 : annexe 38 :Retranscription émission RTBF " Lieu

Public " 2002). Lors de l’émission "  Lieu public ", un reportage sur la réunion d’un comité

blanc " La main sur le cœur " de Couvin va aussi fournir un exemple de dérive populiste.

Pendant que la caméra tourne, une participante (proche de G. Frisque) se met à développer

des arguments de type " tous pourris " Elle sera écartée par la suite, mais pour le

téléspectateur et l’opinion publique, ces propos passeront pour représentatifs de l’ensemble

des comités blancs et leurs détracteurs ne se priveront pas de les mettre en relief.

Heureusement, au cours de la même émission, un interview de Vincent Decroly, tombe à

pic et nuancera cette vision généralisatrice des " Comités blancs poujadistes " : " …je crois

que dans tout mouvement citoyen, dans tout nouveau mouvement social, il y a des extrêmes et

en particulier des gens d’extrême droite qui peuvent utiliser ce terreau pour faire avancer leurs

idées. Ceci dit, personnellement, j’ai l’impression qu’au niveau des CB, il y a eu une prise de

conscience de ces risques et qu’ils ont développé un certain nombre d’anticorps… " (idem).

Lors de l’émission précédente enregistrée au café " L ‘Eden " (sur la délinquance à

Charleroi), j’avais été témoin des liens étroits (cordiaux et amicaux) entre Georges Frisque et

le président à vie du parti d’extrême droite FN (Front national).

Georges Frisque est un personnage étrange, qui fut proche de Michel Nihoul, mais en avait fait un ennemi personnel depuis qu’il s’était fait rouler et " voler " sa compagne Annie Bouty par lui. Au sein des Comités blancs, il n’a cessé de pousser à la surenchère extrémiste de droite, jusqu’à son exclusion. Il a ensuite créé une soi-disant ASBL " Coordination de la Marche blanche " et n’a pas manqué une occasion d’apparaître en public et à la télévision en s’y faisant passer pour un porte-parole des comités blancs. Par la suite, il se présentais comme le conseillé de Dutroux. Ce qui a évidemment sali et discrédité l’image de la mouvance blanche.

Mais certains parents, souvent les mêmes, dès 1996, vont régulièrement réagir, spécialement les Russo en dénonçant : " … systématiquement la démagogie fasciste " (20 : " La crise blanche " Alain Tondeur P.97). Quelques jours après l’enterrement de Julie et Mélissa, un panneau mentionnant  " Mort à Dutroux " fera réagir Carine Russo. Elle demandera à l’auteur de s’en aller. Pourtant, un peu plus tard, un journal écrira que les parents ont une attitude fascisante. La mère de Mélissa répondra en des termes très nets  : " Nous a-t-on jamais entendu prononcer des discours haineux ou violents, des propos dictatoriaux ou d’exclusion ? Quant des gens, sous le coup de l’émotion, criaient devant notre maison : "  Peine de mort pour les assassins d’enfants ", on les a fait taire nous-mêmes,….c’est vraiment ce qui fait le plus mal " (21 : Carine Russo : "Ce n’est pas terminé " M. Bouffioux P..228 ).

Mais aussi des solidarités citoyennes et du travail collectif démocratique.

Mais le mouvement citoyen va, à coté de cela, développer différents types de solidarité exemplaires. Aussi bien sur la forme que sur l’origine de celle-ci. En voici quelques exemples.

Je pense d’abord à la solidarité des collègues de travail de Gino à l’entreprise Cokerill. Le papa de Mélissa, qui va se consacrer exclusivement à la recherche de sa fille et de Julie, ne reprendra le chemin de l’usine, qu’en juin 1997. Pourtant, son salaire restera pratiquement le même. En janvier 96, une autre somme, que les ouvriers de l’entreprise vont rassembler, permettra de tenir jusqu’au mois d’août 97.

Autre exemple de solidarité de collègues de travail, ceux de Laetitia Delhez, qui travaille à la SNCB de Libramont : "  Les manifestations de sympathie, les marques de gentillesse à mon égard, c'est certain que ce n'est pas désagréable… /… mes collègues y sont formidables et je reçois un soutien exceptionnel de leur part. Imaginez qu'ils étaient tous prêts à me céder un

de leurs jours de congé pour que je puisse assister au procès. .. " (22 : annexe 39 : Laetitia Delhez " La libre match ").

Pour les campagnes d’affichage rien que pour les familles Russo -Lejeune, le coût pour 1995 et 1996 dépassera plusieurs millions d’ancien franc. Par la suite, après la découverte des corps, les dons vont véritablement exploser pour s’élever à plus d’un million €. Ce qui permettra à l’ASBL Julie et Mélissa de financer ou aider un certains nombre de projet lié aux

enfants (annexe 7 : Le "Time" 28 04 03 "la croisade des enfants").

En 2002, les Russo et Lejeune se séparent de leur avocat, Maître Victor Hissel, puisqu’ils ne croient plus au procès pour obtenir la chose principale pour eux, la vérité sur le sort tragique de leurs enfants.  Il était donc logique d’arrêter là les frais. Près d’un an plus tard, une nouvelle récolte de fond sera lancée, par un jeune homme de Namur, pour les frais du procès, au départ pour la famille Marchal. Les parents de Julie et Mélissa, rappelleront, sur leurs site Internet, que ce problème ne se pose plus, mais que, toutefois, l’ASBL Julie et Mélissa accepte toujours des dons, puisque l’association n’a pas de subside (23 : Article sur le site de l'ASBL Julie et Mélissa).

Pour Paul Marchal, l’aide viendra également de partout. Autant de personnes inconnues que de la famille ou des amis. Plusieurs grandes battues seront organisées, sur le littoral, en faisant appel à des volontaires via les journaux.

La mise sur pied d’un comité d’action avec des concitoyens proches d’eux leur permettra

d’avoir les moyens d’agir (24 : P.2 volet Famille Marchal).

De l’aide viendra de la commune d’Hasselt, qui mettra des bus à leur disposition. La grande salle du café " Ter Duinen " à Middelkerke deviendra, grâce à la générosité du tenancier, leur quartier général. Les autorités de cette commune, offriront des sandwiches et du café. Certains jours, il y aura jusque 300 personnes. Avec l’aide financière de la famille et d’un gros sponsor, deux hélicoptères seront même loués (idem). Des centaines de milliers d’affiches seront apposées un peu partout ; d’abord à la côte, ensuite plus à l’intérieur du pays, pour s’étendre sur l’ensemble du territoire. Il y aura même certaines expéditions de parfois cent volontaires au Pays-Bas, en France, en Angleterre.

Mi-octobre 95, la presse fait état de la présence possible des deux jeunes filles en Espagne. Nouvel élan de solidarité, mais cette fois des camionneurs, qui s’engagent à diffuser des affiches dans cette région qu’ils parcourent régulièrement.

Pour Sabine Dardenne, c’est à son retour chez elle le soir de sa libération que la solidarité sera la plus visible. Non seulement par un accueil très chaleureux de la population qui va allumer un feu de joie, alimenté par les affiches de recherche qui lui étaient consacrée, mais aussi par un feu d’artifice qui fut même organisé par le voisinage le lendemain.

A la mi-mai 2003, des divergences d’opinions entre Paul Marchal et ses défenseurs, sur le montant des frais pour le procès, auront comme conséquence de mettre fin à leur collaboration. Une nouvelle solidarité citoyenne va s’organiser dans tout le pays. En moins de deux mois, 25000 euros seront récoltés. Dans la foulée, un exploitant d’un hôtel d’Arlon qui se situe à 100 mètres du Palais de justice,  " L’Ecu de Bourgogne ", proposera aux différentes familles de les loger gratuitement avec petit déjeuner.

Il y aura aussi d’autres gestes de solidarité dans les grands moments d’émotion, comme les

cent mille personnes qui seront présente aux obsèques de Julie et Mélissa. Et comme les télévisions belges, la public et la privée, vont collaborer, plus d’un million trois cent mille personnes vont suivre la cérémonie à la télévision. Toute la sidérurgie liégeoise, où travaille Gino, déposera l’outil pour y assister.

Mais il y a aussi la colère.

Le lundi 14 octobre 96, la cour de cassation rend son verdict et c’est le dessaisissement officiel du juge d’instruction Connerotte. Cet événement va produire une ambiance pré-révolutionnaire. Comme Nabela Benaïssa, Paul Marchal appelle la foule au calme et à la dignité.

Il n’empêche, ce jugement va déclencher la colère populaire et jusqu’au 20 octobre, on va vivre les mouvements sociaux et citoyens les plus intenses de l’après guerre,  près d’un million de personnes ( en chiffres cumulés) dans les rues en une semaine, ça avait de quoi faire trembler les institutions !. On y verra même des Palais de Justice arrosés par les sapeurs pompiers,  le pays est chauffé à blanc.

Plus de 500 actions vont être enregistrées rien que pour cette semaine là. Dès l’annonce à la radio du dessaisissement du petit juge, les travailleurs de plusieurs entreprises se croisent les bras. Certains vont même plus loin, comme ceux de l’usine de montage VW à Forest, pour se diriger vers le Palais de justice. Pour Claude Dufrasne, l’un de leurs délégués FGTB, c’était pour montrer leur soutien aux parents, mais aussi leur ras-le-bol face à ce qu’ils considéraient comme une injustice : " … ce n’est pas une goutte, c’est un seau d’eau qui a fait déborder le

vase " (25 : P. 47 " La crise blanche " Alain Tondeur.).

Lors de la Marche Blanche, un communiqué de presse ( Annexe 10 : officiel sur le site de l’ASBL Julie et Mélissa explique le sens des rassemblements) sera envoyé pour éviter tout amalgame. Pour Gino, dans le journal " La Gauche " plus d’un an après l’événement " Les consignes ont été respectées. On avait demandé le silence, le blanc, l’hommage, c’était impressionnant " (26 :" La Gauche " mars 1998).

 

Pour Carine Russo, dans le livre de Laurie Boussaguet, elle fera savoir que pour elle c’était avant tout des humains unis. C’était bien mieux qu’un sentiment d’unité belge dira encore Gino. Et pour le frère de Carine, Michel Collet, les citoyens étaient venu, non pas avec un drapeau belge, mais :" …avec un drapeau blanc " (27 : "La marche Blanche" P 134).

Le succès de la marche blanche, se poursuivra encore quelques mois par divers petites marches dans beaucoup de commune.

Les comités blancs.

Le 12 décembre 96, des parents de victimes annoncent officiellement lors d’une conférence de presse la création de comités blancs, ainsi qu’une charte à signer par toute personne qui souhaite mettre sur pied un tel comité. Prés d’un mois plus tard, trente cinq comités sont déjà enregistrés.  En avril 1997, on comptait plus de cent vingt comités blancs, qui rassemblent les citoyens engagés dans la durée et qui se sont impliqués activement. Actuellement, en 2005, il faut compter qu’il en reste un peu plus de trente cinq. Les rôles des comités blancs seront entre autres de maintenir la pression sur les institutions et les responsables politiques, tout en

soutenant le combat des familles : " …on a semé et on espère que cela va germer… " (28 : Gino Russo: "Ce n’est pas terminé" P 235).

Un peu partout, des débats publics seront organisés (29 : annexe 40 : Affiche "Club Achille Chavee"). Les orateurs les plus réguliers seront Gino et Carine Russo, Jean-Denis et Louisa Lejeune, Paul et Betty Marchal. Du coté des médias, Michel Bouffioux et Marie-Jeanne Van Heeswyck prendront souvent part à ces rencontres, de même que, comme mandataires politiques, Vincent Decroly et quelques autres membres de la commission parlementaire. Ces soirées vont réunir beaucoup de participants. C’est ainsi que, par exemple, lors d’un des premiers débats, en janvier 1997, à Leval-Trahegnies, près de Binche, il y aura plus de 600

personnes (30 : annexe 41: Conférence-Débat Leval + les CB "Nous l’avons fait"). Un peu

moins de huit ans plus tard, c’est près de 800 autres personnes qui seront présentes à Grâce-

Hollogne (31 : annexe 42: PV débat du 08 octobre 2003 de Grâce-Hollogne).

Des ponts vont être lancés vers d’autres luttes sociales.

Plus de 70.000 personnes seront présentes également pour la marche multicolore de Clabecq du 02 février 97. Marche qui était à l’instigation des travailleurs de l’entreprise sidérurgique locale en très grande difficulté à cette époque. Beaucoup de personnes ayant été à " La Marche Blanche " vont décider de s’y rendre lorsqu’ils apprendront que plusieurs parents de

victimes de Dutroux y seront présents. C’est ainsi que l’on verra entre autres, sur le podium,

Paul et Betty Marchal, Jean-Denis et Louisa Lejeune, Carine et Gino Russo (annexe 3 : La DH 03/02/97).

L’année suivante, Gino Russo va lancer un appel non plus à une " marche " comme celle du 20 octobre 96, mais à une manifestation pour le dimanche 15 février 98. Plus de 60000 personnes vont y répondre, alors que cet appel avait été improvisé seulement 15 jours plus tôt.

Le 10 décembre 2000, jour du 51éme anniversaire des Droit de l’Homme, un manifeste " pour en finir avec l’intolérable " qui avait récolté plus de 53 000 exemplaires signés sera remis au président de la Chambre des députés. Avec Gino et le comité de soutien, cette occasion sera aussi celle de rappeler toutes les questions qui restent posées dans l’enquête. Les différentes émissions et retransmissions, tel que celle de la Commission Parlementaire d’Enquête vont atteindre des sommets au niveau de l’audimat, malgré la durée des mois d’enquête.

Autre marque de solidarité et de sympathie, la présence de plusieurs centaines de personnes à certains événement commémoratifs, aux dates symbolique : le 24 juin de chaque année, vers 17h, ou se rassemble sans slogan ni banderoles à la stèle près du pont d’autoroute de Grâce-

Hollogne (32: annexe 43: Annonce par l’ASBL Julie et Mélissa pour le 24 juin 2001....)

où une grande banderole avec les portraits des deux petites filles est toujours accrochée. Au procès d’Arlon, il était parfois impossible d’assister à certaines audiences, comme le jour du témoignage de Sabine, tant il y avait du monde. Sur le forum du site de l’ASBL Julie et Mélissa, nombre de messages de soutien montrent que beaucoup de personnes restent sensibles et solidaires des parents des deux petites Liégeoises. Des associations vont se créer en marge de ce drame : certaines personnes iront jusqu’à s’engager dans plusieurs de ses associations. Comme déjà évoqué précédemment, de nouvelles solidarités citoyenne vont s’organiser dans tout le pays.

 

 

 

Le quatrième pouvoir…

Tout au long de cette tragédie, le rôle et la place des médias ont été très importants, mais aussi très controversée :  " les médias sont une sources de mobilisations, certes, mais une source aléatoire, qui peut à tout moment desservir le mouvement… " (33 : "La marche blanche" P 102).

Certains journalistes se sont impliqués, et se sont même très engagés (idem). Mais cela a été vrai dans les deux sens. Soit pour aider de leurs statuts et connaissance, les familles des victimes, tel que José Dessart de la RTBF, Michel Bouffioux et un peu plus tard Marie-Jeanne Van Heeswyck, tous deux de l’hebdomadaire " Télé Moustique ". D’autres journalistes pour des raisons assez obscures vont minimiser les faits, désinformer et carrément manipuler (35 : Anne Marie Roviello "Clés pour le procès") comme par exemple, une équipe de la RTBF : " Au Nom de la Loi " et des journalistes de la presse écrite du " Soir Magazine ". Début juillet 1995, lorsque Carine Russo téléphone à Michel Bouffioux, celui-ci viendra le soir même : " J’était là pour écouter, c’est tout " (36 :P.17 "Ce n’est pas terminé").

Il va leur fournir tout ce qu’il a comme document sur la traite des femmes et réseaux de pédophilies en Belgique Francophone, suite à ses recherches pour le livre qu’il avait co-écrit, en 1994, avec Jean-Pierre De Staercke " Appelez-moi Elvira ". Ce journaliste de la presse écrite sera le seul à les suivre dès juillet 1995 jusqu’en 2004. Et encore, puisque son premier article, c’est dans le cadre de la présentation d’une émission " Fait Divers " de septembre 95 qu’il sera autorisé d’écrire un article sur cet enlèvement. Le 17 août 1996, Michel Bouffioux se présente chez les parents. Pour lui, chacun réagit en fonction de sa personnalité. Jean-Denis interrompra une interview pour tomber un long moment dans ses bras. Gino échangera directement la même impression que lui sur le dénouement tragique et cette piste qui avait été tellement reléguée au second rang par les enquêteurs. Louisa, comme toujours discrète sera d’une sérénité impressionnante. Avec Carine, ils vont s’embrasser et pleurer ensemble, mais elle dira tout de suite : " Il faut continuer sinon ce sera un gâchis complet " (37 : Idem p.36).

Par la suite, invité fermement à modifier le ton de ses articles, il quittera le Télé Moustique et va même créer son propre hebdomadaire " Le Journal du Mardi ". Manque de moyens, dû aux retards de subside à la presse promis à ce journal, Michel Bouffioux passera deux ans de galère. En septembre 2003, reparaît " Le Journal du Mardi ". A la même période, vont se tenir les dernières audiences en Chambre du Conseil, à Neufchâteau. Les articles reprennent de plus belle jusqu’au début du procès, mais de nouveau mis sous pression, il quitte son propre journal. Il continuera à couvrir le procès pour la DH tout en étant consultant pour RTL-TVI. A ce jour, c’est toujours dans le Ciné Télé Revue qu’il rédige ses articles.

Autre journaliste, José Dessart travaille, lui, pour le petit écran (RTBF). Dès le mois d’août 1995, il va suivre pendant un mois avec une des équipes de " Fait Divers " le quotidiens de la lutte des deux familles. Quelques mois plus tard, afin de contrer l’essoufflement médiatique, va se créer sous son impulsion, un comité de soutien d’une trentaine de personnes actives autour des parents. Le cercle sera élargi à 150. Lors des obsèques des deux petites filles, il prendra la parole dans l’église avec deux autres personnes du comité de soutien : " Il fallait durer. Il fallait défier ceux qui disaient d’attendre bien sagement. Vos parents ont lancé un appel. Un comité de soutien s’est formé pour dire  qu’ils avaient raison, vos parents, de ne pas être sages. Etre révolté est déjà la mission de tout être humain vivant en notre siècle. Etre révoltés, était, pour vos parents, la seule façon d’être raisonnables, d’être responsables. Ils se battaient pour vous et aussi pour tous les enfants, afin que soit reconnue l’importance primordiale de la place de l’enfant dans notre société. Pour que toute disparition d’enfants soit considérée comme prioritaire. Une hypothèse anime le combat acharné et légitime des parents contre la fatalité et la routine : " c’est que Julie et Mélissa sont toujours vivantes ". Tel était le texte de tout ceux qui ont adhéré au comité de soutien des parents de Julie et Mélissa durant le mois de janvier 1996 " (38 : Extrait retransmission des obsèques de Julie et Mélissa).

José Dessart fera aussi partie de l’équipe restreinte qui s’est chargée de préparer la Marche Blanche. Il sera chargé de s’occuper de la logistique. Par la suite, il sera très actif dans la mise en place des comités blancs et leur animation, ainsi qu’au sein de l’ASBL  " Observatoire Citoyen "… du procès Dutroux, Nihoul et consorts, et ce dès février 2002. Il va couvrir le procès pour la RTBF, pendant les 4 mois, mais il va également rédiger avant ses heures de travail, vers 04h 30 du matin, les comptes rendus d’audience qui seront diffusés pendant la journée sur le site de L’Observatoire Citoyen. De nombreux articles, de nombreuses participations de sa part, comme pour le livre que l’OC va publier, ne pourront contenir ni son nom, ni sa photo. Le journaliste de crainte d’être écarté de ses reportages sous le prétexte qu’il est partie prenante du mouvement, par la direction de la RTBF.

 

" L’émotion pollue l’analyse rationnelle et la raison " (39 :P 14 "Ce n’est pas terminé").

Fin 1996, certains médias vont se poser des questions sur ces liens étroits entre certains journalistes et victimes. Michel Bouffioux, dans son nouveau livre " Ce n’est pas terminé ", répondra que ce type d’approche humaine du journalisme favorise justement la bonne information, permet de bien rapporter la réalité de terrain, et n’empêche nullement l’analyse ni la critique.

Gabriel Ringlet, directeur de l’Observatoire du récit médiatique et vice-recteur de l’UCL, répondra dans le journal " Le Soir " : " que l’on peut allier pudeur et émotion "(idem p. 60).

Quelques fait marquants…

Le soir des obsèques de sa fille, Gino Russo, visiblement épuisé, sera présent sur le plateau de la RTBF  pour y répondre en direct. A la question de savoir s’il a toujours la conviction que l’on aurait pu retrouver Julie et Mélissa vivantes et que l’on aurait pu éviter tout cela, il donnera plusieurs réponses. On peut dire qu’à cette occasion, ce n’est pas une fléchette qu’il décocha à la télévision de service public, mais plusieurs, et même l’arc en prime : " Oui, je continue à le dire et à le penser, mais je tiens à dire aussi, nous les parents, je crois que c’est uniquement les parents, tous les quatre nous avons la conscience tranquille parce que on a fait le maximum, plus que le maximum, puisque en plus, on a dû se battre, pas uniquement contre Dutroux, mais contre tout ce monde de décideurs, tout ce monde qui a des pouvoirs, qui ne les utilise que lorsque,…lorsque eux jugent que c’est nécessaire…, je …je m’excuse, je suis très fatigué,, j’ai voulu absolument venir parce que, bien que je trouve votre émission très très prématurée, j’aurait préféré que cette émission passe dans quelques jours, mais j’ai voulu absolument venir parce que lorsque l’on prononce le nom de Julie et Mélissa, j’aime bien être là. Parce que c’est nous qui nous sommes battus pour Julie et Mélissa. Il faut savoir aussi que lors de la disparition de Julie et Mélissa, puisque tout le monde va être mis en cause aujourd’hui, on avait contacté la RTBF pour qu’elle nous consacre trois petites minutes d’émission. Quelle les place à n’importe quel moment, pour faire un appel. Ca n’a pas été possible parce que le planning était bouclé jusqu’au mois d’octobre. Or, je m’aperçois maintenant, qu’après 4 jours, on trouve 1h ½ sans problème. Je tenais à le dire. Je sais que ce n’est pas les réalisateurs qui décident. Ce sont les directions. Je me pose beaucoup de questions, par rapport à toutes les directions. Que ce soit de télé, d’organismes en Belgique. Je me pose beaucoup de question par rapport à tous ces…, encore.., ces gens de pouvoir.

Le journaliste de la RTBF : Monsieur Russo, nous comprenons bien votre désarroi, il va de soi…,

Gino Russo interrompt le journaliste : " Il ne s’agit pas de désarroi, j’ai toujours mes esprits. Je n’ai pas encore fait le deuil de ma fille, parce que j’ai pas le temps ; parce que je veux continuer à me battre pour ma fille. Je ne veux pas qu’elle soit morte pour rien. Comme je l’ai déjà dit et je le répèterai, je n’aurai pas la paix tant que je ne serai pas convaincu que ma fille est morte pour quelque chose…, enfin, je …, j’espère que l’on m’a compris.

Le journaliste : " oui on vous a bien compris " : (40 : RTBF: émission spéciale du 22 août 1996).

La Marche Blanche….

Pour Laurie Boussaguet, les médias, en général, vont jouer un grand rôle pour la réussite de de la mobilisation du 20 octobre : " …sans eux, la mobilisation était vouée à l’échec….(41 :

"La marche blanche" P.102).

Pour B. Rihoux et Walgrave, le succès de cette journée est dû au fait qu’  " il s’agissait d’un unique concourt de circonstance, d’un mélange explosif…, et d’une attention extraordinaire des médias "(idem p.103) Pourtant, certains journaux avaient diffusé des discours alarmistes : "  imaginant les scénarios les plus dramatiques "(idem p.99). Le samedi 19 octobre, la RTBF décide de ne pas envoyer une équipe pour le lendemain, jour de la Marche blanche : " il avait été décidé dans les maîtres sphères RTBennes qu’il était inutile de déplacer des caméras pour " 5000 poujadistes "(Carine Russo : idem p.100). Elle refusera même qu’un de ses animateurs radio vienne animer le podium ce jour-là. C’est lorsque va commencer à déferler la vague de citoyens peu avant midi, que toutes les équipes vont être rappelées d’urgence pour couvrir l’événement. Mais c’est un incident mineur, l’absence du nom de Loubna Benaïssa, à coté des noms des autres enfants disparus sur le panneau installé en fin de parcours, qui retiendra surtout l’attention des médias: " Ils ont monté cette histoire en épingle, c’est terrible, on ne parlait plus que de ça " (Cécile et Michel Collet : idem p.101).

Autre fait médiatique en rapport avec cette journée, alors que les parents annoncent clairement par voie de presse la seule revendication de cette Marche blanche, l’hebdomadaire le Vif-l’Express sera le premier à estimer qu’il y avait :" un certains nombre d’aberrations dans les revendications liées à la Marche Blanche , ce qui était à contre courant de l’opinion dominante " (annexe 10 : Communiqué de presse officiel sur le sens des rassemblements www.juliemelissa.be ).

La place que prennent les parents de victimes sur la scène médiatique va déranger certains

journalistes comme René-Philippe Dawant qui les qualifiera de " superstars du Malheur " et

dénoncera le fait qu’à ses yeux, " tout leur soit permis " (42 :"La marche blanche" P 43).

Les Russo et Lejeune décideront en avril de se retirer de la scène médiatique. Pour Louisa, c’est une sorte d’overdose. Son mari, lui, est  déçu de l’attitude de nombreux journalistes qui ont relayé avec complaisance ou bêtise des propos diffamatoires à leur encontre. Pour Carine : " on est fatigué par rapport au cirque médiatique,…parce que l’on doit passer son temps à se justifier " (43 "Ce n’est pas terminé" P.227 ).

Gino explique que ce n’est pas parce que l’on passe dans les médias que l’on doit régler tous les problèmes et que l’on doit avoir des comptes à rendre à tout le monde " (idem p.229).

Début 98, Michel Bouffioux dénonce les pressions sur les journalistes de Télé Moustique et " De Morgen " par des concurrents et le politique, " …alors qu’un ministre flamand demande la démission du rédacteur en chef du Morgen et menace de supprimer l’aide à la presse… "(idem p. 338). Des équipes de la RTBF vont visiblement s’affronter au fil des mois et des années. D’un coté, l’émission " Faits Divers " est emmenée par José Dessart et Léon Michaux. Elle a comme relais dans la presse écrite, Michel Bouffioux de Télé Moustique ( par la suite " Le journal du Mardi "). L’autre tendance, est incarnée par l’émission de la RTBF " Au nom de la Loi ", emmenée par le tandem Rogge-Dawant, et relayée dans la presse écrite par  "  Le Soir illustré ", Philippe Brewaeys, Jean Frederick Deliège, ect . En Juin 98, dans une lettre ouverte, la maman de Mélissa va réagir par rapport à la désinformation de cette série d’émissions qu’elle va rebaptiser : " Au nom de leur loi " (44:Annexe 44: "Au nom de leur loi" www.juliemelissa.be ).

Le 11 août 1998, le journal " Vers l’Avenir " publie l’interview du juge d’instruction Langlois. Ce dernier a la conviction, alors que l’instruction est toujours en cours, que Dutroux est un pervers isolé (45 : "N’oubliez pas" n°3 : P 26); on remarque qu’à l’inverse de son prédécesseur, Jean-Marc Connerotte, il ne sera pas inquiété pour cette prise de position partiale dans la presse.

Dans une interview de Carine et Gino Russo qui a été réalisée le 8 septembre 1998 pour le journal " Le Matin ", une des questions était : " On a une presse d’establishment ? " (annexe 9 : Carine Russo : " La raison d’Etat " www.juliemelissa.be ).

Réponse de Carine : " Vous savez mieux que moi comment cela fonctionne. A partir du moment où il y a l’accord Octopus (" Clés pour le procès "), cela va descendre en cascade. Les techniques ? Vous connaissez aussi : on met un jeune stagiaire et il vient avec son petit carton avec les questions qu’il doit poser… Je l’ai vécu ! Un petit nouveau du Soir vient me voir. Je lui demande : c’est le chef de service qui va te corriger ? Gêné, il opinera… J’ai eu la chance de participer à un colloque à l’UCL qui réunissait tous les rédacteurs en chef. J’ai pu écouter le message. Le message, c’était : on s’est tous gouré, il faut dire maintenant que les parents se trompent. Nous, on attend toujours qu’ils nous expliquent en quoi nous nous sommes trompés. On ne le dit jamais ! A aucun moment… " (idem).

En février 1999, c’est par un simple communiqué de l’Agence Belga que l’on apprend que le livre " De Zaak Dutroux " (L’affaire Dutroux) ne pourrait plus paraître si l’auteur ne supprime pas certains passages et photos consacrés à Julie et Mélissa. C’est le résultat d’une action en justice des parents des fillettes, pour qui des extraits du dossier et des images de leurs enfants n’ont pas leur place dans ce livre. La presse ne demandera rien du coté des plaignants : " …démontrant par-là très clairement dans quel camp elle se plaçait, résolument du coté de la profession, mue par un réflexe corporatiste… " (46 : Idem p.32). Il s’agissait pour les parents de défendre l’intérêt supérieur de l’enfant. Et non de remettre en cause la liberté de la presse : " …tant qu’elle défend les vraies valeur de la profession, c’est-à-dire l’engagement pour une véritable information de l’opinion et le souci des principes de déontologie et de recherche d’objectivité y afférents " (idem p. 33).

Le 17 janvier 2003, tombe la dernière ordonnance de la Chambre du Conseil de Neufchâteau : Dutroux, Martin et Lelièvre sont seuls renvoyés aux assises. Toute l’équipe d’ " Au nom de la Loi " ira faire la fête avec Nihoul, dans un restaurant. Le soir, cette même équipe va essayer de faire interroger son protégé en direct dans le Journal de la RTBF de 19h30. Elle se heurtera aux protestations et à un refus de l’équipe de rédaction. Quelques mois plus tard, dès l’annonce du renvoie officiel de Nihoul en cour d’assise, j’entendrai dans la salle des pas perdu du palais de justice de liège, un Journaliste du soir magazine lancer à Michel Bouffioux " on n’a pas dit notre dernier mot ".

Le 09 avril 2004, " Le Soir " va publier un article signé Jean-Pierre Borloo et intitulé : "  Compléter l’information des jurés sur les manquements ". Pour lui, cet instruction a été malhonnête, manipulée, poussée dans une seul direction, éventuellement sous la pression de protections…. Neuf jours plus tard, les parents de Mélissa répondront sous le titre : " Des questions intéressantes mais tardives ". Ils rappelleront que dans leur dernière publication " N’oubliez pas ! " de décembre 2001, ils se posaient déjà ces questions essentiel que les journalistes se posent…3 ans plus tard " (47 :Annexe 45 : "Des questions intéressantes... mais tardives" www.juliemelissa.be )

Juste après le témoignage de Sabine Dardenne, un certain nombre de journalistes seront invité à une conférence de presse. Michel Bouffioux, Marie-Jeanne Van Heeswyck et José Dessart en seront exclut. Ce dernier demandera à l’avocat de Sabine si tout le monde peut y assister ; il lui sera répondu " surtout pas vous, Monsieur Dessart, surtout pas vous… "

Vers la fin du procès, lors d’un journal télévisé spécial, l’avocat principal de Dutroux, Maître Magnée, en direct d’Arlon, tente de rallier les Russo à son point de vue. Mais là, la vigilance de la présentatrice, en duplex depuis Bruxelles, se rendant compte qu’il s’agit d’une manœuvre pour piéger les parents de Mélissa qui sont sur son plateau, va esquiver cette combine. La réponse de Carine va véritablement ridiculiser l’avocat de Dutroux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes de références CHAPITRE II

1 a Lors d’un débat public organisé à Anderlues, par la section PS local,

j’apprendrai par l’oratrice et en toute confidentialité que le mois de

septembre serai chaud sur le dossier assassina du ministre d’Etat.

1 annexe 41 " Nous l’avons fait "

2 annexe 26 article  " Le matin " Liste blanche

3 Carine t'Kint, Présidente de l’ASBL des comités blancs

4 annexes 27 : Charte des Comités blancs

5 Le Soir Magazine n°3736 28/1/04

6 annexe 28 " Faire le point avec les Blancs "

7 annexe 29 " le grand Bleu " + annexe 19 " La Libre Match "

8 annexe 30 Article Agence Belga 19/08/03

10 annexe 23 " OC accueillit à bras fermé "

11 annexe 31 Rencontre citoyenne " Paul Marchal ".

12 annexe 32 Extrait journal AB3

13 annexe 33 Menu Soirée spaghetti citoyen : Arlon 31 Mars 2004

14 annexe 34 La Libre Belgique (2 avril 2004)

15 annexe 35 Retranscription Journal Bel –RTL d’Arlon.

16 annexe 36 Affiche " souper Saucisson " 15 janvier 2005

17 P.95 " La crise blanche " Alain Tondeur.

18 annexe 37 copie Lettre envoyée à tous les comités blancs

19 annexe 38 Retranscription émission RTBF " Lieu Public " 2002

20 P.97 " La crise blanche " Alain Tondeur.

21 Carine Russo : P..228 "Ce n’est pas terminé " M. Bouffioux

22 annexe 39 Laetitia Delhez " La libre match "

23 Article sur le site de l'ASBL Julie et Mélissa

24 P.2 volet Famille Marchal

25 P. 47 " La crise blanche " Alain Tondeur.

26 " La Gauche " mars 1998

27 "La marche Blanche" P 134

28 Gino Russo: "Ce n’est pas terminé" P 235

29 annexe 40 Affiche "Club Achille Chavée"

30 annexe 41 Conférence-Débat Leval + les CB "Nous l’avons fait"

31 annexe 42 PV débat du 08 octobre 2003 de Grâce-Hollogne

32 annexe 43 Annonce par l’ASBL Julie et Mélissa pour le 24 juin 2001 (N’oubliez-pas)

33 "La marche blanche" P 102

34

35 Anne Marie Roviello "Clés pour le procès"

36 P.17 "Ce n’est pas terminé"

37 Idem p.36

38 Extrait retransmission des obsèques de Julie et Mélissa

39 P 14 "Ce n’est pas terminé"

40 RTBF: émission spéciale du 22 aout 1996

41 P.102 "La marche blanche"

42 Idem p.43

43 P.227 "Ce n’est pas terminé"

44 Annexe 44: "Au nom de leur loi"

45 P 26 "N’oubliez pas" n°3

46 Idem p.32

47 Annexe 45 "Des questions intérssantes... mais tardives"

 

 

COMMENTAIRE /ANALYSE

Quels positionnements peut-on observer chez les acteurs au cours du long processus qui va conduire au procès ? Où seront leurs points communs et leurs divergences ? Comment évoluent-ils dans le temps ? Comment expliquer ces facteurs d’unité et ces éléments de distanciation ? Comment analyser leur impact sur les mondes judiciaires et politiques ?

J’ai commencé, dans la première partie de ce mémoire, par donner un aperçu du vécu des victimes et parents de victimes au cours des dix dernières années. Je voudrais essayer ici de repérer des éléments d’explication ou d’analyse du discours et des comportements de ces acteurs.

Les récits de Sabine et de Laetitia sont peu comparables. L’explication la plus flagrante de cette différence est évidemment la durée de leurs séquestrations respectives. Sabine raconte principalement ses presque 80 jours d’enfermement. Tandis que Laetitia n’est restée que, si l’on peut dire, 6 jours à Marcinelle. Six jours où, en plus, elle fut la plupart du temps sous l’effet de fortes doses de somnifères.

Quelle approche chacune a-t-elle encore de cette période ? Je me suis intéressé à leur façon de réagir, de résister, de survivre. Comment, par la suite, ont-elles réagi pour reprendre une vie normale, si reprendre une vie normale est possible ? Comment ont-elles tenté d’exorciser cette période sombre de leur vie et, sur ce plan-là, quelle fonction le procès d’Assises de leurs bourreaux a t’il pu avoir pour elles ? Même si je n’ai pu les interroger directement, j’ai pu relever un certain nombre d’indices permettant d’esquisser des éléments de réponse à ces questions.

Force est de constater que le sale caractère (son " meilleur copain ") de Sabine Dardenne a été un des éléments essentiels lui évitant de sombrer dans la folie ou la dépression. Combien de temps aurait-elle pu résister, nul ne le sait ? Sa dernière lettre à ses parents démontrait un état psychologique très préoccupant. Le courage, la force de caractère qu’elle a eu pendant cette période forcent l’admiration. On ne peut être que frappé par sa présence à la Marche blanche et la façon dont elle a contraint ses parents à l’y emmener contre leur gré : c’est assez significatif d’une forte personnalité, qui s’affirme vigoureusement vis-à-vis de l’adulte malgré son jeune âge.

Qu’en a-t-il été des contacts de Sabine Dardenne avec les autres parties civiles et dans quelle mesure les choses auraient-elles pu évoluer différemment ? Sabine a toujours eu peu de contacts avec les autres parties civiles. On sait qu’une certaine culpabilité vis-à-vis de Laetitia l’a beaucoup travaillée : le même sentiment ne l’a-t-il pas éloignée des parents de victimes qui avaient eu moins de chance qu’elle ( Julie et Mélissa, An et Eefje décédées) alors qu’elle, Sabine, à survécu à cet enfer ? Quel rôle joua l’entourage de Sabine ? On aurait tendance à estimer qu’une personnalité aussi affirmée n’a pas pu se laisser influencer complètement par ses parents ou son (leur) avocat, pourtant certains éléments apportent tout de même de l’eau au moulin de cette hypothèse-là. Quand elle s’exprime de façon critique sur telle ou telle personne, on sent en tout cas souvent au moins une communion d’idée entre elle et son avocat. Tous ceux dont le point de vue ne cadre pas avec le système de défense conçu par son avocat seront à un moment ou l’autre critiqués. Sabine Dardenne se montrera assez critique même à l’encontre du procureur du Roi qui fut à l’origine de son sauvetage et quelques journalistes d’investigation ne seront pas épargnés non plus.

Sabine Dardenne a eu peu de contacts avec les autres parties civiles (sauf avec Laetitia Delhez) et elle s’est tue, la plupart du temps. Cela a creusé un certain isolement, que les réactions et appréhensions qu’elle a développées vis-à-vis des autres parties civiles renforceront.

Conséquence logique : Sabine Dardenne ne fera jamais réellement cause commune avec les parents de victimes décédées et sa démarche n’aura pratiquement aucune portée de type citoyen.

Laetitia Delhez exprime sur bien des points une préoccupation proche de celle de Sabine Dardenne : se protéger des médias et de certains ragots, créer les conditions d’un retour à la vie normale et à un certain anonymat. Cela n’était possible qu’à condition de ne pas s’engager trop sur le plan citoyen. Grâce à ses contacts positifs avec les Lejeune, Laetitia Delhez sera néanmoins un peu le chaînon entre les parties civiles survivantes et les familles des victimes décédée. Le choix, par Laetitia et ses parents, d’avocats combatifs semble avoir été déterminant pour la condamnation de l’un des inculpés, Michel Nihoul (escroc notoire qui, hautement soupçonné de complicité dans son enlèvement, sera en tout cas condamné pour association de malfaiteurs).

Si l’on s’intéresse à présent à la famille Marchal, on peut constater un travail de titan, fourni surtout par le papa d’An, pour retrouver les deux jeunes filles. Mais les relations entre les deux familles flamandes (dont l’une, la famille Lambrecks, est composée d’un père et d’une mère divorcés) vont donner à ce qui se passe en Flandre une coloration citoyenne moins forte. En plus de cet élément de division très net et très rapide des forces, le fait pour Paul Marchal de créer un parti, c’est-à-dire " d’entrer de plain pied dans le système " a probablement contribué à éloigner pas mal de citoyens flamands de son combat ; alors que le souci des Russo et des Lejeune de rester hors du champ politique, de n’être " que le papa et la maman " d’un enfant assassiné a coalisé toutes les forces autour d’eux.

Paul Marchal se retrouvera donc très rapidement peu soutenu et isolé même. Il sera d’ailleurs empêché de poursuivre certaines de ses initiatives par le père d’Eefje lui-même. Lorsqu’on va découvrir les corps d’An et Eefje, Paul Marchal va tenter de transformer ce combat en une autre bataille, plus législative. C’est ainsi que, et un peu par hasard, la loi dite " Marchal " sera votée. Il va également créer une ASBL, " Huis van An " (" La Maison d’An ") pour venir en aide à d’autres familles, " avec An à coté de moi " (sic). En même temps, il veut poursuivre son combat jusqu’au bout, jusqu’au procès, voire au-delà, puisqu’il annonce son intention de rester une partie civile active dans le cadre de l’instruction continuée (" dossier bis ") du dossier 86/96 (enlèvements, séquestrations, viols, tortures et assassinats des 6 victimes de Dutroux et consorts, dont 5 mineures d’âge).

Les parents de Julie et Mélissa ont un parcours différent : leurs options personnelles par rapport à la société et à la manière de la changer sont différentes, mais ils s’efforceront de rester unis le plus et le plus longtemps possible, tant sur le terrain que dans leur volonté de lutter. Ils étaient conscients sans doute de la valeur ajoutée de cette unité du point de vue de leur rapport de forces avec divers pouvoirs. Cela va créer une dynamique de combat plus intense que ce que les autres familles pourront susciter. Leurs rencontres et leurs contacts avec la famille Marchal et avec Laetitia Delhez seront très constructifs. Ces aspects humains de solidarité et cet esprit de front commun leur permettra de faire pression plus durement en faveur de changements.

C’est sur la conscientisation politique et la manière de construire l’action que des divergences sensibles apparaissent entre les deux familles. Jean-Denis Lejeune préfère s’investir dans quelque chose "qui marche pour retrouver les enfants, et non pas changer la société " ; d’où son choix et son investissement au sein de Child Focus. Jean-Denis et Louisa Lejeune se rendront un long moment au procès à Arlon.

Carine et Gino gardent par contre leurs distances avec tout ce qui est " officiel ". Ils seront les seuls à avoir consulté le dossier et à maintenir une position conforme à leur vision du départ : " croyez-nous, c’est plus difficile de ne pas y aller… " (sic). Ils vont même évoquer l’idée d’un procès de rupture. Eux n’iront pas du tout au procès.

Plusieurs questions que je me posais au début de ce travail obtiennent quelques éléments de réponses.

Comment le drame des six victimes directes de Dutroux et consorts, dont quatre sont décédées et deux ont survécu, a-t-il pu avoir un tel effet sur l’ensemble de la société, au point de presque faire vaciller plusieurs institutions ?

Quel sens chaque partie civile a-t-elle donné au procès d’assises à Arlon et qu’en est-il résulté sur le plan de sa participation (ou de sa non-participation) à ce procès ?

Comment ont répondu les citoyens, au cours de cette période de 10 ans, aux messages qui leur avaient été envoyés par quelques parents de victimes aux moments les plus fort de cette crise?

C’est en reprenant ces différentes questions sur l’ensemble de ce dossier que je tenterai de répondre pour, dans la partie finale de ce mémoire, en tirer mes propres conclusions.

Le 24 juin 1995, ce qui au départ était quelque chose de privé, la disparition de deux petites filles à Grâce-Hollogne, va très rapidement devenir un évènement de société. Les parents de Julie et Mélissa vont continuellement maintenir la pression sur le monde judiciaire et politique, que ce soit par courriers, pétitions, interpellations, lettres à la famille royale… Ils utilisent pour cela le levier des médias, qu’ils apprennent très rapidement à utiliser sans en devenir les otages ni les objets.

Dès le 11 septembre 95, sous l’impulsion des familles Lejeune et Russo, le ministère de la Justice va créer une cellule " disparitions " au sein de la gendarmerie. Celle- ci va d’ailleurs réellement " entrer en action " pour la première fois lors de la disparition de Sabine Dardenne. Il aura donc fallu moins de deux mois pour que des citoyens a priori comme les autres parviennent à faire bouger deux mondes peu réceptifs à toute volonté de changement brusque, la gendarmerie et le gouvernement.

On pourrait évidemment expliquer cette efficacité en ne faisant référence qu’à l’ouverture d’esprit et au dynamisme, sur ces questions de disparitions, d’un ministre de la Justice qui avait connu un cas semblable parmi ses proches (Stefaan De Clerck est membre de la même famille que le petit Anthony De Clerck, qui avait été kidnappé quelques années plus tôt).

Je pense qu’il y a là seulement une partie de l’explication : l’autre, probablement plus importante, se trouve dans la manière dont les parents de Julie et Mélissa ont immédiatement demandé aux institutions (à commencer par la gendarmerie, la PJ et la magistrature) de leur prouver qu’elles travaillaient avec le professionnalisme de rigueur. Il n’y avait pas à priori de méfiance, mais il n’y avait pas non plus, dans leur esprit, l’attitude de soumission (voire de démission) que beaucoup prennent comme par réflexe quand des professionnels ou des techniciens leur disent " laissez-nous faire ".

Pensons aussi à l’extrême rapidité avec laquelle ces familles se sont adressées au politique  dès l’été 1995. Les parlementaires recevront une liste de questions précises sur ce qui allait être le début d’une longue série de mauvais fonctionnements, de ratés ou d’aberrations dans la manière dont l’enquête était conduite. Là encore, beaucoup auraient sans doute mis plus de temps à faire le lien entre ce qui leur arrive et ce qui se décide concrètement au plus haut niveau politique. En admettant qu’ils l’aient fait, certains se seraient contentés d’un contact avec l’exécutif, sans le doubler par une interpellation du Parlement. Cette capacité d’identifier l’ensemble des maillons d’une chaîne de décision, de la conception politique jusqu’à l’exécution par l’administration (ici, les polices) en passant par le contrôle de magistrats a certainement été un puissant facteur d’efficacité pour les parents de Julie et Mélissa. En agissant ainsi, ils ont aussi montré à l’ensemble de la population que ceux qui ont du pouvoir dans notre pays sont des " délégués " à qui l’on peut démocratiquement demander des comptes. C’est sans doute l’incidence la plus profonde de leur démarche sur la société belge, qu’on soit ou non aujourd’hui content des changements intervenus depuis lors ou qu’on estime que ces " réformettes " sont loin de suffire au vu des attentes et des besoins exprimés lors de la Marche blanche.

Une des grandes batailles menées par les familles Russo et Lejeune porte sur le droit d’accès au dossier d’instruction, indispensable si la victime souhaite être informée de l’évolution des recherches. Ce n’est d’ailleurs que trois mois après la découverte des corps de leur enfant, qu’ils obtiendront partiellement gain de cause en ce qui concerne leur dossier à eux. Et en 1998, une réforme d’ensemble de la procédure pénale confirmera cette évolution d’un point de vue légal.

Lorsque l’on va retrouver les corps des enfants, le ton sera vite donné par Gino Russo, qui affiche sur sa porte, à la vue de tous les médias, une pancarte mettant explicitement en cause le ministre qui avait signé la libération de l’assassin de sa fille quelques années plus tôt. Par la suite, les Russo et les Lejeune ne vont pas se contenter de faire leur deuil (deuil qu’ils reconnaissent n’avoir toujours pas fait d’ailleurs) et de retourner à la vie normale. Ils vont continuer à mettre la pression sur les mondes politique et judiciaire. Solliciter la population qui était à leur écoute et souhaitait les soutenir ne sera bien sûr pas une grande difficulté. Tout en respectant l’Etat de droit et en n’utilisant que des armes démocratiques, les actions qu’ils vont mener avec d’autres parents de victimes remettront régulièrement en cause les (dys)fonctionnements d’un Etat qui a failli envers ses citoyens, surtout les plus faibles de la société, les enfants.

Le dessaisissement du Juge d’instruction à moins d’une semaine de la Marche blanche sera une gifle pour les parents, mais il donnera un extraordinaire coup de fouet supplémentaire à la mobilisation citoyenne. Leur volonté de s’en tenir simplement à leur statut de parents, le fait de parler vrai, de produire un discours à la portée de tous, mais aussi la sincérité de leur douleur ," leur amour pour leurs enfants aurait arraché des larmes aux cailloux, leur foi dans l’humanité souleva l’espoir de la société assoupie " (1 : "  La crise Blanche " Alain Tondeur : P 97 ), seront les facteurs déterminant du succès de cette Marche Blanche.

Lorsque les discours de l’extrême droite rencontrent un certain écho, de type sécuritaire (retour à la peine de mort chez certains agités peu représentatifs, mais bruyants, peines incompressibles de la pétition de l’ASBL " Marc et Corinne " en cas de crimes contre les enfants…), plusieurs intellectuels vont réagir et dénoncer le fascisme ambiant.

Mais les parents de victimes et leur entourage vont renverser cette tendance sécuritaire. Ils vont reprendre la direction du mouvement social à l’ASBL " Marc et Corinne " et vont transformer la demande de " plus d’Etat " de cette ASBL en critique contre l’Etat. En remettant à l’avant-scène les dysfonctionnements de la magistrature et des différents corps de police de l’époque et en mettant " le libéralisme au banc des accusés " (idem), les parents vont réussir à canaliser cette énergie, cette solidarité, au profit d’une bataille politique dont la Marche blanche sera un premier signal fort.

Comme le fait remarquer Benoît Rihoux, politologue à l’UCL : "  la production idéologique venait pas mal des Russo, qui sont plutôt de gauche non classique " (2 : P 150 " La marche blanche ").

Jean-Denis Lejeune affirmera de son coté qu’il n’y avait jamais eu d’intention politique dans leur démarche. Au contraire, pour Gino Russo, il fallait installer un rapport de force :  "  Et comment l’obtenir, c’est le B.A.BA du syndicaliste : c’est la masse " (idem p 42). Pour lui, leur attitude était bien politique, même s’il n’est pas " convaincu que les autres parents se rendaient compte de ce qu’on fabriquait " (idem p.159). Au journal La Meuse qui l’interrogeait, Gabriel Ringlet, membre du comité de soutien des parents de Julie et Mélissa, déclare deux jour avant la Marche blanche qu’il s’agit bien d’un acte politique au sens large.

Un autre indice très significatif et généralement méconnu démontre cette présence de l’approche politique des problèmes personnels qu’ils vivent par les parents d’enfants disparus. C’est le parcours qu’ils avaient initialement proposé pour la Marche blanche. Ils avaient imaginé un itinéraire de manifestation beaucoup plus symbolique, politiquement parlant : les têtes pensantes de l’organisation de cette journée avaient prévu de faire passer le cortège devant toute une série de bâtiments, comme le Palais royal, le palais de justice, le Parlement, etc.. Mais le refus des autorités, pour raison de sécurité, va priver la Marche blanche de cette dimension symbolique et de l’effet escompté par ses organisateurs.

Par contre, la décision prise dans l’urgence, par le Premier Ministre, de rencontrer les parents l’après-midi du 20 octobre donnera définitivement une signification politique à la Marche Blanche : " … il " adopte " (ou récupère, c’est selon ) en quelque sorte la marche. Le mécontentement qui est à la base de cette marche est défini par le Premier Ministre comme un mécontentement politique " (idem p.163).

Cette rencontre que les parents auront avec Jean-Luc Dehaene au cours de cet après-midi du 20 octobre, alors que plus de 300 000 personnes sont en train de défiler en silence dans la capitale, tous n’en avaient pas accepté le principe au départ parmi les parents. Mais afin de garder cette image de parents unis, ils iront tous ensemble, non sans quelques revendications concrètes préalablement préparées par le noyau plus " politique " de leur groupe.

Plus tard, beaucoup d’entre eux estimeront avoir été " roulés dans la farine " ce jour-là : accepter le principe de cette rencontre à la sauvette le jour-même de la Marche blanche et moins d’une semaine après le dessaisissement du juge Connerotte a selon ceux-là affaibli leur position plus qu’elle ne l’a renforcée, tant vis-à-vis des décideurs que vis-à-vis de la population. Pour Gino Russo, ce jour-là, " on n’a eu le temps de rien revendiquer " (idem p.167). Pour le frère de Carine Russo et sa femme, " ce que les parents vont lui dire [au Premier Ministre], ça ne l’intéresse pas " (idem).

Par la suite, plusieurs parents de victimes vont proposer la création des Comités Blancs, participer à de nombreux débats citoyens, lier leur drame à d’autres problème de société, comme ceux des Forges de Clabecq, ceux de la guerre (au Soudan), etc..

En 1998, changement de ton, Gino Russo proposera non plus une marche, mais une manifestation pour le 15 février 1998, " contre la loi du silence ". Il est question, à l’époque, de ne pas reconduire le juge Connerotte dans son mandat de juge d’instruction. On entrevoit à cette époque des divergences d’analyses sur les résultats de l’après-Marche blanche. Seuls, les Russo et les Marchal seront présents ce jour-là.

Sur le terrain politique, les familles se différencient également. Paul Marchal essaie de créer sa propre liste, le PNPB, et ce sera un échec cuisant lors des élections législatives de 1999.

Jean-Denis Lejeune confirmera qu’il est " le seul à ne pas faire de politique " (idem p.159), lui qui a choisi de s’investir complètement dans l’association " Child Focus ".

Le père d’Eefje rejoindra les rangs du VLD, parti de droite flamand.

Les Russo soutiennent la liste Ecolo, sans pour autant y adhérer. Force est pourtant de constater que sans être officiellement impliqués, les Russo seront les plus " politiques " et marqués à gauche : " porter à gauche, c’est important " (annexe 9 : Carine Russo : " La raison d’Etat ". Mais leur positionnement est celui d’une gauche anomique. Lors d’un entretien avec Erik Rydberg, en 1998, ils fustigent l’anti-politisme : "  ce serait la pire des choses, que les gens n’aillent pas voter " (idem). Si l’on reprend et consulte les trimestriels " N’oubliez pas " édités par l’ASBL " Julie et Mélissa ", ou le site de cette association, principalement dirigés par Carine et Gino Russo, on peut constater le caractère très politique de leur contenu. Bien des articles ou la promotion de spectacles, de films et de livres, ne sont pas liés directement au drame qu’ils ont vécu. Par ce biais comme par les contacts qu’ils ont avec les nombreux sympathisants qui passent jour après jour à la permanence de l’ASBL, les Russo conscientisent des tas de gens non seulement aux problèmes de droits des victimes et des enfants et de lutte contre la pédocriminalité, mais aussi aux autres problèmes de la société.

Carine Russo est également membre d’une association internationale " Voix de Femmes " (3 :Annexe 46 : "Voix de Femmes").

Pour Laurie Boussaguet, sans doute faut-il chercher du côté de la personnalité et du passé des parents de Julie et Mélissa pour comprendre leur lecture politique différente des événements. Pour Benoît Rihoux, Gino Russo a une expérience de combat syndical et une vision différente du rapport à l’autorité. Il a aussi un certain intérêt pour des lectures " idéologiques et intellectuelles des événements " (4 : " La marche blanche " P. 146 ).

Comment chacun s’est-il positionné en vue du procès et pendant celui-ci ?

Là aussi, il semble que les positions diffèrent et dans le temps et au vu des objectifs de départ.

On retrouve en tout état de cause deux constantes parmi les six familles : une exigence de vérité et la condamnation des coupables. Mais l’ordre de priorité n’est pas nécessairement le même pour tous. Et pour certains, le procès remplit aussi d’autres fonctions.

La juste condamnation des coupables est évidemment l’objectif de ceux qui se rendent à Arlon comme de ceux qui ne feront pas le déplacement. Mais c’est principalement le besoin de savoir, le besoin de vérité qui anime certaines familles, comme les Lejeune et les Russo : " Pour nous, la justice, c’est la vérité " (idem). On notera néanmoins, ici aussi, une divergence d’appréciation entre eux, en dépit de cet objectif commun. Pour les premiers, le procès pourrait être l’occasion d’encore apprendre quelque chose. Pour les seconds, les biais de l’instruction du Juge Langlois et la caution qui lui a été apportée par le pouvoir judiciaire sont tellement graves qu’il ne pourra rien résulter des Assises sur le plan de la vérité. Carine et Gino Russo sont convaincus qu’Arlon n’apportera rien quant à ce qui est vraiment arrivé à Julie et Mélissa et quant aux raisons véritables pour lesquelles elles n’ont pas été sauvées, alors que Dutroux était connu et avait été très vite repéré.

Sabine et Laetitia mettent probablement, elles, davantage l’accent sur l’objectif " condamnations ". C’est évident pour Sabine Dardenne, qui dit avoir des souvenirs très nets de ce qui lui est arrivé. Pour elle, les questions qui se posent encore sur d’éventuels clients pédophiles de Dutroux, sur la dimension " crime organisé " du dossier et sur de possibles protections ayant freiné l’arrestation de Dutroux à l’époque où il détenait Julie et Mélissa relèvent de spéculations sans fondements : elle refuse de les prendre en considération et s’offusque qu’on puisse donner l’impression de ne pas la croire tout à fait. Sabine Dardenne a la part de vérité dont elle a besoin et elle n’attend du procès que la reconnaissance de celle-ci. La condamnation de Dutroux, Martin et Lelièvre lui importent presque exclusivement.

Laetitia Delhez est moins catégorique que Sabine Dardenne. Ses défenseurs seront d’ailleurs les principaux animateurs du débat judiciaire sur la culpabilité de Michel Nihoul, débat en rapport direct avec les questions rappelées plus haut. Tout en déclarant qu’elle ne " sait " pas et ne souhaite poser que des questions, Laetitia Delhez maintient pendant tout le procès divers aspects de son témoignage qui accusent Michel Nihoul d’avoir partie liée à son enlèvement, (notamment une conversation téléphonique de Dutroux avec un certain " Jean-Michel " à qui Dutroux annonce que " Ca a marché "), peu après son rapt. Pour elle, les deux préoccupations (vérité et condamnation) sont sans doute à égalité.

Sabine et Laetitia n’étaient pas certaines, au départ, de se présenter au procès. Y prendre part peut avoir eu pour elles un effet thérapeutique, une fonction de défouloir leur permettant de mieux tourner la page. Et ce, même si, comme elles le feront remarquer, tout ne s’effacera jamais complètement…

Les parents d’An expriment souvent une sorte de relation transcendantale avec leur fille ou avec l’âme de leur fille. Leur présence à Arlon, ils semblent l’avoir conçue comme un acte indispensable pour défendre jusqu’au bout la mémoire d’An. Juste avant la dernière plaidoirie de son avocat, Paul Marchal tiendra un discours bouleversant (5 : Plaidoirie de Paul Marchal , site de l’Observatoire Citoyen). Son but est alors d’exprimer aux jurés et à tout le monde, y compris aux accusés, toute cette douleur que ressentaient tous les proches d’An et l’amour qu’ils ressentaient toujours pour elle. Si le procès devait apporter des réponses à certaines de leurs questions, il devait également leur permettre d’empêcher que l’on ne dise n’importe quoi sur An ou qu’on déforme des faits connus : "  Je suis ici pour ma fille. Je veux faire tout ce qui est possible pour trouver la vérité. On a beaucoup de choses à apprendre d’un procès comme ça …,… Mais il y a aussi des parties civiles qui font mal. J’ai beaucoup de respect pour Sabine. Je la félicite pour tout ce qu’elle a vécu. Mais quand son avocat, après le volet An et Eefje a dit " on a fini avec les morts et on va commencer avec les vivants. Les morts n’ont rien à dire. ", on ne peut pas dire ça. Je suis le porte-parole pour toute une famille, pour An qui ne peut plus parler. Le problème c’est que ce n’est pas Sabine qui l’a dit. C’est Rivière, qui protège Sabine. On ne peut parler avec elle. Moi, j’ai une relation très bonne avec Laetitia, mais pas avec Sabine. Rivière est entre nous. Pourquoi ?" : ( annexe 31 : Rencontre citoyenne " Paul Marchal ").

Pour le papa d’Eefje, seul la condamnations de trois des inculpés semble être une authentique motivation :  "  que cela puisse enfin se terminer, c’est à cela que j’aspire le plus. J’irai seulement quand il sera question d’Eefje et An " (6 : "Faits Divers" RTBF 2003).

Néanmoins, il sera présent pendant presque les quatre mois du procès. On retiendra surtout le silence des parents d’Eefje, et celui, presque constant, de leurs avocats. Rares exceptions : l’expression de marques de sympathie pour Sabine Dardenne et son avocat, ou des déclarations pour voler au secours des institutions, chaque fois que celle-ci, un magistrat ou un enquêteur était montré du doigt par l’avocats de l’une ou l’autre partie civile.

Même s’ils ont parfois laissé poindre une légère hésitation, les parents de Julie et Mélissa répéteront régulièrement leur refus d’aller à ce procès, puisque l’enquête, dont le volume est estimé à plus de 400 000 pages, ne répond pas à leurs questions élémentaires. Comme le procès se base principalement sur la thèse du juge d’instruction qui, par exemple, avait refusé de procéder à la reconstitution de l’enlèvement des deux fillettes, il était vain d’espérer obtenir à Arlon des réponses que 8 ans d’enquête n’avaient pas pu apporter.

Pourtant, les parents de Julie Lejeune vont à un moment donné se rendre au procès. Pour eux, la pression devenait intenable, les propos qui leur revenaient étaient trop insultants. Il y aura aussi cet appel que va leur adresser Laetitia Delhez : elle leur demande de venir la soutenir lors de son témoignage.

Pour les parents de Mélissa, leur non-participation est  un acte de résistance, de non-coopération avec les institutions : à l’issue de huit années de confrontation, ils ne peuvent être qu’en désaccord avec elles. Le fait d’être présent au procès ne ferait que cautionner cette grande farce. Ce serait trahir leur fille. Ce procès, c’est pour eux une aumône : ils vont répondre qu’ils ne sont pas des mendiants. Carine Russo ne voit qu’un avantage à ce que procès ait lieu : " c’est qu’ils vont enfin arrêter de faire semblant de chercher " (annexe 24 :

Deng, mars 2004 : http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=272)

Les citoyens ont-ils répondu aux appel lancé par les parents de victimes ?

Bien évidemment…

Dès le début, dès le 24 juin 95, de nombreuses personnes vont se mobiliser lors de battues, verser de l’argent pour des campagnes d’affichages afin de venir en aide aux différentes ASBL, ou encore cotiser pour les frais de justice, etc. La population sera présente en nombre dans les moments d’émotion. " Nous avons été soutenu par la population belge au-delà de ce que nous aurions pu imaginer " (Annexe 6 : Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004 : P.19 ).

Au niveau de la nouvelle citoyenneté, même si le nombre de comité blanc et d’affiliés a diminué, ils existent toujours au travers de toute la Wallonie et de Bruxelles. Ceux-ci continuent à mener des actions de sensibilisation et de vigilance. D’autres militants, comme ceux de l’Observatoire Citoyen, ont pris également en charge le suivi des réformes que promet le politique. Il s’agit par exemple de l’enjeu des " droits de la défense des victimes " et notamment des plus faibles.

Le nombre et les formes d’implications des citoyens restent très importants et multiples dix ans après les premiers faits. Malgré le discrédit dû notamment aux dérives populistes et à quelques dérapages (souvent montés en épingle par une partie de la presse à partir de 1997), cette mobilisation reste donc constante. La canalisation de toutes ces énergies en réseaux, CB, OC, etc. contribue sans doute à cicatriser un peu les blessures d’autrefois. Mais elle a aussi une fonction de lutte, c’est à espérer, contre l’indifférence d’hier à ces drames. Combien de fois n’a-t-on entendu dire, à ce sujet " plus jamais ça " ? Aujourd’hui, qui peut encore dire "Pédocriminalité ? Je ne savais pas que cela était possible, qu’est-ce que je peux y faire  ?… "

Pour ce qui est des médias, certaines réactions sont déroutantes. Autant on peut constater l’investissement de plusieurs journalistes tout au long de cette pénible histoire, autant je peux dire, comme Paul Marchal dans un de ses livres : " je n’ai jamais compris un tel acharnement pour désinformer ". Erik Rydberg, dans son livre " Nom de code Neufchâteau ", décrit bien cette tendance qu’ont les journalistes à se recopier pour gagner du temps, à ne prendre aucun risque vis-à-vis du politiquement correct et à respecter les exigences de leur hiérarchie au lieu de recouper leurs infos et de répercuter ce qui se passe réellement sur le terrain. Cela fait de beaucoup de journalistes des colporteurs de propagande plus que des agents d’information et de débat.

Les journalistes ayant une bonne connaissance de ce dossier controversé et de plus en plus volumineux se sont raréfiés avec le temps, ce qui a laissé le champ libre à un discours de plus en plus officiel et de plus en plus lénifiant sur l’évolution de l’enquête. Des parents ont expliqué qu’à chaque rebondissement de procédure, ils leur fallaient ré-expliquer l’ensemble des tenants et aboutissants du dossier, parfois depuis le début… Anne-Marie Roviello reprendra quelques exemples, dans le livre de l’OC, de ce type de journalisme qui peut faire énormément de dégâts.

Il y a de quoi se poser des questions lorsque le devant de l’actualité était occupé, en plein procès d’Arlon, par des faits anodins masquant les vrais enjeux des débats judiciaires du jour. A la une, on entendra beaucoup parler des clefs retrouvées dans le pot de sel de Dutroux, des problèmes de fermetures de son fourgon cellulaire et des lames de rasoir qu’on y a trouvées en marge de son transfert, des photos prises dans sa cellule, etc..

Il est aussi stupéfiant de découvrir dans " le Soir " un article de Jean-Pierre Borloo qui pose les questions que les parents posent depuis plusieurs années en donnant l’impression de les découvrir : questions sensées, mais hélas tardives. Je pense aussi aux mises en cause directes des parents de Julie et Mélissa par Yvon Toussaint dans le même journal : cet ancien rédacteur en chef se fend d’une carte blanche, puis le droit de réponse des personnes mises en cause ne paraît que flanqué d’un commentaire du même, censé clore le débat. Méthodes curieuses (encore utilisées il y a peu par le même, incriminant les voix qui s’élèvent contre le projet de constitution européenne)…

Si les pouvoirs ont été mis globalement en cause par la Marche blanche et le mouvement qui a suivi, la presse n’a pas échappé à l’interpellation des citoyens sur ses méthodes et ses objectifs (notamment par rapport au " marché " et à ceux qui la contrôlent financièrement). C’est aussi un apport citoyen important de ce mouvement : un autre regard est posé sur l’information, plus critique sur ceux qui la sélectionnent et la confectionnent.

 

 

Conclusions

Ce travail ne se veut pas le résumé complet de ce fait de société qui a pris cours le 24 juin 1995 et qui culminé au cours de la troisième semaine d’octobre 1996.

Il est probable que pour certains lecteurs, j’ai sans doute repris ici ou là des anecdotes sans intérêt et que, par contre, j’ai omis de soulever tel ou tel aspect du dossier ou d’autres points très importants. C’est très possible.

Certes bien des livres, des articles, des émissions existent sur le sujet. Sans compter qu’ils ont été réalisés très souvent par des élites, des intellectuels, des journalistes, des experts, voire par les premières personnes concernées.

Mais mon travail, je l’ai fait avec la vision, sans prétention, d’un citoyen. Je suis un de ces ouvriers, militant de base, adepte du marxisme de surcroît. Faut-il en déduire que, pour moi, ce combat a été aussi celui de la classe dominée contre la classe dominante ? Pas si simple.

Chaque victime a d’abord voulu comprendre ce qui était arrivé. Chacune avec son angle de vue sur les faits, sa culture propre et tous ses autres antécédents.

La diversité des personnalités qui émerge tout au long de ces dix années va inévitablement créer des situations tantôt de complémentarité, tantôt de paradoxe, tantôt de conflit même. Sans mettre sur un piédestal les parents Russo, force est de conclure, pour moi, qu’ils ont été la cheville ouvrière du mouvement qui a secoué, certes avec leur entourage, tout ce monde politique et judiciaire.

Si on retirait ce couple, de gauche anomique, de ce conflit avec les institutions, ce problème de société n’aurait jamais eu un tel écho. Personnellement, je pense que Carine Russo fut la plus politique, la plus revendicative, la plus impliquée. C’est aussi la personne qui a la meilleure connaissance du dossier.

Pourquoi  lors de son entretien avec le journaliste Rydberg, elle dira entre autres que c’est très important de tirer à gauche?. Si on s’intéresse comme j’ai pu en prendre connaissance aux origines familiales de Carine Russo, on peut légitimement penser qu’elle a été très fortement influencée par le passé de résistants de ses parents. De plus, sa maman ayant été dans la résistance communiste, elle exprime un grand attachement à une vision de société où le roi argent n’est pas dominant. Son frère Michel Collet semble du reste partager les mêmes valeurs.

Le cocktail entre Gino Russo (dont la maman était secrétaire de la section communiste dans son village en Sicile) et Carine Collet était donc certainement explosif, et son détonateur fut allumé avec la disparition de leur fille. Il ne leur a fallu que quelques jours pour faire le constat du fonctionnement défaillant de l’appareil d’Etat, refuser la fatalité, et secouer l’Etat.

Etaient-ils guidés par le sentiment d’une justice de classe lorsqu’ils remuaient ciel et terre pour se faire entendre tout en gardant leur statut de parents ? Y ont-ils perçus une opportunité, tragique pour eux, de faire évoluer les choses et de favoriser la prise de conscience, par les citoyens, de la nécessité de reprendre leur destin en mains, plutôt que de tout laisser décider à leur place par la bureaucratie ?

Lorsque Gino évoque la 23ème Brigade qui avait été mobilisée pour retrouver l’enfant kidnappé d’une famille très fortunée (Anthony De Clerck), il démontre que dans ce cas, aucun " dysfonctionnement " n’est à déplorer : il y a de quoi se poser certaines questions, effectivement.

Mais je pense qu’il faut également se pencher sur le fait que le résultat de la découverte des six enfants et jeunes filles, de classe sociale moyenne, vient avant tout de la volonté de l’équipe de recherche qui s’y est attelée. Peut-être que les enlèvements précédant dont celui de Laetitia vont jouer un rôle dans la mobilisation des magistrats et enquêteurs à Bertrix. Le travail du tandem Connerotte-Bourlet sera déterminant. D’autres résultats d’enquête avaient déjà montré l’efficacité du juge d’instruction chestrolais, par exemple dans le dossier Cools. La lettre ouverte au Roi, qu’il va écrire début 1996 pour dénoncer les infiltrations mafieuses dans les rouages des institutions, montre une certaine détermination de sa part, quelque soit à ses yeux l’origine du mal. D’autres enquêteurs qui avaient échoué précédemment lors des autres disparitions viendront dire à Arlon que ce tandem : " a eu la chance d’obtenir les témoignages qui seront déterminants pour leur permettre des arrestations ". Mais comme le fera remarquer le Procureur Bourlet lors du procès, encore faut-il aller chercher cette information et la traiter correctement. Des renseignements et des témoins très sérieux, il y en a eu tant à Bruges, qu’à Charleroi et à Liège, de même que plusieurs occasions d’arrêter Marc Dutroux bien plus rapidement. Pourquoi ces occasions ont-elles été si mal exploitées, et ces témoins si mal pris en considération ?

Bientôt va se tenir en Irak le procès du dernier dictateur de ce pays, arrêté depuis peu. Pour ce procès à Arlon, il faudra attendre 8 ans, comme si la construction du nouveau palais de justice avait dicté le tempo des enquêteurs !

En plus, les premiers témoignages qui vont suivre à l’audience le rapport du juge d’instruction Langlois démoliront la plus grosse partie de son travail. Comment interpréter la présence attentive, dans la salle d’audience, de très hauts gradés de l’ex-gendarmerie lorsque certains enquêteurs de l’époque de l’Opération Othello (période où l’on aurait pu arrêter dutroux et où on ne l’a pas fait) viennent témoigner à la barre ? (Gradé qui, du reste, occupe de nouveau de très hautes fonctions dans la " " nouvelle " police fédérale). Si ce n’est pas de l’intimidation, cela y ressemble fortement.

Beaucoup de choses sont encore à relever et je pourrais encore écrire des pages et des pages de constatations et de remarques, à propos, par exemple, du combat que Carine et Gino Russo, notamment, ont dû mener contre toutes les formes de récupération y compris d’extrême droite…

Un des objectifs de la création de l’Observatoire citoyen était justement de ne pas laisser le champ libre, ni le monopole de la parole citoyenne des individus de la peste brune. Il va de soi que le danger était l’amalgame qu’une certaine presse pourrait faire pour mieux dégrader l’image de ce renouveau citoyen.

Quel bilan peut-on faire, et que peut-on entrevoir pour l’avenir du mouvement populaire ?

Certes le couvercle est remis sur la casserole, " le monstre est condamné " et donc… tout est rentré dans l’ordre.

Pas si vite, tout de même ! Tout ce scénario préparé de longue date par les autorités était prévisible et dénoncé par quelques très rares intellectuels depuis longtemps. Ces quelques très rares intellectuels qui ont cru à cet élan humaniste devant l’innommable, le meurtre d’enfants autour d’un projet reconnu de traite d’être humain. Même si le danger de dérive était réel, et sans doute parce qu’il était réel, certains de ces intellectuels ont " mouillé leur chemise ", plutôt que de venir au secours des institutions, voire de leurs employeurs. Le pire, à mon sens, je l’ai regretté lors de l’émission " Lieu Public " en 2002, c’est la frilosité qu’a manifestée le monde politique traditionnel, qui aurait pu et dû côtoyer la population et l’accompagner, l’aider à accoucher de ce renouveau citoyen.

Il fallait, pensèrent-ils, " éteindre cet incendie ". Leur réflexe fut une réponse de peur, alors qu’il eût fallu répondre par l’innovation démocratique. Imaginons un instant que, le 20 octobre, ces 350 000 personnes se soient dirigées vers le Parlement ou vers le Palais Royal : il y a de quoi frissonner de joie pour certains (la classe dominée) et de peur pour d’autres (la classe dominante).

Mais il a manqué à cette contestation citoyenne, une deuxième condition pour en arriver à une révolution. Une division au sein-même du gouvernement. Il n’empêche, personnellement j’ai été révolté de voir comment a été transformé cet élan populaire en une culpabilisation de celle-ci. Si le point culminant pour la population a été la semaine " folle " d’octobre 1996, la réponse de certaines institutions contre cette population culminera, elle, lors du procès (et je ne parle même pas de l’enquête).

En effet, à Arlon, la ville sera en état de siège pour étouffer dans l’œuf le moindre rassemblement de tous ces militants, très dangereux (!), de la mouvance blanche. On avait prévu des hélicoptères, peut-être même un sous-marin, s’il y avait suffisamment d’eau évidemment !… Plus de 300 policiers sont présents les premiers jours ; certains policiers à cheval vont circuler au milieu de cette foule comme si celle–ci avait des couteaux entre les dents. Les mesures de sécurité seront pire qu’à Guantanamo, au dire de certains journalistes américains sur place. Bref, pour ma part, ce fut une insulte à la population. Population qui avait pourtant démontré son calme et sa maturité à de nombreuses reprises. Rien de toute cette démonstration de force n’avait été mis en place deux ans plus tôt, que ce soit à Neufchâteau ou à Liège.

C’est peut-être là le vrai problème et le vrai paradoxe de la contre-offensive mise en place : la population a gardé son calme. Mais à y regarder de plus près, le moment le plus chaud de cette crise, c’est lorsque la foule a appris le dessaisissement du petit juge. Quel paradoxe ! Une population ne croit plus en la Justice, mais le pays vacille du fait du soutien populaire massif à un serviteur de cette " Justice ". Et comment cela s’est-il calmé ? Par un autre paradoxe, l’intervention d’une jeune fille au foulard sur la tête. Ce genre de personne que l’extrême droite ne reconnaît pas dans notre société, et que les autorités belges et occidentales rechignent à régulariser, voire enferment toujours derrières des fils barbelés, 60 ans après la fin des camps nazis (8 : Annexe 47 : "Samira Adamu" (Les barbelés de la honte") Edit. Luc Pire 1998).

Beaucoup de chose resteront malgré le temps, dans la mémoire collective.

Aujourd’hui, alors que je défends ce mémoire, il se sera exactement écoulé 10 ans, jour pour jour, depuis l’enlèvement de Julie et Mélissa. Concrètement, quelles seront toutes les répercussions, nul ne pourra le mesurer ? Mais peut-on imaginer revivre les mêmes événements, les mêmes effets, les même réactions ? Pas sûr.

Qui a gardé la main du combat au sein de la population ? L’extrême droite, ou, à ce jour, des associations citoyennes respectables pour beaucoup, comme les ASBL " Julie et Mélissa ", " La Maison d’An ", les Comités Blancs, l’Observatoire Citoyen, etc. ?

Pour l’Observatoire citoyen, il me semble utile d’apporter cette dernière précision. Au départ, début 2002, j’ai proposé un projet de permanence sur place à Arlon, pendant le procès. Inspiré par ce que j’avais observé du combat des délégués syndicaux de Clabecq face à la Justice en 1998-1999. Quelques amis ont adhéré à l’idée, puis est né de tout ça l’Observatoire citoyen. Il va de soi que j’ai été complètement et agréablement dépassé par l’évolution du projet de cette association. Jamais je n’aurais pu imaginer les réalisations de ce jour. La combinaison et les projets des très fortes personnalités qui s’y sont investies ont créé une dynamique qui n’est pas, à mon avis, près de s’éteindre. La symbiose de simple citoyens (qui deviennent militants de base du mouvement blanc) travaillant sur un projet de société avec ces personnalités du monde académique, intellectuel, politique, journalistique etc peut donner des résultats prodigieux. Il suffit de voir les projets, les objectifs et les alliances de cette ASBL, qui seront évoqués ce samedi 25 juin 2005 à Anderlues lors d’une soirée de solidarité autour de victimes françaises et belges (9 : Annexe 48 : Affiche O.C. (25 juin 2005)

 

C’est peut-être aussi là que se trouve l’alpha et l’oméga de ce mouvement populaire qui a démarré, sans que personne ne s’en doute encore, vers 17h un 24 juin 1995, sur un petit chemin de campagne du côté de Liège…

Mais à quel prix !...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes de références : Commentaire/Analyse et conclusions

 

  1. P 97 "  La crise Blanche " Alain Tondeur
  2. P 150 " La marche blanche "
  3. Annexe 46 : "Voix de Femmes"
  4. P 146 " La marche blanche "
  5. Plaidoirie de Paul Marchal (site de l’Observatoire Citoyen)
  6. "Faits Divers" RTBF 2003
  7. Annexe 6: Ciné Télé Revue n° 45 nov 2004 
  8. Annexe 47 :"Semira Adamu" (Les barbelés de la honte") Edit. Luc Pire 1998
  9. Annexe 48 : Affiche O.C. (25 juin 2005)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

 

 

Bouffioux Michel Ce n’est pas terminé Luc Pire-1998

 

Boussaguet Laurie La marche blanche : L’Hartmattan-2004

Des parents face à l’Etat belge

Dardenne Sabine J’avais 12 ans, j’ai pris mon Oh éditions-2004

vélo et je suis partie à l’école

Decroly Vincent Si c’était à refaire EVO asbl

Fox Renée C. Un peuple se retrouve Duculot 1997

La Libre Gino et Carine Russo N° 54-ptembre2002

Match sortent de leur réserve

Le journal du Mardi Affaire Dutroux N°97 –21 au 27jan 2003

Cherchez l’erreur !

Le Soir magazine Carine Russo : sa douleur face à N° 3683- Janvier 2003

Une justice impitoyable

Le Soir magazine L’espoir Blanc s’est envolé N° 3736-Janvier 2004

 

Marchal Paul A la recherche de An et Eefje Luc Pire-1997

Marchal Paul Ma fille a rencontré Dutroux et Labor-2004

Lelièvre

Observatoire Clés pour le procès Dutroux, Couleur livres-2004

Citoyen ASBL Nihoul, Martin, Lelièvre

 

Tondeur Alain La crise blanche. La Belgique Luc Pire-1997

du chagrin à la colère.

Tondeur Alain Paroles d’ouvriers Luc Pire-2000

Treize vies de labeur

Collectif contre Les barbelés de la honte Edit. Luc Pire 1998

Les expulsions "Semira Adamu"

14:44 Écrit par Freddy Dewille dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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